Il est minuit moins une pour l’aréna Julien-Beauregard de Marieville, dont les activités pourraient être interrompues l’an prochain, privant Rouville d’une telle infrastructure.

Turbulences à l'aréna Julien-Beauregard de Marieville

Il est minuit moins une pour l’aréna Julien-Beauregard de Marieville. La démission successive de plusieurs administrateurs du Centre sportif Rouville (CSR), qui gère celle-ci, a failli paralyser l’organisme à but non lucratif qui n’a plus les liquidités nécessaires pour poursuivre ses opérations. La Caisse Desjardins de Rouville, inquiète d’une créance de plus d’un million de dollars, songe à saisir l’infrastructure.

Cet automne, l’institution financière, émettrice d’un prêt de 1,7 million de dollars contracté pour financer le remplacement du système de réfrigération de l’aréna et cautionné par la Ville de Marieville, a obtenu un préavis d’exercice d’un droit hypothécaire sur l’aréna, évalué à 2,3 millions de dollars. Elle n’a toutefois pas encore été de l’avant avec une saisie.

En septembre, la Caisse avait fait parvenir au Centre sportif Rouville une mise en demeure sous prétexte qu’il avait accumulé un retard de plus de 19 000 $ sur le remboursement du prêt, en plus d’une créance de plus de 28 000 $ en impôts fonciers impayés, qu’il ne lui a pas fourni d’états financiers vérifiés et qu’il aurait transféré ses opérations dans un autre établissement bancaire sans autorisation préalable. La Voix de l’Est a pu consulter le document, qui réclamait un remboursement total de 1,4 million de dollars.

Le président du Centre sportif Rouville, Sylvain Touchette, ne croit pas à une possible reprise de l’aréna par un tiers. « Quand même que la Caisse voudrait reprendre la bâtisse, le terrain appartient à la Ville. Alors peu importe ce qui va arriver, l’aréna ne pourra jamais être vendu à un étranger. Il n’y a que la Ville qui peut le reprendre », dit-il.


Les déboires financiers du centre sportif ont débuté en 2014, avec le remplacement du système de réfrigération, affirme le président du C.A. du CSR, Sylvain Touchette.

Un nouveau prêt, cette fois-ci de 300 000 $, pourrait permettre de « remettre les compteurs à zéro », croit M. Touchette. Mais cela n’est pas possible parce que Marieville refuse de cautionner ce nouveau prêt, poursuit l’administrateur. « C’est une simple signature que ça nous prend, après ça, on pourrait repartir comme il faut, estime-t-il. En nous empêchant d’emprunter, [la Ville] nous empêche de relancer [nos activités]. »

Difficultés financières

Bien que les opérations de l’aréna soient déficitaires depuis nombre d’années, notamment en raison de « mauvaises décisions qui ont été prises », les déboires financiers du centre sportif ont débuté en 2014, avec le remplacement du système de réfrigération, affirme Sylvain Touchette. 

Le système, qui devait permettre de réaliser d’importantes économies en électricité, n’a pas donné le résultat escompté. De nombreux problèmes survenus depuis son installation — les six compresseurs ont dû être remplacés à trois reprises chacun — ont entraîné un conflit juridique avec le fabricant qui pourrait s’échelonner sur plusieurs années, explique le président.

« On a dû engager une firme d’avocats et un ingénieur pour qu’il fasse des expertises », dit-il. Alors que mardi, il estimait la dépense financée à même le fonds de roulement de l’organisme à environ 180 000 $, dans un second entretien, vendredi, il parlait plutôt de 250 000 $. « Ça doit se situer quelque part entre les deux, je n’ai pas les chiffres avec moi », a-t-il répondu lorsqu’on a relevé l’écart entre les montants.

S’il reconnaît que le Centre sportif Rouville a encore plusieurs comptes en souffrance, Sylvain Touchette nie que des employés de l’aréna n’auraient pas touché leur salaire, comme l’a rapporté Le Journal de Chambly l’été dernier. 

Il dément également la prétention de Marieville selon laquelle un surplus accumulé de 456 000 $ a été complètement épuisé par l’organisme en quatre ans. Ce montant représenterait plutôt la valeur des actifs de l’OBNL. « Ce n’est pas du tout un déficit et on n’a rien dilapidé », tient-il à préciser.

Divergences

En conformité avec les règlements généraux du CSR, deux élus municipaux siègent sur son conseil d’administration. Ceux-ci disent qu’ils ignoraient que l’organisme n’avait pas acquitté sa facture d’électricité des quatre derniers mois lorsqu’Hydro-­Québec a coupé le courant de l’aréna, en août dernier. « Ça n’avait jamais fait l’objet d’une discussion en séance », indique la mairesse de Marieville, Caroline Gagnon, également administratrice du CSR. 

Bien qu’elle savait depuis 2017 que l’organisme avait des problèmes financiers, elle indique qu’elle en ignorait l’ampleur. Elle prétend avoir été contactée à l’hôtel de ville, cet automne, par une agence de recouvrement pour une dette de 88 000 $ contractée sur une carte de crédit au nom du CSR.

Quelques mois plus tôt, au printemps, la municipalité avait offert à l’organisme de payer pour faire réaliser ses états financiers annuels vérifiés, comme le prévoient ses règlements généraux, sans réponse. Un plan de redressement a aussi été exigé du CSR, mais celui-ci n’a jamais été déposé.

Il est difficile d’obtenir des réponses concernant les finances de l’organisme, note la mairesse. Le conseiller municipal Sylvain Lapointe, qui siège avec elle sur le conseil d’administration, qualifie le processus de « fastidieux ». « Il faut toujours courir après l’information », déplore-t-il.

De son côté, M. Touchette prétend que Marieville n’a jamais accepté d’aider financièrement l’organisme qu’il préside. Pourtant, Marieville a investi l’équivalent de 1,8 million de dollars en subventions au cours des quarante dernières années, réfute la mairesse Gagnon, documents à l’appui. Cela inclut un emprunt de 330 000 $ en 1976 pour payer la moitié du coût de la construction de l’aréna, l’absorption des taxes foncières sur une période de trois ans il y a une quinzaine d’années et d’autres montants pour rénover le bâtiment, dont la réfection du toit et le remplacement de bandes autour de la patinoire.

Questionné à ce sujet, Sylvain Touchette allègue que la somme représente plutôt l’aide financière versée à l’association de hockey mineur pour diminuer la facture filée aux familles dont les enfants pratiquent des sports de glace. 

Quelles solutions ?

L’injection de fonds est nécessaire pour ne pas interrompre les activités du CSR, allègue Sylvain Touchette. Si la municipalité ne souhaite pas cautionner un nouveau prêt, qu’elle offre une subvention, plaide-t-il. « Marieville verse 110 000 $ à la clinique médicale. Pourquoi pas à nous ? Les Marievillois bénéficient autant des services de l’aréna que de la clinique médicale. Avec le même montant, on pourrait se remettre sur les rails et repartir pour un bout », croit le président, et ce, bien qu’il en coûte un peu plus d’un demi-million de dollars annuellement pour opérer l’aréna.

Aux yeux de Mme Gagnon, la solution la plus viable pour assurer l’avenir de l’aréna serait plutôt que la mairie en reprenne possession et que le CSR renonce au bail emphytéotique que lui avait consentie la municipalité il y a plus de quatre décennies. L’acte notarié de la cession du bail prévoit d’ailleurs ce scénario en cas de faillite ou de dissolution de l’organisme à but non lucratif afin que la Ville devienne propriétaire de l’infrastructure bâtie sur son terrain.

La proposition a été évoquée lors de la séance de mardi soir et devrait être débattue par le nouveau conseil d’administration en début d’année prochaine (lire texte « Un conseil d’administration déserté »).

UN CONSEIL D'ADMINISTRATION DÉSERTÉ

Les turbulences au sein du Centre sportif Rouville ont provoqué le départ de quatre membres du conseil d’administration depuis la tenue de l’assemblée générale du 22 octobre. Ce faisant, il n’y avait plus quorum au sein de l’organisation, où il ne restait que les deux administrateurs élus au conseil municipal de Marieville, la mairesse Caroline Gagnon et le conseiller Sylvain Lapointe, de même que son président Sylvain Touchette. 

La mairesse de Marieville Caroline Gagnon indique que la municipalité a investi l’équivalent de 1,8 million de dollars dans l’aréna Julien-Beauregard.

Une réunion d’urgence tenue mardi soir dernier à l’initiative des administrateurs issus du conseil municipal a permis l’élection de nouveaux administrateurs pour occuper les places laissées vacantes au cours des dernières semaines, a confirmé Mme Gagnon, jeudi.

Faute d’opposition, Sylvain Touchette a été reconduit dans ses fonctions de président, mais il compte laisser son siège au terme d’une assemblée générale extraordinaire qu’il organise le 9  janvier prochain, en soirée, à la Salle des Chevaliers de Colomb de Marieville, et où il fera le point sur la situation.

Il estime que la rencontre convoquée par les élus est « illégale » en vertu des règlements du CSR et du Code civil.

Conflit d’intérêts

M. Touchette juge que la présence de représentants de la Ville sur le conseil d’administration, jumelée au bail emphytéotique liant ce dernier à Marieville pour une période de 99 ans, place la municipalité en conflit d’intérêts.

« La Ville est juge et partie en étant là », plaide le président, notamment parce que dès sa fondation, le CSR s’est voulu complètement indépendant de la municipalité.

Il croit donc que l’organisme doit se délester de ses élus municipaux au conseil d’administration, nommés par la municipalité plutôt qu’élus par ses membres, afin de respecter sa pleine indépendance. 

« L’aréna, c’est une entreprise privée qui la gère. La Ville n’a pas d’affaire là et ça nous brime », indique M. Touchette, faisant notamment référence au fait que Marieville refuse de cautionner un nouveau prêt pour tirer l’OBNL d’affaire. 

Mme Gagnon croit pour sa part que l’indépendance du CSR n’est pas remise en cause par la présence d’élus sur son conseil. 

« Nous sommes deux sur sept; on ne détiendra jamais la majorité », fait-elle valoir. 

« Depuis la fondation de l’organisme, en 1973, il a toujours été clair qu’il serait indépendant de la Ville, rappelle-t-elle ensuite. Mais nous sommes partenaires, nous avons toujours collaboré ensemble. »

PLUS DE GLACE DANS ROUVILLE?

Si les activités de l’aréna Julien-Beauregard étaient interrompues en raison des problèmes financiers et administratifs de l’organisme à but non lucratif qui le gère, Rouville n’aurait plus d’aréna en opération sur son territoire.

Sylvain Létourneau qualifie de « catastrophe » potentielle la fermeture de l’aréna marievillois. « On ne peut pas ne pas avoir d’aréna dans la MRC. Ça serait impensable. Ça affecte tout le monde », craint le coprésident du comité de relance de l’aréna de Saint-Césaire.

Selon lui, la fermeture signifierait la dissolution de l’association régionale du hockey mineur, qui compte près de 460 jeunes joueurs. « Les joueurs seraient répartis vers Chambly, Saint-Jean-sur-Richelieu, Farnham... Les structures en place ne pourront peut-être pas absorber autant de joueurs, estime-t-il. Tu disperses tout ça, et après, si tu rebâtis un aréna à Saint-Césaire, ça sera extrêmement difficile de les rapatrier après. »

Il y a certainement de l’inquiétude dans l’air, soulève pour sa part la responsable du Club de patinage artistique de Saint-Césaire, Brigitte Beaudry. « On est au fait qu’il y a des difficultés financières », indique-t-elle.

La coupure d’électricité d’Hydro-Québec est survenue le jour des inscriptions aux sports de glace. Comme on ignorait à ce moment-là si la saison était compromise, plusieurs ont choisi de se tourner vers d’autres activités pour occuper leurs temps libres. 

Le président de l’Association de hockey mineur de Rouville, Yan Verhoef, n’est pour sa part pas inquiet dans l’immédiat. « On suit le dossier avec attention, on sait que c’est fragile, mais pour l’instant, on devrait voir la fin de la saison », croit-il. Pour ne pas compromettre la saison 2018-2019 de l’aréna, l’Association Hockey mineur Rouville avait accepté d’avancer des fonds à l’OBNL cet été. 

Son association appuie la venue d’une deuxième glace dans la MRC de Rouville, qui pourrait bien voir le jour à Saint-Césaire où la communauté se mobilise pour construire une nouvelle infrastructure depuis la fermeture définitive de l’aréna Guy-Nadeau, à l’été 2017.

« On aurait besoin d’une quinzaine d’heures de glace de plus par semaine pour répondre à nos besoins », explique M. Verhoef. L’association de hockey mineur a dû retrancher certaines cliniques et tournois de sa programmation cette année, étant donné que les quelque 40 heures de glace louées à Marieville ne suffisent pas.

Alors que son prédécesseur, Gilles Delorme, était plutôt réfractaire à soutenir un projet en dehors de sa municipalité, Caroline Gagnon croit pour sa part qu’un nouvel aréna à Saint-Césaire serait bénéfique à toute la population de la MRC de Rouville.

« Nous, on est là pour travailler pour les citoyens. Si un aréna de plus dans la région permet d’offrir un service complémentaire au nôtre, ça ne peut pas être une mauvaise chose », dit-elle.