Philippe Michaud a parcouru 217 kilomètres en deltaplane, un record pour le Québec.
Philippe Michaud a parcouru 217 kilomètres en deltaplane, un record pour le Québec.

Un nouveau record québécois de distance parcourue en deltaplane

Nicolas Bourcier
Nicolas Bourcier
La Voix de l'Est
Un nouveau record québécois de distance parcourue en deltaplane a été enregistré par un adepte de Saint-Paul-d’Abbotsford. L’aventure de Philippe Michaud du 26 mai dernier l’a mené du mont Yamaska jusqu’à Saint-Lazare de Bellechasse, dans les environs de la Capitale nationale, 217 kilomètres plus loin : battant un record vieux de vingt-cinq ans.

«C’est vraiment du jamais-vu pour le Québec, dit le deltaplanisme qui entame sa sixième saison en solo. Ici, on a une aérologie un peu particulière qui ne nous permet pas souvent d’avoir l’opportunité de traverser d’aussi grandes distances. En l’occurrence, on a un printemps très sec avec des grosses chaleurs et c’est ça qui nous a permis d’avoir des masses d’air chaud qui nous mènent jusqu’à la base des nuages pour parcourir de longues distances.»

En «sautant» d’un nuage à l’autre, aidé d’un vent en provenance du sud-ouest, Philippe Michaud a volé durant approximativement six heures pour établir la nouvelle marque à battre.

Philippe Michaud a battu un record de distance en deltaplane

Le record qui a été battu, un parcours de presque 200 kilomètres entre le mont Yamaska et Saint-George-de-Beauce datant du début des années 90, appartenait à un ami et mentor de Philippe. «Croyez-moi, j’ai essayé de battre ce record à plusieurs reprises dans les dernières années et ce n’est vraiment pas facile. De l’avoir réussi c’est vraiment un sentiment extraordinaire», confie-t-il.

Son appareil peut atteindre une vitesse de pointe allant jusqu’à 130 km/h, mais voyage habituellement à une moyenne qui approche les 70 km/h.

Il n’a pas eu à faire le chemin du retour sur le pouce, puisqu’il était accompagné par quelqu’un en voiture qui suivait sa trace à partir d’un GPS.

Le deltaplane est un aéronef non motorisé dont la forme rappelle celle d’un cerf-volant triangulaire guidé par un pilote en position couchée. Son cousin, le parapente, a l’allure d’un parachute, mais est pensé pour flotter dans le ciel et prendre de l’altitude, avec à son bord un pilote en position assise.

Une partie d’échecs avec Dame Nature

Le deltaplane a vu le jour dans les années 60 en Australie. C’est un sport qui implique le développement d’habiletés techniques, physiques et cognitives pour repérer les masses d’air chaud et «vents dynamiques» — bourrasques qui s’appuient sur un relief — pour gagner de l’altitude afin de poursuivre le périple aérien.

Comme un joueur d’échecs, le deltaplaniste doit avoir une stratégie et prévoir ses mouvements afin de sauter d’un nuage à l’autre.

Philippe Michaud se fie sur certains indices pour localiser les «thermiques» et «lire la carte du ciel»: la forme des nuages, d’autres pilotes en vol, le mouvement du vent sur un lac ou dans les branches ou encore un tourbillon de poussière au sol.

Les oiseaux sont aussi de bons repères sur lesquels les deltaplanistes peuvent se fier. «Ce sont les maîtres en la matière», assure-t-il.

Tomber dans la marmite

Philippe Michaud, maintenant âgé de 30 ans, est «tombé dans la marmite» lors de son enfance, alors que son père cumule plus de 40 ans d’expérience dans le domaine. Ce n’est toutefois que vers l’âge de 24 ans que sa propre passion a pris son envol.

Ses quelque 1000 vols d’expérience, dont une part en compétition internationale, ne l’empêchent pas d’être fébrile quelques instants avant le décollage. Il se positionne dans le top 100 mondial, et deuxième au Canada.

«C’est vraiment un sentiment extraordinaire quand les pieds quittent la terre. Une fois qu’on est dans les airs et qu’on réussit à monter jusqu’à la base d’un nuage, on se sent à la fois infiniment petit face à la grandeur de la nature, mais à la fois tout-puissant d’avoir réussi à dompter les courants et l’air. De pouvoir, avec un peu de poids et quelques tubes d’aluminium, faire ce qu’on fait, c’est jouissif, une espèce de transe passive d’un calme, d’une beauté et d’une sérénité difficile à mettre en mots», raconte l’adepte de sports d’aventures.

Le deltaplane compte environ 1000 adeptes au Canada, pour 100 000 en France, indique Phlippe Michaud. «C’est un sport méconnu, respectueux de la nature et qui est accessible à tous. Plusieurs personnes rêvent la nuit qu’elles sont capables de voler : c’est un rêve qui peut devenir réalité», avance le nouveau détenteur du record de distance au Québec.

Plusieurs écoles de vol libre offrent des cours dans la région : Horizon Vol Libre, Distance Vol Libre et Aviation Saint-Paul sont du lot.