Le 30 décembre dernier, Jonathan Grondin Bastille et James Hobbs Happyjack ont allumé six incendies criminels «pour le plaisir» dans Brome-Missisquoi, dont ce bâtiment du chemin de la Grande-Ligne, à Frelighsburg.
Le 30 décembre dernier, Jonathan Grondin Bastille et James Hobbs Happyjack ont allumé six incendies criminels «pour le plaisir» dans Brome-Missisquoi, dont ce bâtiment du chemin de la Grande-Ligne, à Frelighsburg.

Un auteur de six incendies criminels excité sexuellement par le feu?

Pascal Faucher
Pascal Faucher
La Voix de l'Est
Jonathan Grondin Bastille s’est-il masturbé en allumant, avec un complice, six incendies criminels dans Brome-Missisquoi en décembre dernier, causant pour plus de 620 000 $ de dommages? La question a été soulevée en Cour du Québec, vendredi, dans le cadre de la peine à imposer à l’homme de 25 ans de Cowansville. Elle est d’importance puisqu’advenant sa véracité, la juge Julie Beauchesne modifiera son jugement en conséquence.

«Mon rôle, c’est de protéger la société», a insisté la magistrate, qui souhaite savoir quelle aide apporter au délinquant. Un tel comportement serait «le signe d’une pathologie grave, celle d’un pyromane», a-t-elle mentionné. «En souffre-t-il? Je suis inquiète.»

L’affirmation selon laquelle M. Grondin Bastille aurait été excité sexuellement par ses crimes est toutefois à prendre avec des pincettes, a soutenu son avocat, Me Nicolas Cossette. Elle émane de son complice, James Hobbs Happyjack, 20 ans, et le principal intéressé la «nie catégoriquement». 

«Il ne comprend pas d’où ça peut sortir», a dit Me Cossette, soupçonnant que le complice a prononcé ces paroles «dans le but de se déresponsabiliser et de blâmer mon client». «Je ne vois pas en quoi ça rend M. Hobbs Happyjack moins responsable», a rétorqué la juge Beauchesne.

Question d’éclaircir ce point, une nouvelle évaluation psychiatrique a été ordonnée pour l’accusé quant à de possibles troubles de comportement associés à la pyromanie.


« C’était dans un contexte d’intoxication et d’effet d’entraînement. C’était une grosse erreur, une grosse niaiserie de deux gars chauds qui a commencé par quelque chose d’aussi banal que ‘‘t’es pas game’’. »
Me Nicolas Cossette

Nouvelle suggestion

Quelques minutes plus tôt, les parties ont annoncé qu’ils avaient une nouvelle suggestion commune de peine de prison à soumettre pour Jonathan Grondin Bastille.

Au lieu des 24 mois proposés en juillet puis prestement refusés par la juge Beauchesne, qui avait qualifié cette sentence de «trop clémente», Me Nicolas Cossette et Me Cassandre Hamel, du ministère public, ont cette fois-ci suggéré 33 mois de prison.

Cette peine permettra en outre à l’accusé de purger sa sentence dans un pénitencier fédéral — puisqu’elle est de plus de deux ans — faisant en sorte qu’il bénéficiera de davantage de soins pour s’attaquer à son problème de consommation, a plaidé la défense.

Une suggestion jugée «beaucoup plus raisonnable» par la magistrate.

Mais les parties ne s’entendent pas sur la nécessité d’une ordonnance de dédommagement à verser aux victimes dans cette affaire. Me Hamel a affirmé que cela «déresponsabiliserait» M. Grondin Bastille s’il n’avait rien à rembourser, puisqu’il y a eu «destruction presque complète de l’ensemble des bâtiments» et que «toutes les victimes ont subi des pertes». 

De son côté, la défense estime que cette avenue est «excessive» compte tenu des moyens limités de l’accusé. La juge Beauchesne doit trancher au retour en cour de M. Grondin Bastille, en novembre, au palais de justice de Granby. Il reste détenu entre-temps.

«Pour le plaisir»

Personne n’avait été blessé dans les incendies qui ont visé, la nuit du 30 décembre 2019, six bâtiments agricoles et d’habitation situés à Dunham, Frelighsburg et Saint-Armand. La SQ avait arrêté les incendiaires quelques minutes après leurs méfaits puisqu’ils étaient revenus sur les lieux en posant des questions aux pompiers, demandant notamment «s’il y avait des morts».

Fortement intoxiqué, le duo avait incendié les bâtiments «pour le plaisir» en utilisant un briquet et à l’occasion du foin et de l’essence.

James Hobbs Happyjack, qui a plaidé coupable en septembre, est celui qui a «payé la boisson» et conduit la voiture d’un lieu à l’autre, a dit Me Nicolas Cossette.

«C’était dans un contexte d’intoxication et d’effet d’entraînement. C’était une grosse erreur, une grosse niaiserie de deux gars chauds qui a commencé par quelque chose d’aussi banal que ‘‘t’es pas game’’.»

En soustrayant le temps passé en détention dite préventive, soit avant son plaidoyer de culpabilité, il resterait un peu plus de deux ans de prison à purger pour Jonathan Grondin Bastille.