L’architecte Luce Lafrenière-Archambault examine les artefacts retrouvés derrière l’église anglicane St.Paul’s.

Un brin d’histoire sous terre

Il arrive qu’en préparant le futur, on en apprenne davantage sur le passé. Des travaux d’excavation sur le rang de la Montagne, à Saint-Paul-d’Abbotsford, ont donné lieu lundi à quelques découvertes archéologiques.

Les travaux entamés récemment visaient à préparer le Hall Fisk pour le doter d’installations sanitaires fonctionnelles et accessibles. Ce pavillon patrimonial situé près de l’église anglicane St Paul’s, où des événements publics ont lieu à l’occasion, est actuellement équipé de toilettes, mais celles-ci ne sont pas utilisables puisqu’elles ne sont pas alimentées à l’eau courante, explique Jean-Marie Bergman, président d’Héritage Abbostsford, l’organisme local dévoué à la préservation et à la mise en valeur du patrimoine local.

Vendredi, les ouvriers ont travaillé sur le site où sera aménagé le futur bloc sanitaire, en procédant au dessouchage de certains arbres, dont un immense érable centenaire. « C’est triste qu’on n’ait pas pu le sauver », déplore M. Bergman, qui précise que le bois de l’arbre connaîtra une nouvelle vie sur le site en tant que panneau commémorant ceux qui ont contribué à mettre en valeur le patrimoine.

Cinq autres arbres ayant été déracinés seront replantés autour du bâtiment.

Supervision
Lundi, des travaux d’excavation pour aménager deux champs d’épuration et tout autant de fosses septiques ont eu lieu derrière les bâtiments patrimoniaux. « On doit en faire deux, car on ne peut pas desservir un lieu public [le Hall] et un lieu privé [le presbytère] avec les mêmes installations », explique M. Bergman.

À la demande du ministère de la Culture et des Communications du Québec, ces travaux ont dû être effectués sous la supervision d’une architecte. En effet, il y a plus ou moins 170 ans, une écurie avait été érigée là où la pelle mécanique a fait son œuvre.

On sait bien peu de choses sur ladite écurie, construite autour de 1852, si ce n’est qu’elle a dû être déplacée un peu plus loin de l’église vers 1897. « On croit que la municipalité avait choisi de la déplacer pour économiser sur les frais d’assurance, pour diminuer les risques d’incendie », explique l’archéologue embauchée pour le projet, Luce Lafrenière-Archambault.

Comme elle ne figure sur aucun plan de l’endroit, Héritage Abbostford ne possède que deux photos de l’écurie, qui a été démolie autour de 1950. Ron Fisk, l’un des derniers descendants de la famille de qui les lieux tiennent leur nom, se souvient d’avoir assisté au démantèlement de l’installation alors qu’il était un tout petit garçon. « J’étais ici quand ils sont passés avec le bulldozer », raconte-t-il.

Ce ne sont pas toutes les entreprises d’excavation qui acceptent toutefois de travailler dans de telles conditions, précise M. Bergman. « Au départ, une étude exhaustive du site était recommandée, ce qui aurait retardé les travaux de plusieurs jours, voire plusieurs semaines », explique-t-il ensuite.

Des trois compagnies invitées à déposer une soumission par Héritage Abbotsford, une a refusé en raison des délais supplémentaires qu’entraîne la supervision du site par un archéologue. Advenant la découverte de vestiges ou d’une sépulture, étant donné qu’un cimetière se trouve à un jet de pierre de là, les travaux auraient en effet dû être arrêtés le temps de sécuriser le site et de protéger les artefacts.

Sur place, on a retrouvé des briques, un petit pot de cire à chaussures, une cuillère, quelques débris de vaisselle en terre cuite de même que plusieurs petites bouteilles et flacons.

Vestiges
« L’ensemble du site patrimonial a un fort potentiel », explique Mme Lafrenière-Archambault. Si l’occupation humaine peut remonter jusqu’à la préhistoire dans la région, les traces les plus anciennes remontent à il y a environ 11 000 ans, dans le secteur de Mégantic, près de la frontière américaine.

« À cette époque, les glaciers ont fondu, ce qui a permis à la végétation de pousser. Les animaux ont suivi, en quête de nourriture, et l’humain aussi, puisqu’il chassait ces animaux », raconte l’archéologue.

Pendant l’opération, à laquelle La Voix de l’Est a assisté, on a retrouvé des briques, un petit pot de cire à chaussures, une cuillère, quelques débris de vaisselle en terre cuite de même que plusieurs petites bouteilles et flacons.

« Ces fioles pouvaient contenir des médicaments, mais aussi du parfum ou des huiles essentielles, qui relevaient à l’époque du domaine pharmaceutique », explique Mme Lafrenière-Archambault.

« Je pensais qu’on trouverait des bouteilles de vitamines pour chevaux, mais je n’avais jamais pensé à ce qu’on pourrait retrouver d’autre », note M. Fisk.

Coûts
En tout et pour tout, l’opération coûtera au moins 40 000 $ à Héritage Abbostford, qui bénéficie d’un bon coup de pouce financier de la part de la Caisse populaire Desjardins de Rouville et de la MRC de Rouville.

« Et là-dessus, on ne parle que du terrassement, des permissions et des frais pour l’archéologue, l’ingénieur, l’architecte et le technologue », spécifie M. Bergman, qui estime à encore quelques dizaines de milliers de dollars la pose des installations septiques.

Il déplore « toutes les exigences bureaucratiques » qui selon lui compliquent la tâche de l’organisme. « Je comprends très bien que le ministère ne veut pas risquer qu’on démolisse un patrimoine précieux par négligence, reconnaît M. Bergman. Mais ces différents obstacles imposés nous coûtent extrêmement cher, et Québec n’a pas voulu assumer les frais entraînés par ses exigences. »

Les toilettes devraient être installées autour de la rentrée scolaire, puisque le Hall Fisk est utilisé en août pour les Matinées artistiques.

« On espère que ce sera utilisable pour des activités communautaires, pour que plus de gens viennent découvrir l’endroit », indique M. Bergman.

L’église anglicane de la municipalité aura pour sa part 200 ans en 2022. Héritage Abbotsford espère obtenir une subvention de Patrimoine Canada pour redonner lustre et splendeur au lieu de culte à temps pour cet important anniversaire.