Mahmoud Al Hussein, ses filles Lamar, Aryam, Ayate et Nouran et sa femme Sahar Al-Merii (absente sur la photo) ont agrandi leur famille avec leurs « jumeaux » québécois : Marilyne Tremblay et Patricia April (sur la photo), ainsi que Joey Provost, Mélanie Tremblay et Virginie Ouellet.

Un jumelage réussi

Il y a un an prenait vie le programme de jumelage de SERY, initié par le citoyen Jean-Luc Pitre quelques semaines plus tôt, et devenu par la suite un modèle pour d'autres villes d'accueil. Bilan avec une famille syrienne arrivée en février 2016 et deux de leurs « jumeaux ».
La famille de Mahmoud Al Hussein et de Sahar Al-Merii a débarqué à Granby dans un pays qu'elle ne connaissait pas, alors que la guerre faisait rage en Syrie. Elle a été jumelée quelques semaines plus tard à un groupe de cinq collègues de travail de Bromont, montagne d'expériences, soit Marilyne Tremblay, Patricia April, Joey Provost, Mélanie Tremblay et Virginie Ouellet. 
Au moment de l'entretien avec La Voix de l'Est, aucun traducteur n'a été nécessaire. La jeune Nouran, l'aînée des quatre enfants du haut de ses sept ans, s'est même fait un plaisir d'écrire pour la journaliste les noms de ses soeurs. La fillette n'a plus le réflexe d'écrire de la droite vers la gauche, comme on le fait en arabe, remarquent Patricia April et Marilyne Tremblay, rencontrées par la même occasion. 
Nouran peut maintenant discuter dans la langue de Molière, comme sa mère.
« Sans le jumelage, ça serait vraiment difficile pour eux, la francisation », croit Patricia. 
« C'est dur d'approcher quelqu'un juste pour parler français, renchérit Marilyne. Il y a aussi le niveau de scolarité qui fait une différence. On le remarque à même la famille. C'est sûr que Sahar (la maman), avec son niveau de scolarité plus élevé et son langage plus développé, a davantage de facilité. »
Sahar possède un baccalauréat en langues. Elle a principalement étudié l'arabe, et aussi un peu le français et l'anglais. En même temps, elle travaillait dans une garderie. Son mari, Mahmoud, a quant à lui dû quitter très tôt les bancs d'école pour aller gagner des sous. En Syrie et au Liban, où ils ont vécu trois ans en attendant leur admission dans un pays d'accueil, il était camionneur.
Les communications
Les deux parents suivent des cours de francisation chez SERY et au Cégep de Granby, tandis que Nouran va à l'école et ses soeurs, Aryam, 4 ans et Lamar, 2 ans fréquentent la garderie.
« Au début, on communiquait beaucoup avec le téléphone et les photos, raconte Patricia. Pour des questions poussées, il faut encore utiliser les téléphones. » La traduction française-arabe comportant parfois des ambiguités, « on se débrouille souvent avec des images. Sauf qu'avec la recherche d'images, tu ne peux pas poser de questions très, très larges. »
Au fil de la conversation avec le journal, les pronoms personnels sont à quelques reprises mis de côté au profit des prénoms, ce qui facilite la compréhension.
« À mesure que le temps avance, on commence à mieux se comprendre, remarque Marilyne, qui rend visite chaque semaine à la famille. Quand Sahar me parle, je sais ce qu'elle veut dire en utilisant quelques mots en français et d'autres en arabe. On se connaît bien, je comprends le sens de ce qu'elle me dit. »
Mahmoud Al Hussein, Sahar Al-Merii (absente sur la photo) et leurs enfants, Aryam, Nouran, Ayate et Lamar ont visité le Biodôme de Montréal avec Marilyne Tremblay et Joey Provost, avant de s'initier au patin sur glace à L'Atrium le 1000, toujours dans la métropole.
Vaste champ d'intérêts
La formule du jumelage avec plusieurs collègues québécois comporte des avantages. Certains ont plus de disponibilités que d'autres et le réseau est beaucoup plus large. Un réseau qui se révèle bien utile lorsque vient , par exemple, le temps de trouver des choses nécessaires, comme des bottes d'hiver pour les enfants...
Patricia vient faire un tour environ deux fois par mois et prend toujours le temps de cuisiner avec Sahar et de bricoler avec les enfants. Elle lit aussi les lettres provenant de l'école et signe les devoirs au besoin. Marilyne, quant à elle, vient toutes les semaines, tout comme Virgine. Mélanie, qui élève une famille, propose pour sa part des activités familiales, comme passer l'Halloween.
« On a tous des intérêts et des affinités différentes. On apporte tous quelque chose de différent, évoque Marilyne. Je travaille avec Mahmoud pour avoir son permis de conduire. On ne le réalise pas, mais c'est vraiment très compliqué quand tu ne parles pas la langue de l'obtenir ! Il a essayé de l'avoir à Granby et il y a juste un test écrit. Il n'est pas capable de lire l'arabe classique - il y a plusieurs dialectes arabes. Il a entendu dire qu'il pouvait le faire à Sherbrooke avec des écouteurs, mais juste en français ou en anglais. J'ai appelé à la SAAQ pour connaître nos recours et il y a une seule place où ils font le test théorique avec un traducteur sur place : c'est sur Henri-Bourassa, à Montréal sur rendez-vous. »
La famille est déjà propriétaire d'une minifourgonnette, ce qui facilite le transport de ses six membres. Pour l'heure, c'est un des « jumeaux » québécois qui s'installe derrière le volant. Mahmoud souhaite, une fois sa francisation terminée, conduire à nouveau pour les commodités, mais aussi redevenir camionneur.
Pitas et repas
Les jumeaux ont aussi accompagné la famille à l'épicerie et dans les marchés arabes de Montréal pour dénicher les ingrédients essentiels à la cuisine de plats typiques. Et que dire du fameux pita, indispensable à chaque repas ! On raconte qu'il y avait même de la revente à l'intérieur de la communauté jusqu'à ce que Maxi augmente ses stocks de façon importante, tout en offrant d'alléchants rabais.
« Avant, au Maxi, c'était très cher, explique Sahar. SERY a parlé avec Maxi pour diminuer les prix des pitas. »
Le jumelage, c'est aussi une histoire de partage. Car l'échange culturel n'est pas seulement à sens unique. 
« Ça nous apporte tellement d'affaires, s'exclame Patricia. Ça nous a ouvert sur plein de choses qu'on ne connaissait pas. Sahar est bonne cuisinière. Je cuisine beaucoup aussi et on cuisine ensemble depuis le jour 1. Maintenant je fais des recettes de Sahar à la maison. Je trouve ça tellement le fun, quand on vient ici, on mange par terre. Il y a une table, mais souvent Lamar a le réflexe d'aller s'assoir sur la table. »
Les rires fusent d'ailleurs fréquemment dans le salon des Al Hussein.
« Je ne pensais pas que j'allais autant m'attacher, mais ils sont comme ma famille, reprend Marilyne. Cette année, j'ai eu trois familles pour Noël ! J'ai les Al Hussein, j'ai ma famille et celle de mon chum. »
Cet amour est partagé par la famille accueillie à Granby, qui est immensément reconnaissante de l'aide des gens de SERY et de cette « très belle famille canadienne », conclut Sahar.