Le chirurgien vétérinaire Bertrand Lussier est à la barre d’un projet-pilote d’implants osseux révolutionnaires.

Un Bromontois à l’avant-garde

Bertrand Lussier est à la barre d’une révolution dans le monde de la chirurgie animale. Depuis bientôt quatre ans, le vétérinaire planche sur un projet de prothèses médicales novatrices, destinées principalement à l’espèce canine. Or, les implants métalliques développés par le chercheur bromontois et ses équipiers pourraient aussi trouver leur niche chez l’humain.

À l’heure des percées technologiques foisonnantes, la réalité chevauche parfois la fiction. Le projet porté par Bertrand Lussier en est un bel exemple. En fait, l’initiative est née de la rencontre de cerveaux en ébullition : ceux du chercheur spécialisé en génie mécanique Vladimir Brailovski, œuvrant entre autres en tant qu’enseignant à l’École de technologie supérieure (ÉTS) de Montréal, et du chirurgien vétérinaire.

« Le déclic s’est fait dès que j’ai rencontré Brailovski. C’est à ce moment qu’il m’a montré son imprimante 3D métallique, une des rares au pays. C’était simplement génial parce que les applications sont exponentielles. Si on peut fabriquer des pièces d’avion avec un équipement comme ça, j’étais convaincu que l’on pouvait trouver des avenues en médecine. Et on l’a fait », raconte Bertrand Lussier.

L’idée de créer une prothèse sur mesure pour les chiens atteints d’ostéosarcome, une tumeur maligne des os, a rapidement germé.

« Un des problèmes, actuellement, c’est que lorsqu’on doit amputer une partie [de la patte] d’un chien qui a cette pathologie, les implants ne sont pas de la bonne dimension, explique le chercheur associé au Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM). Ce qui oblige le patient à s’adapter [à l’implant] et non l’inverse. La technologie nous a permis de remédier à ça. »

La première chirurgie réalisée à l’aide d’un implant sur mesure produite par le groupe, en instance de brevets, a eu lieu au Colorado en septembre dernier.

Projet-pilote
Une utopie. C’est ainsi que le chirurgien vétérinaire spécialisé en oncologie Bernard Séguin, de la Colorado State University, a qualifié le projet d’endoprothèse personnalisée lorsque son ami de longue date, Bertrand Lussier, le lui a présenté.

« Il m’a dit d’arrêter de rêver. Que c’était carrément impossible. Alors je lui ai répété que nos premières expériences étaient concluantes. Dès qu’il a compris que c’était sérieux, il a embarqué », se remémore le Bromontois.

En peu de temps, un projet-pilote était sur les rails. L’initiative est chapeautée par le trio formé de Bertrand Lussier, Vladimir Brailovski et Bernard Séguin, auquel se greffent Yvan Petit et Anatolie Timercan, respectivement enseignant et candidat à la maîtrise en génie mécanique à l’ÉTS.

Primo, l’animal doit être référé par son vétérinaire pour faire partie de l’essai clinique. Secundo, un test d’imagerie médicale en fines coupes (tomodensitométrie) des deux pattes de la bête est réalisé. Les données sont ensuite transmises à l’ÉTS pour y être traitées à l’aide d’un logiciel spécialisé dans la modélisation numérique. S’en suit une opération de « miroir » de l’os sain opposé à celui affecté par la maladie. L’image ainsi créée, s’ajustant parfaitement à l’anatomie du chien, permet de fabriquer la prothèse en alliage de titane via l’imprimante 3D.

Jusqu’ici, cinq chiens diagnostiqués pour un ostéosarcome ont intégré le projet-pilote. La première chirurgie réalisée à l’aide d’un implant sur mesure produite par le groupe, en instance de brevets, a eu lieu au Colorado en septembre dernier. L’équipe multidisciplinaire devrait être fixée quant au succès à long terme de l’opération au cours des mois à venir.

Ouverture
C’est avec enthousiasme que Bertrand Lussier aborde la dernière ligne droite de ce projet de longue haleine. « M’impliquer dans la recherche sur les endoprothèses personnalisées est extrêmement stimulant. Ça répond vraiment à toutes mes aspirations professionnelles », confie le chercheur en pharmacologie animale et en maladies rhumatismales.

Il n’entend toutefois pas en rester là une fois le fil d’arrivée franchi. « La société m’a formé comme vétérinaire et comme professeur universitaire. Je veux redonner aux animaux, mais aussi à l’humain, dit-il. On retrouve 90 % des cas d’ostéosarcome chez l’homme. Alors si nos prothèses fonctionnent chez les chiens, pourquoi pas pour nous ? Au niveau des possibilités, ça ouvre une très grande porte. »