Le geste posé par Michaël Jacques « appelle à une conséquence importante », dit la Couronne.

«Un geste qui frappe l’imaginaire»

C’est dans un but sexuel que Michaël Jacques a agrippé le poignet d’une inconnue qui joggait à Bromont, en mai 2015, soutient la Couronne.

« Il s’est rendu sur la piste cyclable en plein jour et a choisi sa victime pour son apparence physique dans l’intention de l’amener dans sa voiture », a indiqué Me Élise Côté-Lebrun, du ministère public, à l’audience visant à déterminer la sentence à imposer au Waterlois de 39 ans.

« C’est un geste qui frappe l’imaginaire et qui appelle à une conséquence importante. Un geste traumatisant et gratuit. Il ne la connaissait pas », a-t-elle renchéri.

La femme de 24 ans a pu se libérer de l’emprise de son agresseur et noter le numéro de la plaque d’immatriculation de sa voiture.

Pour Me Côté-Lebrun, qui suggère une peine de six mois de prison assortie d’une probation de trois ans, la question en est une « de la liberté de circulation des femmes ». « Une femme peut s’attendre à pouvoir marcher en toute quiétude », plaide-t-elle.

D’abord accusé de tentative d’enlèvement, de séquestration et de voies de fait, M. Jacques n’a été trouvé coupable que de cette dernière infraction puisque son geste semblait impulsif et non prémédité. L’intention malveillante n’est toutefois pas écartée. Lors de son arrestation, il a confirmé avoir été à la recherche d’une jolie femme.

Ce qu’il a nié à son procès. « Ça s’inscrit dans une problématique sexuelle, plutôt opportuniste », a dit Me Côté-Lebrun, qui n’hésite pas à parler de « risque [de récidive] toujours présent.On ne peut pas dire qu’il est repentant et il n’a pas abordé ses problèmes dans les dernières années. »

Médiatisation
À la défense, Me Rachel Bernatchez a mentionné qu’au contraire, son client s’est pris en main et a commencé à consulter un psychiatre pour ses troubles d’anxiété et de dépression. « Il était en dépression majeure depuis l’âge de 29 ans à cause d’un traumatisme lié à l’enfance », a-t-elle précisé.

« Il faut tenir compte de ce problème de santé mentale-là. Il n’est pas nécessaire d’imposer une peine de détention simplement pour dire à la société: ne faites pas ce qu’il a fait. La sévérité n’est pas l’apanage de l’emprisonnement. »

M. Jacques a aussi déjà pâti de la médiatisation « sans relâche » de ses démêlés judiciaires, a ajouté Me Bernatchez. Ses trois enfants, surtout, en ont souffert.


«  Une femme peut s’attendre à pouvoir marcher en toute quiétude  »
Me Élise Côté-Lebrun, procureure de la Couronne

« Ça nous permet de croire qu’on ne le reverra pas devant les tribunaux », allègue son avocate.

S’il ne reconnaît pas « à 100 % » l’intention sexuelle dans son geste, « ce n’est pas problématique ». Son client n’a pas d’antécédent judiciaire, il n’a été trouvé coupable que de voies de fait et il a respecté toutes ses conditions de remise en liberté.

« Il s’est mobilisé », a dit l’avocate, qui recommande plutôt une peine de 240 heures de travaux communautaires et une probation de deux ans avec suivi.

Invité à s’exprimer devant le tribunal, Michaël Jacques a déclaré vouloir « passer à autre chose » et « recommencer à travailler quand ça ira mieux ».

La juge Julie Beauchesne, de la Cour du Québec, doit rendre sa décision en septembre.