Les cabanes à sucre voient leur année partir en fumée.
Les cabanes à sucre voient leur année partir en fumée.

Un coup dur pour les cabanes à sucre

Cynthia Laflamme
Cynthia Laflamme
Initiative de journalisme local - La Voix de l'Est
La COVID-19 donne un coup dur aux érablières québécoises qui sont dans la période la plus importante de leur année. Avant même que le gouvernement Legault demande aux cabanes à sucre de fermer leur porte préventivement, quelques établissements avaient décidé d’éteindre les feux en raison de la grande capacité de leur salle.

C’est le cas de la Grillade, à Saint-Alphonse-de-Granby, qui a fermé la semaine dernière, lorsque Québec a interdit les rassemblements de plus de 250 personnes.

« Ça va être catastrophique, lâche Pierre Gingras, propriétaire de la Grillade. On est ouvert huit fins de semaine par année, là on va en perdre un minimum de quatre qui se trouvent au milieu de la saison. C’est 100 % de nos revenus de l’année parce que c’est au milieu qu’on fait de l’argent. »

La saison des sucres ne sera pas remise, comme peuvent l’être certains spectacles, par exemple, puisque les gens sont rendus ailleurs en mai et en juin.

M. Gingras doit aussi composer avec l’annulation d’événements qui louaient la place, comme la dégustation de pâtés chinois pour la Fondation du CHG, mais aussi une exposition qui devait avoir lieu dans la première fin de semaine de mai. Ces événements, jusqu’à présent, ne seront pas reportés. « Je perds tout », se désole-t-il.

En plus d’avoir dû mettre à pied son personnel, il perdra aussi la nourriture qui était préparée dans les réfrigérateurs pour le week-end.

« Le gouvernement dit qu’il va compenser, mais j’ai hâte de voir ça veut dire quoi pour eux. Ça va être les mêmes taxes, le même prix pour le permis de boisson, pour l’électricité... Il n’y a rien qui va baisser. »

Salles désertées

Cathy Bernard, de l’Érablière Bernard, se questionne aussi sur le programme que mettra en place le gouvernement Legault.

« Les impacts sont énormes, confie la copropriétaire. On est dans notre période la plus importante de l’année. »

Dimanche matin, les cabanes à sucre avaient toujours le droit d’opérer. Les plus grosses étaient fermées, mais pas celles comme l’érablière Bernard qui ont de plus petites salles. La situation a changé en début d’après-midi, alors que le gouvernement a demandé aux cabanes à sucre de fermer. La salle à manger et les sentiers seront fermés dès lundi.

Même si elle pouvait servir des repas, Mme Bernard voyait tout de même que la salle à manger était désertée. Les gros groupes annulaient leurs réservations, de même que les aînés et les entreprises qui organisaient une sortie à la cabane. Entre 60 et 70 % des clients ont annulé leur réservation.

Des mesures avaient été prises pour diminuer les risques de contamination. Les procédures d’hygiènes étaient doublées, les clients étaient invités à se laver les mains et ne pouvaient plus utiliser deux fois le même bâtonnet de bois pour la tire sur la neige, par exemple.

La cabane à la maison

L’Érablière Bernard a tout de même su tirer son épingle du jeu depuis quelques années avec sa boutique de mets cuisinés et ses boîtes de cabane à la maison pour des groupes.

« Là, on voit un peu plus de gens qui vont vers cette option-là. Et aussi, aujourd’hui même, on est en train de mettre sur pied la formule pour emporter, annonce Mme Bernard. Ça va être des repas chauds. Il va y avoir des portions individuelles. Ils vont avoir le menu comme s’ils étaient dans la salle à manger. »

Elle a aussi conclu une entente avec MenuLivraison, dimanche matin, pour la livraison de repas à domicile.

« Les gens qui sont confinés à la maison pourront quand même manger de la cabane à la maison, ajoute-t-elle en précisant que ces services sont disponibles du mardi au dimanche. C’est sûr que ça n’épongera jamais la perte qu’on vit actuellement. »

Elle comprend tout de même l’urgence de la situation et la nécessité de fermer toutes les fenêtres de contamination entre les personnes.