La propriétaire du magasin agricole F.G. Edwards, Chanel Crevier, confirme que l’intérêt pour les poules pondeuses est très fort cette année.
La propriétaire du magasin agricole F.G. Edwards, Chanel Crevier, confirme que l’intérêt pour les poules pondeuses est très fort cette année.

Un service à l’auto pour des poules pondeuses

Marie-France Létourneau
Marie-France Létourneau
La Voix de l'Est
Les poules urbaines n’ont jamais eu autant la cote qu’en cette période de crise sanitaire. Le magasin agricole F.G. Edwards à Lac-Brome en sait quelque chose.

Il doit recevoir tôt mardi matin quelque 1200 poules pondeuses qui seront distribuées au cours de la journée auprès de 100 clients qui ont prépayé leurs gallinacés. Ce type de livraison est prévue une fois par mois, jusqu’au mois de septembre.

«Un système a été mis en place. C’est sous forme de rendez-vous. Tous les clients ont été contactés le week-end dernier. On attend six clients à la demi-heure, de 9h jusqu’à 18h30. Ça va être un service à l’auto. Quelqu’un va les attendre à l’extérieur. Les factures sont par ordre alphabétique. On va sortir la facture et remettre les poules aux clients sans qu’ils aient à sortir de leur véhicule», a expliqué lundi la propriétaire du commerce, Chanel Crevier.

Selon elle, quelque 8000 poules pondeuses ont été vendues, à un coût moyen unitaire de 12$, l’an dernier. Ce nombre pourrait grimper à environ 10 000 cette année. Les poulets de chair, les dindes et les cailles sont aussi prisés.

«C’est du jamais vu! C’est sur réservation. Et l’été est complet. On est rendu à l’automne, au mois de septembre. Ça a été vendu vraiment plus rapidement que d’habitude», ajoute Mme Crevier.

La clientèle de F.G. Edwards est ainsi constituée d’une bonne part d’habitués, mais aussi de nouveaux clients, interpellés par un «retour aux sources». «On a aussi vendu des semences en quantité impressionnante. Des gens vont se mettre à jardiner pour la première fois. D’autres vont avoir des poules pour la première fois», relève la femme d’affaires.

Celle-ci a acquis le commerce nonagénaire en février dernier et ne croyait jamais avoir à apprivoiser son nouveau rôle dans un contexte de gestion de crise.

Folie furieuse

Même engouement pour les poules pondeuses chez Moulées Dufferin, à Granby. «C’est la folie cette année», lance le copropriétaire Kevin Scott.

Celui-ci affirme être loin de pouvoir répondre à la demande. Cela fait trois semaines que les quelque 1200 poules qu’il a prévu recevoir du fournisseur avec qui il transige ont été réservées.

«Ça fait huit ans qu’on vend des poules. Il y a toujours eu une certaine popularité. Mais cette année, c’est particulier. J’aurais facilement pu vendre deux fois les quantités qui me sont allouées. J’ai appelé plusieurs fois pour me réapprovisionner. Mais ça n’ira pas avant l’automne», dit M. Scott.

Comme Chanel Crevier, le commerçant affirme voir plusieurs nouveaux visages dans sa clientèle. Certains font de l’ajout d’un poulailler ou de l’aménagement d’un potager un projet pour s’occuper durant la pandémie, d’autres sont motivés par des motifs d’autosuffisance alimentaire.

Contrairement à d’autres secteurs de l’économie, la COVID-19 est d’ailleurs plutôt bénéfique pour les affaires de Moulées Dufferin. Ses ventes de semences, de paillis et de terre à jardin sont en hausse, dit-il.

Cet engouement pour les poules pondeuses n’a cependant pas encore eu d’effet à Granby sur les demandes de permis pour la garde de poules en milieu urbain.

Aucune hausse des demandes n’a été constatée, selon le directeur du service de la planification et de la gestion du territoire à la Ville, Benoit Carbonneau. «À ce jour, nous avons huit demandes. Les années passées, nous avons délivré entre 17 et 19 permis», précise-t-il.

«Plein de gens avaient mis en veilleuse le projet d’avoir des poules. Là, ils en profitent parce qu’ils ont du temps», dit la fondatrice de Poules en ville, Louise Arbour.

DIFFICILE DE FAIRE PLUS

La ferme Génération Grains Natures, à Roxton Falls, est aux premières loges de l’intérêt marqué pour les poules pondeuses. Avec une production moyenne d’environ 50 000 poules, elle approvisionne une cinquantaine de commerces agricoles en Estrie et en Montérégie.

Même si la demande est plus forte que jamais, cela demeure toutefois difficile de faire plus, fait valoir la copropriétaire de l’entreprise familiale, Louise Morin. 

«Les poules qu’on vend aujourd’hui, on les a parties au mois d’octobre. Ça prend cinq mois faire une poule pondeuse. Même si on met des bébés dans des incubateurs, ils vont être prêts dans cinq mois», fait-elle valoir. 

Celle qui vend aussi des poules directement à la ferme est bien au fait de la popularité des gallinacés par les temps qui courent. «On a une très grosse clientèle ici. Mais on ne prend plus de nouveaux clients. On les met sur une liste d’attente. On leur dit qu’on va les rappeler s’il y en a qui ne viennent pas chercher leurs poules», dit Mme Morin. 

Celle-ci souligne que les clients réguliers savent qu’il est nécessaire de réserver à l’avance des poules. «Mais il y a plein de nouvelles personnes qui ne savent pas comment ça fonctionne et qui cherchent à avoir une poule ou deux. On voudrait bien les aider, mais puisqu’il n’y a pas eu de réservations, on ne peut pas leur donner des poules maintenant. On a tout vendu ce qui était possible», affirme Louise Morin. 

Pour l’hiver

«Plein de gens avaient mis en veilleuse le projet d’avoir des poules. Là, ils en profitent parce qu’ils ont du temps», affirme pour sa part la fondatrice de Poules en ville, Louise Arbour. Cette dernière offre des formations en ligne, des services-conseils et même des poulaillers en kit. 

Celle qui oeuvre auprès de plusieurs municipalités pour permettre une plus grande ouverture à l’endroit des poules urbaines se réjouit de cet intérêt marqué. Elle souhaite toutefois que les gens fassent tous leurs devoirs avant de se lancer dans cette aventure, notamment en s’assurant que les poules auront des quartiers également adaptés à l’hiver. 

Les poules sont résistantes au froid, précise Mme Arbour. Mais certaines règles de base s’appliquent, dont celles de construire le poulailler, isolé, à une hauteur minimale de 50 à 90 cm du sol, de couper le vent afin de contrer les courants d’air et de prévoir un abreuvoir électrique afin que l’eau dont les poules s’abreuvent ne gèle pas, est-il notamment détaillé sur le site Internet de Poules en ville.