L’agronome Pascal Genest-Richard et l’agriculteur Jonathan Robinson dans un champ de maïs où du raygrass a été planté entre les rangs.
L’agronome Pascal Genest-Richard et l’agriculteur Jonathan Robinson dans un champ de maïs où du raygrass a été planté entre les rangs.

Un rempart de plus pour protéger les cours d’eau et les terres agricoles

Cynthia Laflamme
Cynthia Laflamme
La Voix de l'Est
En agriculture, les bandes riveraines sont le dernier rempart pour protéger les cours d’eau contre les sédiments et le lessivage des nutriments. Depuis cinq ans, un agriculteur de Saint-Armand a adopté une pratique peu répandue au Québec : la culture de couverture. Cette technique permet d’empêcher les sédiments de se rendre à la bande riveraine.

Durant les mois creux de l’année, Jonathan Robinson fait pousser d’autres plantes afin que les racines retiennent la terre, la garde meuble, et la nourrissent.

Sans l’aide d’un agronome, il a commencé à faire des tests sur sa terre, bordée d’un affluent du ruisseau Swennen, il y a cinq ans. Il s’était documenté sur cette pratique aux États-Unis.

L’année suivante, l’OBV de la Baie Missisquoi l’a épaulé et aidé à avoir du financement via le programme Prime-Vert, du MAPAQ, l’OBVBM, la MRC Brome-Missisquoi et le Lake Champlain Basin Program. La même année, M. Robinson a réussi à convaincre ses parents de faire de même. S’ils n’étaient pas convaincus au départ, ils en sont des adeptes aujourd’hui, confie sa mère Hélène Stewart.

Il n’est pas possible de savoir combien d’agriculteurs ont adopté cette pratique dans la région, puisqu’un tel registre n’existe pas.

Des racines aux grandes propriétés

Sur la terre des parents de Jonathan Robinson, à Stanbridge-East, où l’entrevue s’est déroulée, ils ont notamment fait de la culture intercalaire. Entre les rangs de maïs pousse du raygrass, une sorte d’herbe. Chez lui, à Saint-Armand, il utilise aussi cette plante. Elle profite pleinement de la luminosité lorsque le maïs a été récolté.

Dans le champ d’à côté pousse du seigle. De l’autre côté du chemin du Ridge, ils ont fait une culture de couverture en utilisant deux mélanges différents. Le champ le plus vert, malgré la grisaille d’octobre, est composé de radis fourragers, de plants de moutarde et de pois.

« La racine pivotante de certaines de ces cultures-là va tellement profondément dans le sol qu’elle vient faire le travail d’un outil en acier, explique l’agronome Pascal Genest-Richard. Les racines du radis fourrager descendent très profondément. Le raygrass a l’air de rien, mais la racine va super profond. En se décomposant, cette racine-là laisse l’eau et l’air rentrer et crée un espace pour les micro-organismes. En oxygénant le sol, la vie peut reprendre sa place. »

Diminution des engrais

Ces cultures de couverture, si elles sont bien choisies, peuvent produire de l’azote et du phosphore naturel, par exemple, ce qui permet de diminuer les intrants au printemps.

« On a baissé quasiment de 30 % nos engrais minéraux », démontre M. Robinson. « On améliore notre terrain et on évite la compaction parce qu’il y a des plantes qui poussent en tout temps. La compaction diminue le rendement. »

De plus, ces racines évitent à la terre de se lessiver, lors des grandes pluies, vers les cours d’eau. L’agriculteur ne perd pas de terre, la qualité de l’eau s’en porte mieux et la MRC a moins de travaux à faire pour enlever les sédiments.

Rentable?

Difficile quand même de chiffrer la rentabilité de ce processus. Tout dépend de ce à quoi l’on attribue une valeur. « Est-ce que c’est juste le tonnage et le prix que tu as pour ta récolte ? Ou c’est la structure de ton sol pour les prochaines années ? », questionne M. Genest-Richard.

Les bénéfices se voient de plus en plus au fil des ans, ne serait-ce que sur la qualité du sol. La facture de la MRC sera également moins élevée, voire absente, puisqu’elle n’aura pas ou peu de travail à faire dans les cours d’eau.

Jonathan Robinson est convaincu, même si des investissements sont à faire, que la culture de couverture est profitable.

Sans oublier que les légumes plantés dans les champs peuvent permettre de cuisiner de bons repas d’automne, par exemple, même s’ils ne sont pas vendus au marché.