opération policière au St-Ambroise de Granby. photo La Voix de l'Est

Un coup de poing à 10 000$

Pour avoir été victime d'une agression « purement gratuite » au resto-pub le St-Ambroise de Granby, un policier patrouilleur de la Sûreté du Québec dans Brome-Missisquoi s'est vu accorder une somme de 10 000 $ par le juge, qui n'a pas cru la version de son assaillant.
Le policier poursuivait Éric Robidoux aux petites créances après que celui-ci lui ait asséné un coup de poing au visage dans la soirée du 3 au 4 juillet 2015. 
Lors des audiences tenues en février dernier, le patrouilleur a indiqué qu'il se trouvait dans le bar en compagnie d'un ami lorsqu'une femme qu'il ne connaissait pas l'a toisé du regard avant de lui dire qu'elle savait qu'il était policier et qu'elle n'aimait pas les représentants de cette profession.
« Avant de prononcer quelque autre parole, le défendeur intervient, disant au demandant de ne pas parler à cette dame, et lui assène un coup de poing, sans autre parole ou mouvement », peut-on ensuite lire dans le jugement rendu récemment par le juge Serge Champoux.
Le défendeur alléguait pour sa part qu'il avait cherché à défendre une amie importunée par le demandeur. Selon M. Robidoux, qui avait été identifié grâce à l'examen des bandes vidéos du restaurant, la victime aurait pris la femme par le bras. En réponse à sa demande de ne pas la toucher, le demandeur aurait frappé en premier, et c'est pour se défendre qu'il aurait lui-même frappé le policier.
Il est à noter qu'au terme de l'enquête policière ayant suivi l'altercation, Éric Robidoux a été accusé de voies de faits et d'intimidation d'une personne liée au système judiciaire.
L'individu, qui en février 2016 a reçu une peine de 150 heures de travaux communautaires et qui a dû verser 500 $ à Ressources pour hommes pour ce crime, a affirmé au juge avoir plaidé coupable aux accusations portées contre lui en lien avec cette soirée sur recommandation de son avocat, qui pensait ainsi lui éviter une peine de prison.
« Agression totalement gratuite »
Après avoir analysé les images vidéos de l'altercation, le juge Champoux a conclu à une agression « totalement gratuite, non provoquée » et sans qu'il y ait « aucun échange de coups, ni légitime défense envisageable ».
« Ici, le défendeur Robidoux reconnaît avoir plaidé coupable aux accusations qui étaient portées contre lui, lesquelles décrivent très bien la réalité des reproches actuels qui lui sont maintenant adressés en matière civile. Or, devant cette instance où le niveau de preuve était très élevé, il a reconnu par son plaidoyer avoir commis l'infraction et donc, qu'il existait suffisamment de preuve contre lui », écrit le magistrat qui ajoute, en regard de l'interprétation qu'il a faite de la preuve vidéo, qu'« il est difficile d'imaginer qu'un avocat l'aurait incité à un tel règlement ».
Le contexte dans lequel l'altercation s'est produite constitue un facteur aggravant aux yeux du juge. « L'aspect par lequel l'agression sur le demandeur semble se "justifier" par le fait que celui-ci est policier alors que le défendeur, par ses accointances, semble plutôt de ceux qui méprisent les forces de l'ordre, rend les circonstances particulièrement choquantes », indique le magistrat, faisant référence au fait que M. Robidoux était accompagné, ce soir-là, d'au moins un membre en règle de la filiale Nomad du groupe de motards criminalisés Hells Angels, Marc Bernatchez.
Le demandeur réclamait la somme de 10 000 $ pour les douleurs, la souffrance, les ennuis et les inconvénients, le stress, les préjudices moraux et physiques subis lors et à la suite de l'altercation. Le policier alléguait avoir eu de la difficulté à dormir la semaine suivant l'événement, en plus d'avoir eu « le visage tuméfié et d'apparence gênante ». Il demandait de plus 2000 $ à titre de dommages-intérêts punitifs.
Le juge Champoux a décidé d'accéder à cette dernière requête, mais a réduit à 8000 $ le montant demandé pour les dommages généraux.