La vitrine du fleuriste Pat et Tralala est tapissée d’un slogan contestataire et de noms d’adeptes de théories du complot .
La vitrine du fleuriste Pat et Tralala est tapissée d’un slogan contestataire et de noms d’adeptes de théories du complot .

Un fleuriste met le complotisme en vitrine

Jean-François Guillet
Jean-François Guillet
La Voix de l'Est
Patrick Gévry, propriétaire du fleuriste Pat et Tralala, se présente depuis des semaines sur les réseaux sociaux, via la page officielle de son entreprise, comme un adepte de théories du complot, principalement en ce qui concerne la pandémie et les mesures sanitaires qui en découlent. Il a récemment fait un pas de plus en utilisant la vitrine de son commerce, qui donne directement sur la rue Principale à Granby, pour faire l’apologie de ce mouvement contestataire et de plusieurs de ses acteurs.

«Coupe le câble», peut-on lire sur la devanture du commerce. Un slogan qui prône le fait de délaisser les canaux de communication traditionnels pour se tourner vers les réseaux complotistes. «The Colin Show, Karel La Louve, Les DéQodeurs» et une foule d’autres noms d’adeptes de théories du complot se succèdent sur les deux pans de la vitrine du fleuriste.

«J’étais très conscient de faire réagir et j’ai réussi», a répondu Patrick Gévry sous une publication de l’image de sa vitrine sur les réseaux sociaux qui a été inondée de commentaires. Si certains ont salué son geste, plusieurs autres ont condamné son initiative notamment qualifiée «d’irresponsable».

«Je demande aux réveiller de ne pas les leurs répondre dans le négatif nous devons leurs envoyer de la lumière et d’amour oui oui de l’amour car quand ils vont se réveiller peut-être ils en auront besoin ! (SIC)», a rétorqué M. Gévry aux critiques formulées sous sa publication.

Interpellé par La Voix de l’Est, vendredi, le principal intéressé a toutefois refusé de commenter.

Contradiction

Patrick Gévry tient des propos pour le moins contradictoires. Dans ses plus récentes publications sur la page Facebook de son commerce, le fleuriste prône entre autres la désobéissance civile via le mouvement anti-masque. Il enjoint non seulement les citoyens à participer à des manifestations contre les mesures sanitaires, mais il incite également les autres entrepreneurs à se joindre au mouvement. «Commerçants, unissons-nous», a-t-il lancé.

Or, il tenait un tout autre discours il y a à peine quelques semaines. «Fleuriste Pat et Tralala vous envoie un bouquet virtuel pendant votre confinement à la maison. Pour votre bien-être et votre sécurité, nous respectons les consignes de confinement. Puisque nous aimons tous nos clients, famille et amis, nous restons fermés. Des fleurs ne valent pas une vie humaine! Prenez soin de vous et au plaisir de vous revoir en santé», a-t-il publié le 6 avril, toujours sur la page Facebook de son commerce.

Le commerçant Patrick Gévry prône notamment la désobéissance civile en ce qui concerne le port du masque.

«Une situation désolante»

Commerce Tourisme Granby et région déplore les agissements du commerçant récalcitrant, s’en remettant toutefois au droit du citoyen de s’exprimer. «C’est une situation désolante, a indiqué en entrevue Fanny-Ysa Breton, codirectrice générale de l’organisation. On est dans une pandémie. On devrait se serrer les coudes, être solidaires. On devrait écouter ce que le gouvernement dit. Au-delà de ça, on est dans une société de libertés individuelles. On n’a pas de lois pour contrer ça.»

La directrice générale de la chambre de commerce Haute-Yamaska, Claude Surprenant, abonde dans le même sens. «Étant donné la situation assez difficile en ce moment pour les commerçants, mais aussi pour la population, on devrait plutôt mettre l’accent sur des actions positives qui vont encourager l’achat local, a-t-elle dit, plutôt que d’aller à l’encontre des mesures annoncées par le gouvernement, et même de la Ville.»

De son côté, la Ville a confirmé que, malgré la teneur de ce qui a été rédigé sur sa vitrine, le fleuriste n’a contrevenu à aucun règlement municipal.

«La situation actuelle n’est pas encadrée par le règlement sur l’affichage des propos haineux, a indiqué par courriel Marc-Antoine Morin, chef du département des communications à Granby. Il ne s’agit pas non plus d’affichage commercial. Par ailleurs, la Ville doit respecter la liberté d’expression de ses citoyennes et de ses citoyens.»