Jocelyne Pelland et sa fille Nancy Garneau tiennent la municipalité responsable des difficultés qu’ont éprouvées les services d’urgence à atteindre puis à quitter la résidence familiale lorsque Denis Garneau a subi un AVC.

Un plaidoyer pour des routes plus sécuritaires à Stukely-Sud

Une famille de Stukely-Sud portera plainte contre la municipalité pour négligence, estimant que le déneigement aléatoire et l’absence d’éclairage adéquat dans le Domaine des Hauts-Bourgs ont failli coûter la vie à l’un des leurs.

Au lendemain d’une tempête de neige, le 13 février dernier, Jocelyne Pelland a contacté les services d’urgence tôt le matin après que son mari, Denis Garneau, ait été en proie à un malaise.

Comme le quartier n’est pas doté de lampadaires, la répartitrice du 911 a demandé à la Dilligente de faire clignoter les lumières extérieures de la maison afin que les ambulanciers sachent à quelle porte intervenir. Pendant ce temps, M. Garneau se trouvait dans la chambre à coucher.

« C’était stressant, on a été sur le qui-vive tout le long », confie la dame, encore sous le coup de l’émotion.

« Ma mère était désemparée, car son mari avait besoin d’elle à ses côtés, mais elle devait faire les signaux lumineux pour guider les ambulanciers », déplore sa fille aînée, Nancy Garneau.

Denis Garneau a fait un premier accident vasculaire cérébral (AVC) au moment de l’arrivée des ambulanciers à sa résidence de la rue des Arpents-Verts, quinze minutes plus tard. Il en a subi un second dans l’ambulance, en direction du centre hospitalier de Magog.

Au moment de quitter pour l’hôpital, l’ambulance a eu beaucoup de difficulté à remonter la rue, qui est en pente, parce que le déneigement du quartier n’avait pas été effectué « depuis plusieurs heures, voire de la nuit », soutient Mme Pelland.

« Les ambulanciers ont même dit que la situation actuelle n’était pas conforme à la sécurité civile », précise sa fille.

Celle-ci s’explique mal comment la municipalité a pu négliger l’entretien du secteur, particulièrement parce que quelques dizaines de centimètres de neige devaient tomber sur la région au cours de la nuit. « La municipalité ne semble pas prendre au sérieux la sécurité de ses citoyens. Le déneigement des rues est un service obligatoire et essentiel, surtout pendant une tempête. Pourquoi est-ce que le fournisseur de ce service n’était toujours pas passé à cette heure ? Il y avait une trop grande accumulation de neige dans les rues, rendant la circulation pratiquement impraticable, même pour les services d’urgence. Une municipalité ne doit-elle pas prévoir ce genre de situation ? » demande-t-elle.

Comme le quartier n'est pas doté de lampadaires, la réparatrice du 911 a demandé à Mme Pelland de faire clignoter les lumières extérieures de la maison afin que les ambulanciers sachent à quelle porte intervenir.

Plainte

Denis Garneau a été conseiller municipal à la municipalité de Stukely-Sud de 2009 à 2017. L’amélioration de l’entretien des rues et l’éclairage de celles-ci faisaient partie des dossiers qu’il souhaitait voir aboutir lorsqu’il était élu, soutiennent sa femme et sa fille.

« Ça fait des années que des citoyens réclament que les rues soient mieux entretenues et éclairées, clame Mme Garneau. Si l’ambulance était restée prise dans la neige, il en aurait fallu une autre ou un remorqueur. Ça aurait ajouté des délais plus longs. »

« Dans un cas d’AVC, tout doit se faire en moins de trois heures, sinon ça peut être fatal ou il aurait pu rester paralysé », soutient Mme Pelland.

Compte tenu des circonstances, la famille tient la municipalité responsable des difficultés qu’ont éprouvées les services d’urgence à atteindre puis à quitter la résidence de M. Garneau. Une plainte officielle sera acheminée au bureau municipal sous peu, avec les ministères des Transports et de la Sécurité publique de même que la Commission municipale du Québec en copie conforme.

« Il faut que les choses bougent, souligne Mme Garneau. Il y a eu des demandes et des pétitions, et ça ne change jamais. Rien ne s’est fait. C’est comme si la sécurité des gens n’était pas importante pour la municipalité. »

Le Dilligent est toujours hospitalisé. Si M. Garneau a survécu à sa mésaventure, quelques mois de réadaptation et de convalescence l’attendent afin de se remettre sur pied. « On est quand même chanceux dans notre malchance, il va s’en remettre, souligne sa fille aînée. Les thérapeutes sont impressionnés par ses progrès. »

« On l’a affectueusement surnommé Le Combattant », renchérit Mme Pelland.

Pas de problème, selon la Ville

Selon le maire de Stukely-Sud Patrick Leblond, le déneigement n’est pas problématique au sein de la municipalité. « Oui, on a des suivis à faire, mais comme à tous les hivers », a-t-il affirmé.

Quant à l’éclairage des rues, l’élu a réitéré que toutes les habitations sont numérotées et qu’il est faisable de s’y retrouver.

M. Leblond ajoute qu’il serait le premier à être informé de toute situation problématique qui mettrait en péril la sécurité des citoyens.

« On a un service de premiers répondants avec Eastman [NDLR : en vigueur depuis septembre dernier] et ils sont censés nous faire des rapports si quelque chose ne fonctionne pas. On n’en a jamais eu », poursuit-il.

La directrice générale de la municipalité, Louisette Tremblay, a confirmé que l’entreprise responsable du déneigement dans les rues de la municipalité cet hiver et le précédent, Excavation Choinière, faisait l’objet d’un plus grand nombre de plaintes que son prédécesseur, Excavation Normand Jeanson. « C’est surtout lors de tempêtes », précise-t-elle, ajoutant qu’elle n’avait toutefois pas eu vent de plaintes concernant la difficulté des véhicules d’urgences à circuler.