« J'ai bien compris et j'assume », a déclaré Daniel Moreau lors du prononcé de sa sentence au palais de justice de Sorel-Tracy.

Un an de prison pour le curé Moreau

C'est en demandant pardon à ses proches et aux scouts que le curé Daniel Moreau, qui a longtemps officié à Granby, a reçu sa sentence pour possession de pornographie juvénile, mardi.
« Il y a des dommages collatéraux dans une situation comme la mienne », a déclaré au tribunal l'homme d'Église de 60 ans.
« Je demande pardon à ma mère et à mes deux soeurs qui ont pleuré des litres de larmes, et aux scouts. Pour moi, la foi, c'est important. Demander pardon, c'est la moindre des choses. Ce qui m'arrive aujourd'hui c'est une montagne, mais je ne contourne pas les montagnes, je les surmonte. »
Suivant la suggestion commune des avocats, le juge Denys Noël, de la Cour du Québec, a condamné M. Moreau à un an de prison pour ses crimes, soit le minimum prévu par la loi.
« J'ai bien compris et j'assume », a réagi l'accusé.
Perquisition
En 2013, la police avait saisi près de 20 000 documents numériques et imprimés - surtout des photos - dans son logement du presbytère Saint-Gabriel-Lalemant de Sorel-Tracy, le dernier endroit où il a exercé la prêtrise. Quelques vidéos et deux articles à tendance gaie publiés sur Internet complètent le lot.
La Couronne estimait que la majorité de ces documents constituaient de la pornographie juvénile, mais leur nombre a été considérablement revu à la baisse au fil des procédures judiciaires. Les demandes d'expertise se sont succédé, ce qui explique en grande partie le délai écoulé entre l'arrestation de M. Moreau et sa sentence.
Ce sont finalement 3405 documents qui ont été retenus contre l'accusé. « Nous reconnaissons qu'il ne s'agit pas d'une petite quantité, a dit son avocat, Me Gilles Thibault, à la cour. Ç'aurait pu être un long débat sur ce qui est de la nudité et ce qui est de la pornographie. »
Les images illicites avaient soit été glanées sur Internet ou recueillies durant plusieurs années par le curé Moreau lors d'activités scoutes, notamment à Cowansville où il a dirigé une meute. Elles illustraient par exemple de jeunes garçons légèrement vêtus qui participaient à des cérémonies de « totemisation » en laissant entrevoir leur derrière ou leur entrejambe.
Interrogé à sa sortie de la salle d'audience, Me Thibault a précisé que d'autres animateurs scouts, ainsi que des parents, étaient toujours présents lors de ces activités, tout en reconnaissant que la nature des photos est infractionnelle.
Il a rappelé que son client, qui n'avait pas d'antécédent judiciaire, n'a jamais été accusé d'autre chose que de possession, production et distribution de pornographie juvénile.
« Il ne nie pas sa responsabilité, il assume son crime et est conscient qu'il doit payer une dette à la société », a dit Me Thibault.
Profession
M. Moreau, a-t-il ajouté, ne travaille plus comme prêtre et renoncera à ce titre à sa sortie de prison afin d'éviter un procès ecclésiastique. « Le pape a récemment resserré sa position face à ce type d'infraction, et la tolérance est nulle. »
Depuis son arrestation, le religieux a appris un nouveau métier, qui n'a pas été précisé afin de lui permettre de travailler à sa sortie de prison. Il a déjà perdu un emploi dans ce domaine après avoir plaidé coupable en février dernier. 
Sa sentence de prison est assortie d'une inscription à vie au registre des délinquants sexuels et d'une interdiction de fréquenter des mineurs et tout endroit où il pourrait y en avoir, et ce, pendant trois ans à sa sortie de prison.
Il lui sera interdit d'utiliser l'Internet pour la même durée, sauf aux fins de travail. Selon son avocat, Daniel Moreau a entamé une thérapie sexuelle dès le lendemain de sa première comparution, où il avait admis aux journalistes ses « profonds regrets ».
Par conséquent, ses risques de récidive sont « à toutes fins pratiques nuls », a dit Me Thibault.