À l’hôtel de ville, on ignorait que le conseiller avait des démêlés avec la justice.

Un conseiller coupable de voies de fait: stupéfaction à Saint-Alphonse-de-Granby

Le récent verdict de culpabilité pour voies de fait causant des lésions et cruauté animale à l’endroit du conseiller municipal Mathurin Keundjeu Wandjeu a provoqué une onde de choc à l’hôtel de ville de Saint-Alphonse-de-Granby. Tant le maire que le directeur général ignoraient que l’élu faisait l’objet de telles accusations.

En entrevue téléphonique, mercredi, le maire Marcel Gaudreau n’a pas caché sa surprise d’apprendre que M. Keundjeu Wandjeu, mieux connu sous le prénom Happi, avait été reconnu coupable de trois des quatre chefs d’accusation qui pesaient contre lui. C’est par l’entremise de La Voix de l’Est que la municipalité a appris que le juge Serge Champoux avait conclu que M. Keundjeu Wandjeu, qui est également courtier immobilier sous le nom Happi Sankara Keundjeu, avait frappé un chiot et son maître avec une pelle de métal, avant d’assaillir l’homme qui était étendu au sol.

Les événements en question sont survenus le 7 février 2017, neuf mois avant l’élection municipale. Pourtant, à l’hôtel de ville, on ignorait que le conseiller avait des démêlés avec la justice.

«J’ai un certain malaise», a déclaré le maire, notamment parce qu’à titre de conseiller municipal, M. Keundjeu a des responsabilités et représente la municipalité sur certains comités.

M. Gaudreau comptait rencontrer M. Kendjeu en cours de journée, mercredi, pour connaître sa version des faits. Il avait également l’intention de contacter les autres membres du conseil municipal pour les informer de la délicate situation. «C’est important pour moi d’avoir sa version, de savoir ce qu’il a à dire là-dessus», explique le magistrat.

Mathurin Keundjeu Wandjeu compte porter sa cause en appel. Le conseiller municipal persiste à dire qu’il a agi par légitime défense.

En attendant de connaître la sentence imposée à M. Kendjeu, la municipalité évaluera la situation pour déterminer ce qu’elle doit faire compte tenu des circonstances. «On va devoir consulter nos aviseurs légaux, indique le directeur général Réal Pitt. Je pratique dans le milieu municipal depuis 1978 et je n’ai jamais été confronté à une situation comme celle-là auparavant.»

Le conseiller a enregistré une absence non motivée à la séance régulière du mardi 10 juillet, soit le lendemain du verdict, a-t-on indiqué.

En appel

Rejoint au téléphone mardi avant-midi, M. Keundjeu Wandjeu a fait savoir qu’il comptait porter sa cause en appel. Même si le juge, dans sa décision du 9 juillet, avait soulevé plusieurs contradictions entre son témoignage et une déclaration faite aux policiers en mars 2017, le conseiller municipal persiste à dire qu’il a agi par légitime défense.

Il affirme être allé déglacer le stationnement de l’immeuble où se sont produits les faits pour rendre service. C’est au moment de quitter les lieux que la victime et son chien sont sortis dehors. «Il [le pitbull] m’a tout de suite attaqué, mais il continuait à tourner autour de moi», a-t-il déclaré au journal pour expliquer le coup de pelle qu’il a asséné à la bête, ajoutant être «peureux des chiens».

Selon lui, c’est la victime qui a lancé les hostilités en lui proférant des insultes «racistes» et en le frappant. «Il m’a roué de coups, il m’a dit qu’il me ferait la peau», raconte l’élu, qui dément avoir posé le moindre geste violent à l’endroit de l’autre homme, qu’il croyait «en état d’ébriété très avancé» au moment des faits, si ce n’est d’avoir «essayé de le contenir et de [se] défendre».

M. Keundjeu prétend par ailleurs avoir été approché par un membre de l’entourage du plaignant qui lui aurait offert de retirer la plainte déposée contre lui en échange de la somme de 2000 $, ce qu’il a refusé. «Je n’avais rien à me reprocher», dit-il.

«Le juge parle d’une explosion de haine subite, mais jamais je n’aurais fait ça, je vous le jure. Je n’ai jamais été accusé de quoi que ce soit», plaide-t-il, soulignant ses nombreuses implications au sein de la société.

Au fil des années, M. Keundjeu, qui n’a aucun antécédent judiciaire, a en effet été membre du conseil d’administration de Solidarité Ethnique Régionale de la Yamaska, membre du comité des usagers du CIUSSS de l’Estrie-CHUS, candidat aux élections scolaires de 2014, vice-président du conseil d’administration d’un centre de la petite enfance et entraîneur au soccer.

Conséquences

«Je suis terrifié, ça n’a pas d’allure. Je ne comprends pas», a affirmé M. Keundjeu Wandjeu au téléphone, convaincu d’être victime d’une injustice.

Dans un courriel envoyé tard mardi soir, il a toutefois indiqué ne pas craindre les conséquences que pourraient avoir le verdict et la sentence à venir sur sa vie personnelle et sa carrière, puisqu’il est innocent. «Je ne crains ni pour ma vie professionnelle ni pour mes implications [...] parce que l’historique de ma vie ne correspond pas au jugement de l’honorable juge Serge Champoux», écrit-il.

Les observations sur la peine de M. Keundjeu Wandjeu sont prévues pour le 23 juillet prochain. Selon le principal intéressé, son avocat compte demander l’absolution inconditionnelle.  Avec la collaboration de Pascal Faucher

+

TOUJOURS HABILE À SIÉGER, NOTE UN AVOCAT

Si l’appel de Mathurin Keundjeu Wandjeu est rejeté, le verdict de culpabilité qu’il a reçu pourrait-il l’empêcher de siéger comme élu ? Il semblerait que non, à en croire un juriste à qui La Voix de l’Est a posé la question.

D’abord, notons que tant la Loi sur les élections et les référendums dans les municipalités (LERM) que le Code criminel prévoient qu’un élu est réputé inhabile à occuper sa fonction uniquement dans le cas où il est déclaré coupable d’un acte « punissable de deux ans d’emprisonnement ou plus ». 

«Ce qu’il faut prendre en compte, ce n’est pas la peine reçue, mais la nature du chef d’accusation», explique Me Alexandre Dumas, avocat au cabinet Dunton Rainville. 

Or, puisque dans le cas de M. Keundjeu Wandjeu, on parle d’«infractions punissables sur déclaration sommaire de culpabilité», la peine à prévoir sera beaucoup moins sévère, ajoute l’avocat.

Dans de telles circonstances, le Code criminel prévoit, pour le chef de voies de fait causant des lésions, un emprisonnement maximal de dix-huit mois, et pour celui de cruauté animale, une peine maximale de six mois de prison et/ou une amende ne dépassant pas 5000 $. 

Si M. Keundjeu Wandjeu écope d’une telle peine, ou d’une moins sévère, il pourra donc continuer de siéger à l’hôtel de ville de Saint-Alphonse-de-Granby, estime l’avocat.