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Un nouveau développement résidentiel, piloté par l’entreprise Bertrand Ostiguy Inc., a commencé à prendre forme dans le secteur des rues Denison ouest et de la Roche à Granby. Mais des résidants s’inquiètent de voir disparaître les grands espaces verts qui subsistent encore dans ce coin de la ville.
Un nouveau développement résidentiel, piloté par l’entreprise Bertrand Ostiguy Inc., a commencé à prendre forme dans le secteur des rues Denison ouest et de la Roche à Granby. Mais des résidants s’inquiètent de voir disparaître les grands espaces verts qui subsistent encore dans ce coin de la ville.

Un (autre) développement qui dérange

Marie-France Létourneau
Marie-France Létourneau
La Voix de l'Est
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La mise en oeuvre d’un nouveau développement résidentiel, piloté par l’entreprise Bertrand Ostiguy Inc. dans le secteur des rues Denison ouest et de la Roche à Granby, inquiète des citoyens. Ils craignent de voir disparaître les grands espaces verts qui subsistent encore dans ce coin de la ville. Le Jardin botanique de Montréal s’est même rendu sur place pour prélever des plantes vouées à la destruction.

«Granby ne peut pas être une ville verte et laisser faire ça», déplore Annick Lafontaine.

Cette dernière habite sur la rue Alfred-Pellan, dans ce qui a été surnommé le quartier des peintres. Elle a notamment choisi sa résidence parce qu’elle est adossée à une forêt. Le paysage, du moins sonore, a toutefois changé depuis le début du printemps. Des bruits d’excavation et de dynamitage se font entendre de façon quotidienne.

Pour le moment, les travaux, liés au nouveau développement à venir, sont environ à un demi-kilomètre de chez elle. Mais elle craint qu’ils se rapprochent dans une deuxième phase de développement. Steve Ostiguy, à la barre de la PME Bertrand Ostiguy, possède aussi l’entreprise D T L Immobiliers, qui, elle, est propriétaire d’un vaste terrain boisé situé à l’est de la rue Alfred-Pellan.

Selon Mme Lafontaine, les résidants du secteur sont inquiets du développement qui pourrait y voir le jour. Les nouvelles rues pourraient aussi se traduire par une augmentation de la circulation, redoutent-ils.

Le projet en cours n’est pas visé par les plans d’aménagement d’ensemble (PAE), adoptés dans la foulée de la Politique de conservation des milieux naturels, parce qu’il a été déposé avant l’adoption de celle-ci. Le promoteur n’est donc pas tenu de conserver 50% en milieu naturel.

«Ce ne sont pas les promoteurs qui sont en cause. C’est plutôt à la Ville et à la MRC d’en faire plus [pour la préservation de l’environnement]», est convaincue Annick Lafontaine. Et cela ne vaut pour l’ensemble des grands espaces verts à Granby dont la disparition tend à s’accélérer depuis quelques années, dénonce-t-elle.

Plaintes

Le projet domiciliaire, baptisé Le 1038 (pour l’adresse civique de la rue Denison ouest donnant accès au développement), prévoit la construction de près de 70 résidences, avec le service d’aqueduc seulement. Le projet a été initié il y a plusieurs années par l’entrepreneur Gilles Parent. Mais Steve Ostiguy a pris le relais en décembre 2020, alors qu’il a acheté le terrain.

Celui-ci souligne que les études environnementales avaient déjà été réalisées et les autorisations nécessaires obtenues lorsqu’il est devenu propriétaire. Des travaux de déboisement avaient aussi été entrepris pour l’aménagement des rues.

«Granby ne peut pas être une ville verte et laisser faire ça», déplore une résidante du secteur Annick Lafontaine, qui dénonce la destruction des espaces verts.

M. Ostiguy affirme que des résidences unifamiliales isolées d’un ou deux étages seront construites. Les terrains d’environ 16 000 pieds carrés chacun seront mis en vente au cours des prochains mois. L’accès au développement, qui inclut deux parcs, s’effectuera par les rues Denison et de la Roche. Près du tiers des 2 millions de pieds carrés du terrain «ne sera pas développé», dit-il. L’endroit comprend aussi des servitudes (ligne électrique, gaz naturel).

Preuve que le projet est source d’inquiétudes dans le voisinage, des plaintes ont été adressées à la ville de Granby, ainsi qu’au ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques parce que des travaux ont été réalisés dans des milieux humides.

Une inspection a ainsi été réalisée en mai dernier et a permis de valider que les travaux respectaient les autorisations accordées. «Aucun manquement n’a été constaté. (...) Les travaux en cours ont fait l’objet d’une autorisation environnementale», a confirmé le conseiller en communication et porte-parole régional au ministère de l’Environnement, Daniel Messier.

«C’est correct que les gens surveillent ça. Il y a déjà eu de l’abus par le passé. Mais les normes sont plus strictes aujourd’hui», affirme Steve Ostiguy.

Jardin botanique

Le promoteur souligne qu’il a par ailleurs autorisé des employés du Jardin botanique à se rendre sur le site pour prélever certaines plantes qui étaient vouées à être détruites dans le cadre des travaux. La conjointe d’un de ses employés travaille d’ailleurs à l’attraction montréalaise, souligne M. Ostiguy.

«On a prélevé des plantes qui pouvaient être réintroduites dans nos jardins, notamment dans le jardin des Premières nations, qui est un habitat très naturel, avec des plantes de sous-bois, etc.», explique le chef de la division recherche et développement scientifique à Espace pour la vie, Michel Labrecque.

Selon lui, seules quelques plantes printanières de différentes espèces, dont plusieurs fougères, ont été prélevées. Aucune n’a un statut précaire. Ce n’est pas la première fois que le Jardin botanique pose un geste de la sorte, précise M. Labrecque.

«Je souhaiterais qu’on ne détruise pas des forêts, ajoute-t-il. Peut-être qu’on a l’air de profiter de cette situation pour notre jardin botanique, mais on a l’impression qu’on contribue à sauver quelques plantes. Tant qu’à les voir disparaître sous la pelle mécanique qui viendra, aussi bien en profiter.»

Le développement, baptisé Le 1038, prévoit la construction de près de 70 résidences, avec le service d’aqueduc seulement, dit le président de l’entreprise Bertrand Ostiguy, Steve Ostiguy.

Pour l’heure, Steve Ostiguy affirme n’avoir déposé aucun projet officiel à la ville pour le second terrain qu’il possède près la rue Alfred-Pellan. Le moment venu, celui-ci sera cependant soumis à la nouvelle réglementation sur la conservation des milieux naturels, affirme le directeur du service de la planification et de la gestion du territoire à la Ville, Benoit Carbonneau.