Un terrain de 41 hectares, sis entre le chemin Bell à Shefford et l’autoroute 10, est devenu vendredi le premier jalon d’une future réserve de 300 hectares entre les monts Shefford et Brome, que l’on aperçoit en arrière.

Un premier pas vers un corridor écologique entre les monts Brome et Shefford

Le premier jalon d’un corridor écologique protégé à perpétuité entre les monts Shefford et Brome vient d’être posé. L’achat d’une propriété de 41 hectares du côté nord de l’autoroute 10 permet de lancer un ambitieux et vaste projet pour créer une réserve naturelle de plus de 300 hectares reliant les deux montagnes, assurant une connectivité pour les animaux et la préservation de la biodiversité.

Le projet, initié il y a cinq ans, s’inscrit dans la volonté de Corridor appalachien et Conservation espace nature Shefford (CENS) de transformer les propriétés à l’état naturel entre les deux montagnes en réserve protégée. Ces transformations peuvent prendre la forme d’acquisition, de dons ou de projets d’intendance privée, c’est-à-dire que les terrains demeurent privés, mais aucune activité de développement ou autres ne peut s’y dérouler.

Depuis cinq ans, Corridor appalachien identifie et étudie les corridors naturels potentiels en Montérégie. Celui entre les monts Shefford et Brome est exceptionnellement riche en biodiversité, signale Marie-Josée Auclair, présidente de Corridor appalachien. «C’est un des seuls endroits où subsistent encore de grands secteurs sauvages. Le maintien d’une connectivité est essentiel à la survie de plusieurs espèces», a-t-elle dit en point de presse vendredi.

 «C’est un des seuls endroits (en Montérégie) où subsiste encore de grands secteurs sauvages. Le maintien d’une connectivité est essentielle à la survie de plusieurs espèces», a indiqué Marie-Josée Auclair, présidente de Corridor appalachien.

Yves Gosselin et Louise Thibault ont accepté de vendre leur propriété de 41 hectares, sise entre le chemin Bell et l’autoroute 10, pour que leur «paradis» demeure intact. Ils ont reçu un peu plus de 200 000 $, un prix en deçà de la valeur de la propriété, disent-ils.

Une vente à un acheteur privé leur aurait rapporté plus, selon eux. Mais ils voulaient contribuer à la réserve naturelle en devenir. «Ça nous ressemble plus», indique Mme Thibault.

Le couple a fait l’acquisition de cette terre agricole en 1985. Ils n’ont pas ménagé les efforts pour lui donner fière allure, le terrain étant en friche depuis de nombreuses années. «Quand on est arrivés, on a découvert de vieilles carcasses d’automobiles, des tas de tôles. On a nettoyé tout ça. On a planté
25 000 arbres, des érables, des pins rouges, blancs, des cerisiers. On s’en est vraiment bien occupé», raconte M. Gosselin, un ex-maire de la municipalité.

L’annonce de l’acquisition de cette terre vendredi a pour but de provoquer un effet boule de neige auprès des voisins de la propriété, reconnaît Mélanie Lelièvre, directrice générale de Corridor appalachien. «C’est une façon de les encourager à considérer participer au projet. On peut les accompagner pour trouver la meilleure façon d’y arriver», explique-t-elle.

Une dizaine de propriétaires dans le corridor envisagé sont dans la mire de Corridor appalachien. Des discussions sont déjà entamées avec cinq d’entre eux, a-t-on appris. Un propriétaire avec qui nous avons pu nous entretenir s’est dit très intéressé. Il possède un terrain forestier d’une trentaine d’hectares. Il a demandé à ne pas être identifié parce qu’il n’avait pas encore parlé de ses intentions avec ses enfants.

Les biologistes de Corridor appalachien ratisseront sa terre cet été pour effectuer des inventaires fauniques et floraux. «On doit arrêter de couper nos forêts pour construire des maisons ou des routes. Ce n’est pas payant pour les communautés. On doit protéger nos espaces naturels», insiste-t-il.

Tunnel faunique envisagé

Le secteur de 300 hectares visé par Corridor appalachien est très fréquenté par différents animaux. Des caméras ont été installées il y a deux ans aux deux entrées du tunnel du chemin Lamoureux qui passe sous l’autoroute 10. Des chercheurs de l’Université de Sherbrooke et Corridor appalachien tentent de déterminer quels animaux utilisent le tunnel pour passer d’un côté à l’autre.

À long terme, le futur corridor naturel devrait d’ailleurs inclure un tunnel faunique pour faciliter le déplacement de la faune, nous a confié un des intervenants dans le projet.

Le projet d’acquisition des 41 hectares a coûté 330 000 $. Outre le montant de la transaction, l’argent a servi à payer plusieurs professionnels pour leurs services (notariat, arpentage, géomatique, inventaire biologique) ainsi que les employés de Corridor appalachien pour le temps consacré. Un montant est aussi inclus pour un fonds de gestion de la terre. Le gouvernement fédéral a contribué au projet à la hauteur de 115 000 $ dans le cadre de son fonds de la nature du Canada.

En 15 ans, année de sa création, Corridor appalachien a réussi à transformer 13 593 hectares d’espaces naturels en réserve naturelle.