La salamandre pourpre (Gyrinophilus porphyriticus) vit surtout en amont des ruisseaux montagneux du sud-est du Québec­, dans les Appalaches et les Adirondacks, selon la liste des espèces vulnérables ou menacées.

Un décret d’urgence demandé pour protéger la salamandre pourpre

Les populations de salamandre pourpre sont-elles menacées par le développement résidentiel dans le mont Foster à Bolton-Ouest ? Paul Geoffrion le craint et demande à la ministre d’Environnement et Changement climatique du Canada, Catherine McKenna, d’imposer un décret d’urgence pour protéger cette espèce considérée vulnérable.

Le projet Domaine Mont Foster, qui prévoit la construction de 25 maisons dans le mont Foster, aura un impact considérable sur les salamandres pourpres, soutient M. Geoffrion, puisque les travaux sont « une menace imminente pour sa survie » et risquent « de détruire de façon permanente » l’habitat de cet amphibien dont la présence est confirmée dans la montagne. Or « le maintien de cette population est nécessaire à la survie ou au rétablissement de l’espèce », écrit le citoyen à la ministre McKenna.

C’est un nouveau chapitre dans cette longue saga entourant le projet immobilier dans le mont Foster. La construction des maisons est arrêtée depuis février 2011 sous l’ordre du ministère de l’Environnement puisque le promoteur n’avait pas de certificat d’autorisation pour procéder aux travaux de déboisement et de dynamitage. L’affaire fait l’objet d’une enquête par le Ministère et pourrait déboucher sur une poursuite pour violation de la Loi sur la qualité de l’environnement. Le projet contrevenait par ailleurs au schéma d’aménagement de la MRC Brome-Missisquoi qui interdit la construction ou le prolongement de rues à l’extérieur du périmètre urbain d’une de ses municipalités.

Les promoteurs ont proposé l’an dernier un compromis à la municipalité : ils sont prêts à faire don de 211 hectares de terrain, incluant le sommet de la montagne, à Corridor appalachien pour en faire une aire de conservation. En retour, ils demandent l’octroi des permis de construction pour réaliser leur projet. Ceux-ci sont nécessaires pour obtenir un certificat d’autorisation du ministère de l’Environnement.

Il s’agit d’une offre raisonnable qui mettrait un point final à toute cette histoire, pense le maire de Bolton-Ouest, Jacques Drolet. Le tout traîne depuis trop longtemps, estime-t-il. Cette proposition est bénéfique aux citoyens, soutient-il, parce qu’elle leur permettrait d’avoir à nouveau accès au sommet de la montagne où se trouve une tour d’observation. La création d’une aire de conservation naturelle pèse aussi dans la balance, dit-il.

Cela dit, la municipalité n’est pas encore prête à accepter la proposition. Elle attend des garanties du promoteur pour atténuer les impacts des travaux dans la montagne. Il est question de superficies des terrains où des maisons peuvent être construites et des superficies maximales de déboisement. « On a une liste d’épicerie. Quand il va nous donner ce qu’on demande, on va soumettre cette entente à nos citoyens », affirme le maire.

Mauvaise porte

Au ministère de l’Environnement, on laisse entendre que le citoyen Geoffrion a cogné à la mauvaise porte. « Les provinces et les territoires sont chargés de gérer les salamandres pourpres, sauf quand localisées sur les terres fédérales. De ce fait, le gouvernement fédéral intervient seulement quand il est évident que les efforts des provinces et territoires ne suffisent pas à protéger l’espèce en péril », nous écrit Gabrielle Lamontagne, porte-parole du Ministère, au nom de la sous-ministre adjointe du Service canadien de la faune du Canada, Sue Milburn-Hopwood.

Dans les faits, rien n’empêche la ministre McKenna de demander un décret d’urgence en invoquant la Loi sur les espèces en péril, signale Alain Branchaud, directeur général de la Société pour la nature et les parcs du Canada. L’état de la salamandre pourpre le commande, dit-il.

« Quand le fédéral liste une espèce comme vulnérable, ça vient avec des obligations prescrites par la Loi. Cette espèce fait face à une menace imminente. La ministre n’a pas à tenir compte de ce que fait ou non la province, elle n’a pas d’obligation de consultation. »

Bien que la salamandre pourpre soit depuis longtemps identifiée comme vulnérable, ajoute M. Branchaud, on attend encore à ce jour un programme pour son rétablissement et la protection de l’habitat essentiel à cette espèce. « On est vraiment dans une situation particulière parce qu’on n’a pas amorcé cette analyse. Est-ce que ça peut mettre cette espèce en péril, son habitat ? C’est le rôle du gouvernement du Canada d’en faire une analyse rigoureuse. »

Le fédéral est déjà intervenu pour protéger une espèce menacée dans le cadre d’un projet immobilier, rappelle M. Branchaud, citant la rainette faux-grillon dans le secteur de La Prairie, près de Montréal. La Cour fédérale a maintenu en juin un jugement reconnaissant le droit de l’État d’intervenir pour protéger cette espèce, dit-il.