Le Bois McClure appartient à un promoteur immobilier, mais il est très fréquenté des citoyens et des cerfs.
Le Bois McClure appartient à un promoteur immobilier, mais il est très fréquenté des citoyens et des cerfs.

Un changement d’usage au Bois McClure à Cowansville fait réagir

Cynthia Laflamme
Cynthia Laflamme
Initiative de journalisme local - La Voix de l'Est
Le processus de changement de zonage du Bois McClure, à Cowansville, a suscité une levée de boucliers chez plusieurs citoyens. Ceux-ci craignent que le secteur soit rasé pour être occupé par des immeubles multilogements. Or, une partie du boisé située en plein coeur de la ville sera au contraire protégée par un usage récréatif agrandi.

Le terrain boisé d’environ 84 000 m2 appartient au promoteur immobilier, Domaines de Cowansville, et le zonage actuel lui permet d’y construire des maisons unifamiliales isolées sur l’ensemble du terrain, à l’exception d’une étroite bande boisée zonée récréative, également propriété de l’entreprise.

Domaines de Cowansville appartient majoritairement à Daniel Morgan, ainsi qu’à Caroline et Bryan Morgan, selon le Registraire des entreprises.

« [Le promoteur] nous a rencontrés pour regarder la possibilité de changer le zonage et permettre la construction d’immeubles à revenus sur une partie du terrain et que l’autre partie soit gardée en récréatif, explique en entrevue la mairesse Sylvie Beauregard. Ça demeurerait toujours une propriété privée, mais il n’y aurait pas de possibilité de développement sur cette section du terrain. »

Le changement de zonage permettrait la construction d’immeubles de 17 à 50 logements.

«Solution gagnante»

« Présentement, le zonage ne permet pas de conserver une partie importante de boisé, note Marc-Antoine Dunlavey, directeur du service de l’aménagement urbain et de l’environnement. On pense que c’est une solution gagnante de densifier au sud et de conserver la partie du nord, qui est quand même une bonne superficie. »

Le zonage actuel (Ra-30) permet la construction de maisons unifamiliales dans l’ensemble du boisé, à l’exception d’une ceinture zonée récréative (RECb-13).

Le changement de zonage, si adopté tel quel, ne protègerait pas à perpétuité la zone récréative, puisqu’elle ne serait pas léguée à la Ville ou à un organisme de conservation, mais en empêcherait la construction d’habitations. La superficie récréative atteindrait 36 830 mètres carrés. Les sentiers demeureraient en place également, selon Mme Beauregard, puisque le promoteur n’aurait pas de projet récréatif sur la table.

Le processus de consultation par écrit est en cours jusqu’au 10 novembre. Ensuite, les élus discuteront des commentaires et des questions reçus pour orienter leur décision. Déjà, plusieurs courriels ont été reçus. Certains s’opposent de but en blanc au changement de zonage. D’autres veulent que le boisé, dans lequel des marcheurs ont créé des sentiers malgré qu’il s’agisse d’un terrain privé, soit conservé en entier et qu’il n’y ait pas de développement.

Vague d’opposition

Sur les réseaux sociaux, plusieurs citoyens ont pris parole pour s’opposer à ce projet.

C’est notamment le cas de Marie Reine Daudelin Malczewski, native de Cowansville, et qui a vu le bois et les prairies attenantes disparaître à petit feu.

« Mon père Eugène Daudelin était un employé du fermier John McClure et, dès mon jeune âge, j’ai eu la chance de faire la cueillette de l’eau d’érable et d’y passer des semaines à la cabane à sucre à faire bouillir l’eau. Ensuite, on longeait les prairies à réparer les clôtures et on aidait pendant le temps des foins. On avait la chance d’avoir le troupeau de vaches à l’arrière de notre maison. »

Tranquillement, le lot a été subdivisé, des maisons se sont construites dans l’ambiance encore champêtre. Puis, des rues ont été ouvertes et le secteur a perdu son charme, se désole-t-elle. Elle y va encore pour marcher dans la portion restante du bois. « Le bois accueille les marcheurs et une faune intéressante. Le tout devrait être protégé pour les années futures par respect pour le labeur de ses premiers propriétaires », juge Mme Daudelin-Malczewski.

Le changement de zonage, si adopté tel quel, agrandirait la zone récréative (RECb-13) et permettrait des immeubles multilogements dans la portion au sud (Rc-23).

Des citoyens critiquent également l’aspect des immeubles multilogements projetés et estiment que ce n’est pas un besoin à Cowansville, qu’ils seront vides de leurs locataires dans quelques décennies.

Invité à donner des précisions sur le projet, le promoteur Daniel Morgan a décliné notre demande d’entrevue pour l’instant, déterminant qu’il était encore trop tôt pour parler aux médias.