Michel Martel a changé son fusil d’épaule en cours d’audience, mercredi, et plaidé coupable à l’accusation portée contre lui. Il s’expose à une peine de plusieurs mois de prison.

Un chauffard plaide coupable

Présent en cour pour une requête en exclusion de la preuve, le responsable d’un accident de la route ayant causé la mort d’une femme de 29 ans à Bromont, en février 2017, a fait volte-face en plaidant coupable.

Michel Martel, un cuisinier de 44 ans, a reconnu avoir conduit son camion alors qu’il était en état d’ébriété et avoir omis de faire son arrêt obligatoire, ce soir-là, à l’angle du chemin Magenta et de la route 139.

« La seule cause de l’accident revient à l’accusé qui a omis de faire son arrêt », a déclaré Me Catherine Gallant, procureure de la Couronne, au tribunal mercredi.

La victime, Marie-Pier Chabot-Hautcoeur, n’avait aucune trace d’alcool ni de drogue dans son sang.

Elle circulait à plus de 100 km/h quand le camion de M. Martel a percuté sa voiture. Sa mort — d’un traumatisme cervical et cérébral — a été immédiate, a dit Me Gallant en relatant les faits au juge Claude Villeneuve, de la Cour supérieure. L’accusé, pour sa part, avait les yeux vitreux, une forte haleine d’alcool et son taux dépassait la limite permise.

Le juge a accepté le plaidoyer tout en soulignant qu’il n’était pas tenu de respecter l’entente intervenue entre la Couronne et la défense, entente dont les contours n’ont pas été précisés. Mais l’accusé s’attend à purger une peine de plusieurs mois de prison, a dit son avocat, Me Jocelyn Grenon.

La victime, Marie-Pier Chabot-Hautcoeur, avait 29 ans.

Remords

La preuve contre M. Martel était forte, a dit l’avocat à sa sortie de la salle d’audience, et « il voulait passer à autre chose ». Il a souligné que le quadragénaire « a beaucoup de remords face à la victime et à sa famille », et qu’il « vit très mal avec ça ».

« C’était un accident de parcours, a-t-il ajouté. Il n’a pas d’antécédent judiciaire ni de problème de consommation, il travaille, il a un enfant et c’est quelqu’un de stable. Ça lui est arrivé comme ça peut arriver à tout le monde dans la vie de prendre un verre de trop et d’être au mauvais endroit au mauvais moment. »

Michel Martel sera évalué afin de cerner sa situation et sa personnalité et ainsi permettre aux avocats d’appuyer leur suggestion commune. Il a comparu de façon contrite et silencieuse, mercredi. Son dossier reviendra devant la cour en avril afin de fixer une date pour déterminer sa sentence. Il demeure en liberté sous conditions d’ici là.

Renonciation

Tout était en place, en début de journée, pour que la défense plaide l’acquittement en vertu d’une « requête sur la Charte » des droits et libertés. Me Grenon alléguait que son client n’avait pas clairement renoncé à son droit à l’avocat lors de son arrestation, ce que la poursuite contestait.

Le juge a aussi exprimé des doutes sur la pertinence de cette requête et recommandé à la défense de la préciser. Au retour de la pause du dîner, Me Grenon et son client avaient changé leur fusil d’épaule.

« Même s’il y avait des points intéressants, notre requête avait certaines faiblesses, a reconnu l’avocat en entrevue. Après beaucoup de réflexion et comme la Couronne a réitéré une offre déjà faite, on a choisi de plaider coupable. Sinon, mon client risquait une peine plus lourde. »

M. Michel est « serein avec cette décision », a-t-il ajouté. L’accusé ne s’est pas exprimé à sa sortie du tribunal.

«Au moins justice est faite», a dit Sylvie Chabot, la mère de la victime.

«ON SAVAIT TOUS QU’IL ÉTAIT COUPABLE»

Le plaidoyer surprise de Michel Martel a mis un peu de baume au coeur de la mère de la victime.

Sylvie Chabot s’est dite « soulagée » que le chauffard ait reconnu ses torts au palais de justice de Granby, mercredi, au lieu de plaider l’exclusion de la preuve tel que prévu.

« Il a essayé de se sauver les fesses, mais on savait tous qu’il était coupable, a dit la mère de Marie-Pier Chabot-Hautcoeur. Ça ne ramènera jamais ma fille, mais au moins justice est faite. J’espère qu’il réfléchira à ce qu’il a fait. »

Les yeux de Mme Chabot s’embrument lorsqu’elle évoque sa « petite abeille ». Marie-Pier, qui oeuvrait comme serveuse, était une fille travaillante « qui commençait à être heureuse ». 

« Elle avait rencontré quelqu’un, je me voyais grand-maman... Elle n’aura pas eu le temps. Il me l’a enlevée. »