Plusieurs infirmiers et infirmières travailleront du 24 au 27 décembre, et certains se verront ainsi privés de festivités.
Plusieurs infirmiers et infirmières travailleront du 24 au 27 décembre, et certains se verront ainsi privés de festivités.

Un Noël «crève-coeur» pour les travailleurs essentiels

Billie-Anne Leduc
Billie-Anne Leduc
La Voix de l'Est
L’annonce du gouvernement Legault permettant deux rassemblements à Noël de 10 personnes entre le 24 et le 27 décembre, en respectant une quarantaine avant et après, a été accueillie avec amertume du côté des travailleurs des services essentiels, comme les infirmiers, les pompiers et les ambulanciers, dont certains doivent être de garde à Noël.

Selon les conventions collectives de certains services essentiels et de la santé, les employés peuvent choisir de travailler soit à Noël, soit au jour de l’An, comme chez les infirmiers et les ambulanciers. Ce faisant, ils peuvent normalement au moins participer à l’un ou l’autre.

Rappelons que le jeudi 19 novembre, le premier ministre François Legault a annoncé qu’il permettrait les rassemblements en famille ou entre amis d’un maximum de 10 personnes, les 24, 25, 26 et 27 décembre seulement, mais qu’il a interdit les rassemblements pour le jour de l’An.

Puis, le 24 novembre, Legault a invité les Québécois à s’en tenir à un maximum de deux festivités en présentiel pendant ces quatre jours, en observant une quarantaine une semaine avant, et une semaine après lesdits événements.

Bien qu’elle comprenne l’importance des mesures, puisqu’un membre de sa famille a récemment contracté la COVID-19, Nicole*, conjointe d’un pompier de Granby, y voit un «illogisme» pour les travailleurs des services essentiels, qui non seulement doivent travailler, mais ne peuvent pas s’isoler ni avant, ni après.

«C’est un peu crève-coeur pour eux. Parce que tu es travailleur essentiel, tu ne peux pas voir ta famille à Noël? Mon chum adore sa job. Il sauve des vies, mais il a le droit de vivre sa vie aussi.»

Nicole peut en témoigner, «avoir la covid, ce n’est pas drôle». Sans se priver à 100% de contacts humains, elle et son conjoint iront tout de même porter des cadeaux à leurs neveux et nièces, mais ne resteront pas pour souper. «On va garder nos distances, on ne fera pas exprès de s’exposer.»

«Illogique»

Nicole trouve toutefois la logique des mesures difficiles à comprendre, voire pratiquement «impossibles à faire». Si son conjoint n’est pas appelé sur un feu, il respectera un certain isolement à la caserne. Mais si oui, il devra entrer dans les maisons, et ne le respectera pas. «Il ne peut pas laisser la maison brûler à cause du covid!»

«De dire aux travailleurs essentiels, tu ne peux rien faire, c’est cruel, poursuit-elle. Son plan est parfait sur papier, mais en pratique... Plusieurs travailleurs sont épuisés et ont besoin de réconfort.»

Le conjoint de Nicole sera de garde les journées de Noël et du jour de l’An, ainsi il ne leur restera que deux jours, sur les quatre permis, où ils pourront célébrer. «Moi, je trouve ça plus dur que lui! Si au moins il était avec moi au Jour de l’an, je ne serais pas toute seule. Plusieurs personnes vont passer le Jour de l’an seules.»

Guillaume Dostie, superviseur pour le Groupe Cambi à Cowansville, affirme que ses collègues ambulanciers «ont une mentalité différente qu’avant. On est conscient qu’on est en zone rouge. Il y a moins de monde qui veut des vacances, on est plus impliqués». Selon la convention, les paramédics doivent travailler un jour de Fêtes sur deux, mais aucun ne travaillera les 4 jours d’affilée, croit M. Dostie. «On va se reprendre l’année prochaine.»

Annonce «mal accueillie» chez les infirmiers

Du côté du CIUSSS de l’Estrie-Chus, les infirmiers devaient faire leur choix de quart de travail des Fêtes avant la fin novembre, a indiqué à La Voix de l’Est l’infirmière Mélissa*. Ainsi, plusieurs collègues de son département travailleront du 24 au 27 décembre, et se verront ainsi privés de certaines festivités. «C’est soit tout ou rien, selon ce que j’ai vu. Ils travaillent les 4 jours, ou pas du tout.»

Heureusement, elle fait partie des chanceuses qui ne travailleront pas pendant ces 4 jours, et elle célèbrera Noël avec sa famille rapprochée.

«L’annonce a été très mal accueillie. Ça n’a pas été pensé pour les policiers, les travailleurs de la santé, les garderies, qui ne peuvent pas s’isoler 7 jours avant. On ne peut pas dire, on ne rentre pas 7 jours parce qu’on veut souper avec nos parents. Surtout qu’il y a un gros manque de personnel en ce moment.»


« On ne passera pas un Noël malheureux, juste contraignant. J’aime mieux me priver de mes proches quelques jours, pour être toute la vie avec eux. »
Nicole*, conjointe d’un pompier de Granby

Ainsi, bien qu’elle comprenne que «peu importe ce qu’on aurait pu faire, ça n’aurait sûrement pas fait l’affaire de tout le monde», Mélissa ne pourra pas faire l’isolement complet recommandé par la santé publique. «Ce sera comme ça pour beaucoup de mes collègues...»

Selon elle, une solution aurait été de donner un congé d’au moins deux jours à tout le monde, soit les 24-25, ou 26-27, afin de permettre à tous de passer du temps en famille aux Fêtes. «On suit la convention depuis des années, mais peut-être que le gouvernement aurait pu faire des exceptions pour l’adapter au contexte particulier.»

De plus, certains de ses collègues musulmans, par exemple, ne fêtent pas Noël, alors «ces congés-là ne valent pas grand-chose, et ils ne pourront pas célébrer la nouvelle année.» Ce sera aussi difficile, ajoute-t-elle, pour les personnes hospitalisées qui ne pourront pas recevoir de visite pour Noël. «Pour nous aussi c’est dur, car on voit ça, et on est impuissant.»

Malgré tout, Mélissa et Nicole affirment qu’elles passeront un beau Noël. «On ne passera pas un Noël malheureux, juste contraignant, dit Nicole. J’aime mieux me priver de mes proches quelques jours, pour être toute la vie avec eux.»

*Noms fictifs