De son propre aveu, Bernard Tremblay consommait de cinq à six heures de pornographie chaque jour.

Un «collectionneur méticuleux» de porno juvénile reconnu coupable

Un collectionneur méticuleux de pornographie n’aura pas convaincu le juge Serge Champoux que c’était par hasard qu’il avait téléchargé de la pornographie juvénile montrant notamment des scènes de bestialité. Bernard Tremblay a été reconnu coupable d’avoir eu un tel matériel en sa possession et d’en avoir aussi transmis. Il a cependant été acquitté d’une accusation de leurre d’enfant.

De son propre aveu, le septuagénaire de Shefford consommait de cinq à six heures de pornographie chaque jour durant la période où on lui a reproché d’avoir eu en sa possession des images et des récits pornographiques juvéniles, soit entre janvier 2009 et le 13 octobre 2016, jour où la Sûreté du Québec a mené une perquisition à son domicile.

Cette perquisition a mené à la saisie de matériel informatique que l’accusé était le seul à utiliser. Plusieurs dizaines de milliers de fichiers de pornographie s’y trouvaient, à savoir à la fois des images, des histoires et des transcriptions de séances de clavardage. Certains étaient classés dans des dossiers.

Téléchargés «par erreur»

Lors de son témoignage, Bernard Tremblay a reconnu avoir eu l’usage exclusif de l’ordinateur et des disques saisis, de même que d’y avoir téléchargé tous les fichiers pornographiques s’y trouvant. Le militaire retraité a également affirmé ressentir le besoin de classer et de cataloguer chaque fichier, à la manière d’un collectionneur.

L’accusé a cependant nié être un adepte de pornographie juvénile. Selon lui, les histoires impliquant des enfants faisaient partie de récits téléchargés en lot, qu’il se pressait d’écarter lorsqu’il en constatait la nature. Il a dit les conserver pour en reconnaître le titre et éviter de les télécharger à nouveau.

Il affirme également avoir téléchargé par erreur des images de bestialité montrant une fillette âgée de huit à dix ans, un geste ayant permis à la Sûreté du Québec de le retracer grâce à son adresse IP.

Le juge Champoux, de la Cour du Québec, n’a pas cru l’accusé. La quantité impressionnante de pornographie juvénile retrouvée chez le septuagénaire n’était pas toute classée aussi méthodiquement que celui-ci ne le prétendait. De plus, le nom de certains fichiers et le titre de certains récits étaient assez révélateurs pour en deviner la nature sans avoir à les télécharger.

«Je ne m’explique pas comment et pourquoi on voudrait conserver des milliers de textes clairement illégaux, décrivant des abus horribles et répétés sur des enfants, simplement pour éviter de les avoir en deux copies», a d’ailleurs réfléchi le magistrat, qui relève que rien n’indique si ces fichiers avaient été téléchargés en masse ou à la pièce.

Qui plus est, un disque optique saisi contenait exclusivement des histoires de pornographie juvénile, ce qui a mis à mal la version de l’accusé.

Acquitté de leurre d’enfant

Les conversations que M. Tremblay entretenait sur des forums en ligne avaient le point commun de se dérouler dans des espaces aux noms relatifs à la bestialité, à la pédophilie ou à l’inceste. C’est sur l’une de ces plateformes qu’il a transmis, à au moins une occasion, un fichier de pornographie juvénile.

Presque systématiquement, l’accusé demandait l’âge de ses interlocutrices, avec l’objectif quasi avoué d’échanger avec des mineures.

Pour sa défense, M. Tremblay a mentionné qu’il s’agissait de jeux de rôle où des Internautes prétendaient être des jeunes filles le temps d’une conversation.

En se basant sur une jurisprudence récente, le juge Champoux n’a toutefois pas eu d’autre choix que d’accorder un doute raisonnable à l’accusé quant à ses échanges avec des jeunes femmes sur Internet, avec comme conséquence un acquittement sur le chef de leurre d’enfant.

Bien que Bernard Tremblay manifestait le souhait d’échanger avec des jeunes filles mineures, il est en effet très difficile, voire impossible, de connaître l’âge véritable des personnes ayant communiqué avec lui entre 2009 et 2016, estime l’homme de droit.