La Granbyenne Patricia Gonzalez Vargas a fait don de ses organes au moment de son décès. Son conjoint, José Gutiérrez (au centre) et ses enfants, José Luis et Claudia Alejandra, ont assisté à la cérémonie pendant laquelle son geste a été honoré.

Un dernier cadeau de vie

Victime d’un anévrisme cérébral qui lui a coûté la vie, Patricia Gonzalez Vargas a offert un cadeau précieux et d’une valeur inestimable au moment de son décès : ses organes. Un geste d’une grande générosité qui a donné une nouvelle chance à au moins six personnes en attente d’une greffe.

« C’est son dernier cadeau de vie. C’est un cadeau merveilleux. Ça va permettre à plusieurs familles de profiter d’êtres chers pendant plusieurs années. C’est une opportunité pour ces personnes-là. C’est comme naître une deuxième fois », estime José Gutiérrez, le conjoint de Patricia. 

Deux cent quinze donneurs d’organes et elle ont été proclamés vendredi Ambassadeur de la santé, à titre posthume. « Donner des organes, c’est le maximum de la charité », estime
M. Gutiérrez, qui était présent à la cérémonie en compagnie de ses deux enfants. 

Originaire de la Colombie, la famille Gutiérrez est conscientisée depuis fort longtemps au don d’organes. « C’est une conviction dans ma famille. C’est ce que l’on doit faire lorsqu’on meurt », affirme le quinquagénaire, qui est établi à Granby depuis 2003.

Une conviction

Alors qu’il était enfant, un de ses oncles, blessé par une arme à feu, a subi une greffe de plusieurs organes, ce qui lui a sauvé la vie et l’a prolongée pendant 27 ans. Lui-même donneur de sang et de plasma, entre autres, il n’a pas hésité, en accord avec ses enfants, à donner son consentement au prélèvement d’organes sur sa femme. « On s’est embrassés et on a dit oui. On a pris la décision ensemble », raconte M. Gutiérrez. 

Rien ne laissait présager que Patricia Gonzalez Vargas s’écroulerait sans jamais se réveiller à l’âge de 52 ans. Prônant de saines habitudes de vie, elle s’entraînait entre 10 et 15 heures chaque semaine, raconte son mari. Elle s’alimentait de nourriture biologique et avait mis une croix sur le sucre. 

Le mari endeuillé étale les photos de son épouse sur la table et trace le parcours de leur vie commune des 32 dernières années. « Les images valent mille mots », laisse-t-il tomber, visiblement ému. 

Le couple et leurs deux enfants ont obtenu l’asile politique pour mettre fin aux problèmes de sécurité qu’ils vivaient.

Enseignant à l’université, le père de famille était également coopérant pour l’Unicef. Oeuvrant pour la libération des enfants enrôlés dans des groupes armés en Colombie, M. Gutiérrez a échappé à un kidnapping et à une tentative d’assassinat. « On a trouvé la tranquillité ici au Canada », dit-il. 

«Le miracle, c’est elle»

Le pire des scénarios s’est produit par un soir d’été, en juillet dernier, quelques heures à peine après que Patricia Gonzalez Vargas ait fait savoir à son mari qu’elle signerait l’autocollant apposé derrière son futur permis de conduire pour faire don de ses organes à son décès.

Lors de sa séance d’entraînement au gym, elle s’est écroulée. Les paramédics et le personnel médical l’ont réanimé une dizaine de fois, raconte son mari. Transférée d’urgence au Centre hospitalier de Sherbrooke, elle est décédée quelques heures plus tard. 

Après avoir pris connaissance des lésions cérébrales de son épouse, Josée Gutiérrez estime qu’elle a eu une chance immense de vivre jusqu’à 52 ans. « Après toutes les informations médicales que j’ai reçues, je me dis que le miracle était elle en réalité. Comment elle a pu vivre 52 ans sans problème alors qu’elle avait de telles anomalies ? Le miracle, c’est elle. »

La famille endeuillée se réconforte en sachant qu’une partie d’elle vit en d’autres personnes.

« C’est émouvant de savoir qu’au moins six personnes vont profiter de son cadeau, confie M. Gutiérrez. Je suis fier de son geste. Les enfants sont fiers de leur mère. »

La policière Geneviève Racine a reçu le titre de Grand Samaritain pour son implication dans le transport d’organes, un travail bénévole qui lui permet de «donner au suivant».

BOÎTE DE VIE, BOÎTE D’ESPÉRANCE

La boîte de vie, la boîte de l’espoir. Voilà la description que la policière granbyenne Geneviève Racine fait de ces glacières qui contiennent de précieux organes à être greffés et qui sont transportées par elle et ses collègues entre les divers hôpitaux du Québec. 

« On transporte la boîte de vie, la boîte de l’espérance. On sait qu’elle renferme l’espoir pour une famille de sauver la vie d’un proche, de la prolonger ou de l’améliorer », décrit l’agente à l’emploi de la Sûreté du Québec dans Brome-Missisquoi. 

Bénévole au sein de différents organismes au cours de sa vie, Geneviève Racine a reçu le titre de Grand Samaritain pour son implication au sein de l’Association canadienne des dons d’organes et de tissus (ACDO) depuis 2015. Une simple conversation avec un collègue de travail sur le mandat de l’Association il y a trois ans a suffi pour lui donner le goût de donner de son temps pour la cause.

De façon bénévole, les agents de différents corps policiers du Québec ont le mandat de récupérer des organes et d’en assurer le transport jusqu’au centre hospitalier où un donneur l’attend. Le délai d’intervention est crucial. « Chaque organe a une durée de vie différente, explique la Granbyenne. Quand on récupère une glacière, on s’assure d’avoir le bon organe. Ensuite, on part en mode urgence. »

Lorsqu’un organe est prélevé à Montréal et est attendu à Québec, par exemple, les policiers se relaient à mi-chemin, à Drummondville, avant de livrer l’organe dans un centre hospitalier de la capitale nationale. « C’est un relais pour la vie », souligne l’agente Racine. 

La policière estime que la médaille qui lui a été offerte vendredi est un « petit velours » pour son implication bénévole, mais « on ne fait vraiment pas ça pour recevoir un prix », dit celle qui a réalisé pas moins d’une quinzaine de transports d’organes au cours des trois dernières années.

Offrir ainsi de son temps pour l’ACDO est simplement aux yeux de la policière une façon tangible de « donner au suivant » !