Un usager du CHSLD Horace-Boivin aurait agressé sexuellement deux résidentes en plus de s’en prendre physiquement à plusieurs membres du personnel.

Un résident violent sème la terreur au CHSLD Horace-Boivin

La situation, déjà explosive depuis l’arrivée l’été dernier d’un résident violent au CHSLD Horace-Boivin de Waterloo, a dégénéré au cours des dernières semaines. Selon plusieurs sources, le septuagénaire a fait des attouchements sexuels à au moins deux résidentes, en plus de s’en prendre physiquement à plusieurs membres du personnel. Au courant du dossier depuis des mois, ce n’est que tout récemment que la direction du centre d’hébergement aurait pris des mesures pour encadrer l’homme.

Une «bombe sur deux pattes». C’est l’expression qu’a employée une des membres du personnel du CHSLD pour décrire le présumé agresseur, dont nous tairons l’identité.

« On sait depuis le jour un que l’homme est violent, a-t-elle confié à La Voix de l’Est. On n’ose même pas entrer dans sa chambre. Il nous dévisage comme un tueur. Tu ne sais jamais s’il va te sauter à la gorge. On l’a pris deux fois en train d’agresser sexuellement des résidentes. Il avait la main dans leurs [culottes]. Ça, c’est ce que l’on sait, mais il a pu faire d’autres victimes depuis qu’il est ici. Et c’est le genre de clientèle qui n’est pas toujours apte à dénoncer. »

Une des agressions sexuelles serait survenue au début novembre.

« La toilette de [l’homme] communiquait avec la chambre de sa voisine. Il passait par là pour aller l’agresser. On ne peut pas laisser passer quelque chose comme ça. Les résidents ont droit à leur dignité. On l’a pris en train de faire des attouchements, mais il a pu faire bien plus que ça s’il n’a pas été stoppé. C’est atroce ce qu’il fait subir aux gens ici. Tout le monde le craint. Il a frappé une infirmière et deux préposées. Est-ce qu’on va attendre qu’un drame survienne avant d’agir ? », a clamé une autre employée, visiblement ébranlée.

Deux autres membres du personnel ont indiqué à La Voix de l’Est que la direction tente d’étouffer l’affaire. « On fait des plaintes parce qu’on a peur pour notre sécurité et celle des résidents, mais ça ne bouge pas, a déploré l’une d’elles. Une des victimes est sous curatelle. Mais je ne suis même pas certaine que la famille de l’autre dame est au courant pour l’agression. »

Antécédents

Le dossier judiciaire de l’homme de 71 ans révèle qu’il a des antécédents en matière de violence. Il fait présentement face à trois accusations de menaces de mort ou de lésions corporelles et une de non-respect de ses conditions de libération provisoire. Les infractions ont eu lieu en 2017.

Il a comparu une première fois en août de cette même année dans ce dossier. Il ne s’est pas présenté aux dernières audiences. Selon la loi, il pourrait donc être incarcéré s’il est arrêté. Il a aussi été reconnu coupable de voies de fait armées, pour lequel il a écopé, en 1992, d’une amende de 100 $ ou de 10 jours de prison.

Laxisme ?

Depuis quelques jours, le septuagénaire est surveillé par un gardien de 9 h à 21 h, a mentionné une de nos sources. « Le problème, c’est qu’il s’agite en soirée, a-t-elle fait valoir. De jour, c’est un ermite. Il refuse catégoriquement qu’on le lave. Depuis juillet, il doit avoir été lavé trois fois. Tout le monde est dépassé ici. On nous dit qu’on doit s’adapter, mais il n’est simplement pas à sa place. »

Le vice-président du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) 4475 en Estrie, Steve Brochu, qui représente notamment les préposés aux bénéficiaires, déplore le laxisme de la direction dans le dossier. « On sait qu’il a des problèmes d’agressivité et un comportement dangereux pour les gens autour de lui. Alors, on aurait dû lui trouver un endroit adéquat dans une aile prothétique avec une surveillance constante. À court terme, on demande à ce qu’il soit surveillé en tout temps. »

Un avis que partage la présidente du Syndicat des professionnelles en soins des Cantons-de-l’Est (FIQ-SPSCE), Sophie Séguin, qui représente notamment les infirmières. « On sait que nos membres ont peur de cet homme parce qu’il est très agressif. Il a le droit d’être soigné, mais on est en droit d’exiger que l’employeur s’assure que nos membres soient en sécurité. Ce n’est pas l’idéal d’avoir un patient comme ça à Waterloo. Il n’y a pas d’agent de sécurité ni d’équipe spécialisée. »

Selon Mme Séguin, la direction doit mettre en place un « plan d’intervention » pour encadrer le résident agressif. Le personnel doit également recevoir une formation spécifique pour ce type de clientèle.

Divulgation

Le CIUSSS de l’Estrie a refusé de commenter le cas précis, prétextant la confidentialité des dossiers des résidents impliqués. Or, les effectifs et les infrastructures du CHSLD Horace-Boivin sont-ils aptes à recevoir une clientèle à haut risque de violence?

La directrice adjointe au programme de soutien à l’autonomie des personnes âgées (SAPA), Sylvie Quenneville, est demeurée évasive, évoquant que peu de centres d’hébergement en Estrie ont des ailes dédiées à la clientèle en forte perte d’autonomie, notamment pour ceux qui sont atteints de démence.

Mme Quenneville a toutefois indiqué qu’une enquête est ouverte dès que des incidents à caractère violents ou sexuels surviennent dans des CHSLD publics. Chaque événement doit être divulgué aux proches « le plus rapidement possible ». On parle tout au plus de « quelques heures », a mentionné la représentante du CIUSSS.

« C’est le genre d’événement que l’on ne veut pas. Mais certains sont inévitables, a-t-elle ajouté. La sécurité demeure au centre de nos préoccupations. Dès qu’on perçoit une escalade, on intervient. »

— Avec la collaboration de Pascal Faucher