Réduire le temps de formation des maîtres est une des solutions envisagées pour s’attaquer à la pénurie d’enseignants.

Un bac de trois ans pour les enseignants ?

Retrancher un an à la formation des maîtres fait partie des mesures qui seront proposées aux universités par certaines commissions scolaires, dont Val-des-Cerfs, pour contrer la pénurie d’enseignants.

Tous les cours magistraux seraient maintenus, mais la quatrième année du baccalauréat, composée de stages en milieu de travail, serait abolie au bénéfice d’un « parrainage » effectué par l’employeur.

« On a déjà un processus d’accompagnement pour les nouveaux enseignants afin de parfaire leurs connaissances », explique le directeur général de Val-des-Cerfs, Éric Racine, en entrevue.

« Il ne s’agirait que d’un déplacement. » Les finissants commençaient à travailler de cette façon avant l’ajout d’une quatrième année de baccalauréat en 1995, précise-t-il.

M. Racine reconnaît toutefois qu’il ne s’agirait que d’une solution temporaire et que cela n’augmenterait pas le nombre de diplômés.

Évaluation

L’idée ne fait pas l’unanimité non plus. Au Syndicat de l’enseignement de la Haute-Yamaska (SEHY), on met en doute la capacité des commissions scolaires à évaluer elles-mêmes les nouveaux professeurs.

Les directions d’école manquent souvent de temps pour le faire, signale la présidente du SEHY, Sophie Veilleux. « C’est un enjeu pour les commissions scolaires », dit-elle.

Elle fait valoir qu’améliorer les conditions de travail des enseignants, afin de retenir ceux qui sont épuisés ou se sentent peu appuyés, serait une meilleure façon de s’attaquer à la pénurie.

«Il faudrait analyser ça», dit Serge Striganuk, doyen de la faculté d’Éducation de l’Université de Sherbrooke.

Doyen de la faculté d’Éducation de l’Université de Sherbrooke, Serge Striganuk ne ferme pas la porte à l’idée, mais se montre peu enthousiaste.

« Il faudrait analyser ça », dit celui qui est aussi président de l’Association des doyens et directeurs pour l’étude et la recherche au Québec.

Chose certaine, M. Striganuk refuserait qu’on sabre les cours magistraux. « Certains étudiants accordent peut-être moins de valeur à certains cours, mais c’est plus tard qu’ils en voient l’utilité », dit-il.

S’il s’oppose à réduire le nombre d’années de formation en enseignement, ce n’est pas une question d’argent, souligne-t-il, puisque « les universités auraient des étudiants chaque année quand même ».

Il ajoute que les programmes de formation sont régulièrement en révision et qu’il reste ouvert aux suggestions. « On comprend les problèmes des commissions scolaires et on cherche avec elles des solutions à court et moyen terme. »

Avenues

Parmi les avenues envisagées, M. Striganuk cite la création d’une « maîtrise qualifiante » de deux ans pour enseigner au préscolaire et au primaire, formaliser les contrats de suppléance et organiser une mise à niveau plus rapide pour les immigrants qualifiés.

Québec a déjà assoupli, l’automne dernier, les tolérances d’embauche pour les suppléants détenant un diplôme universitaire.

Du côté de Val-des-Cerfs, on a entrepris de rappeler des retraités et d’être plus restrictif quant aux demandes de congé, d’allègement de tâche et de formation. Éric Racine aimerait aussi que les étudiants en enseignement bénéficient d’horaires qui leur permettent de commencer à faire des contrats pendant leurs études, ou encore que des cours soient donnés au sein des commissions scolaires afin de faciliter la suppléance.

Car la pénurie d’enseignants n’est pas prête de se résorber. Les prévisions pointent vers une augmentation du nombre d’élèves au primaire et au secondaire au cours des 10 prochaines années... et du nombre de départs à la retraite chez les professeurs, dit M. Racine.