Marc-Antoine, un des membres de la première cohorte du projet REFLEX, entouré de Sabrina Dufour, l'orthopédagogue à l'origine de l'initiative et de Sylvie Boulanger, sa mère.

Un projet couronné de succès en santé mentale

La technologie pour orchestrer ses neurones. Voici en quelques mots l'ADN du projet-pilote auquel des jeunes de 12 à 16 ans ayant des troubles du déficit d'attention avec hyperactivité (TDAH) ou le syndrome de Gilles de la Tourette (SGT) ont pris part au cours des derniers mois. Les résultats de cette initiative, menée de concert avec la clinique de pédopsychiatrie de Granby, ont été si probants qu'une deuxième cohorte verra le jour sous peu.
La première mouture du projet de « rééducation des fonctions fondamentales exécutives », communément appelée REFLEX, vient tout juste de se terminer après 12 semaines d'activité. « Je suis très heureuse que les médecins aient compris l'essence même de ce qu'on proposait en nous référant des jeunes qui avaient grandement besoin de ce genre de service. Je savais que le potentiel était bien présent, mais les résultats obtenus avec les participants sont au-delà de mes attentes », a indiqué en entrevue l'orthopédagogue Sabrina Dufour, à l'origine de cette initiative novatrice en santé mentale.
Le projet a vu le jour grâce au soutien de la Fondation du Centre hospitalier de Granby (CHG), par le biais d'un don de 20 000 $ de RBC Banque Royale. Une grosse partie du budget a servi à aménager un local épuré au maximum, où est disposé du mobilier modulable, permettant notamment de travailler debout. Des zones où règnent différentes ambiances sont aussi créées avec de l'éclairage ajustable. À cela s'ajoute du matériel technologique à la fine pointe : chaque jeune a droit à un ordinateur, un iPod ainsi qu'un bracelet (moniteur d'activité) connecté aux interfaces électroniques. « Les jeunes n'utilisent ni papier ni crayon, a mentionné Mme Dufour. Ils sont un peu comme dans un salon et ils vont chercher ce dont ils ont besoin. »
Régime de vie
Les premières rencontres des participants avec Sabrina Dufour servent principalement à documenter leur régime de vie, dont le profil est au préalable établi par un ergothérapeute externe. Notons que les adolescents sont recommandés par un pédopsychiatre pour intégrer le programme. Viennent ensuite les séances « sur mesure » destinées à améliorer la « mémoire du travail » des candidats. « C'est un peu comme un Post-it géant », a illustré Mme Dufour.
Les thèmes abordés touchent plusieurs sphères du quotidien des ados aux prises avec des TDAH ou le SGT, allant du sommeil à l'alimentation, la gestion de priorités ainsi que l'organisation de l'apprentissage. « Les jeunes s'identifient beaucoup à la technologie. C'est une façon de les accrocher. Ils se sentent interpellés. Moi, je les oriente à leur rythme. Ce sont des outils dont ils disposeront toute leur vie. [...] Au final, on remarque une hausse au niveau de l'initiative, de l'auto-régulation et de l'organisation », a fait valoir Mme Dufour.
Une «bouée de sauvetage» pour Marc-Antoine
Sylvie Boulanger était au bout du rouleau. Elle ne savait plus où donner de la tête pour aider Marc-Antoine, son fils de 16 ans ayant un TDAH, à garder le cap. L'intégration de l'adolescent au sein du projet-pilote a été une « véritable bouée de sauvetage », a-t-elle imagé. 
« Dans la vie, il y a certaines occasions où tu regrettes d'avoir dit "oui". Dans le cas du groupe REFLEX, c'est tout le contraire. C'est un monde à part. J'avais peur qu'il s'embarque, qu'il manque de l'école et que ça lui occasionne trop de rattrapage. Mais l'efficacité qu'il a améliorée a largement compensé. Il a concrètement pris conscience de ses défis en les décortiquant. Maintenant, il utilise tous ses nouveaux outils au quotidien. Et moi aussi », a fait valoir celle qui est aux prises avec des TDAH et le SGT. 
Selon Mme Boulanger, le fait que Marc-Antoine ait été jumelé à d'autres jeunes vivant une expérience similaire a permis de « démocratiser une situation à priori très lourde ». Le principal intéressé s'est dit à la fois « surpris » et « interpellé » par la formule concoctée par Sabrina Dufour et ses collègues oeuvrant au sein du Centre intégré de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l'Estrie.
 « Je savais que j'allais manquer une période d'école par semaine, a dit l'étudiant du Collège Mont-Sacré-Coeur. Je me demandais si ça valait la peine. Je ne m'attendais pas à ce qu'il y ait autant d'outils technologiques. C'était très motivant. »
La prochaine cohorte sera lancée le 26 juin. Elle sera scindée en deux groupes de trois jeunes, soit un de filles puis un de garçons. « Ce sera intensif pour essayer de diminuer l'absentéisme scolaire, a indiqué Mme Dufour. On se verra deux fois par semaine durant l'été et on terminera un peu plus tard que la rentrée en septembre. »