Dans sa lettre de mandat à la nouvelle ministre des Institutions démocratiques, Justin Trudeau précise que « la modification du système électoral ne fera pas partie » de ses tâches.

Trudeau renie sa promesse de réformer le mode de scrutin

Estimant qu'il n'y avait pas de consensus au sein de la population canadienne sur une réforme du mode de scrutin, le premier ministre Justin Trudeau renonce à sa promesse de modifier le système actuel, comme il s'y était engagé en campagne électorale puis dans le discours du Trône. La volte-face a fait bondir l'opposition, mercredi, à Ottawa.
Dans sa lettre de mandat à la nouvelle ministre des Institutions démocratiques, Karina Gould, assermentée le 10 janvier, M. Trudeau précise que « la modification du système électoral ne fera pas partie » de ses tâches.
Justin Trudeau avait promis en campagne électorale, mais aussi dans le discours du Trône, en 2015, que le mode de scrutin actuel serait modifié à temps pour les prochaines élections générales, prévues en octobre 2019. Les libéraux ont cependant précisé plus tard qu'ils n'iraient pas de l'avant en l'absence d'un « large consensus » au sein de la population canadienne - sans préciser l'ampleur souhaitée de ce consensus.
Depuis, un comité spécial multipartite de la Chambre des communes a recommandé au gouvernement, en décembre dernier, d'opter pour un mode de représentation proportionnelle et de tenir un référendum national sur cette option. La ministre des Institutions démocratiques de l'époque, Maryam Monsef, s'était aussitôt moquée, en Chambre, du travail de ces députés de toutes allégeances. La ministre soutenait qu'elle n'avait pu, elle, dégager de consensus réel à la suite de consultations menées d'un bout à l'autre du pays. Le gouvernement Trudeau avait alors lancé en ligne son propre sondage sur la question, « MaDémocratie.ca ».
« Pas de consensus »
Or, le premier ministre écrit dans sa lettre de mandat à la nouvelle ministre Gould que les travaux du comité et les diverses consultations n'ont pas permis de dégager un consensus sur un mode de scrutin en particulier, et qu'il « ne serait pas dans l'intérêt du Canada » de tenir un référendum sans « préférence ou question claire ».
Dans leur ajout au rapport du comité spécial, les membres libéraux recommandaient déjà de reporter la décision au-delà du scrutin de 2019, afin « d'entendre davantage les Canadiens » sur cette question. La nouvelle ministre des Institutions démocratiques, Karina Gould, venue expliquer la volte-face aux journalistes, mercredi, a soutenu qu'»il y a aussi beaucoup de Canadiens qui nous ont dit qu'ils apprécient et qu'ils aiment la démocratie que nous avons ».
Interpellé vigoureusement en Chambre par le chef néo-démocrate, Thomas Mulcair, mercredi, M. Trudeau a répondu : « C'est pas pour pouvoir cocher une case dans une plate-forme électorale que je vais faire quelque chose qui est pas bon pour les Canadiens. »
Dans le discours du Trône de décembre 2015, les libéraux annonçaient que « pour veiller à ce que chaque vote compte, le gouvernement mènera des consultations sur la réforme électorale, puis fera en sorte que l'élection de 2015 aura été la dernière à être menée selon le système électoral majoritaire à un tour ».
« Promettre la réforme démocratique pour se faire élire et abandonner cette promesse aussitôt élu, c'est du cynisme crasse! », a lancé M. Mulcair en Chambre. Le premier ministre « n'a-t-il pas honte? », a demandé le chef néo-démocrate. À l'extérieur de la Chambre, M. Mulcair a soutenu que le premier ministre avait « menti aux Canadiens ». Le Nouveau Parti démocratique réclame depuis des années un système de représentation proportionnelle.
Le néo-démocrate Thomas Mulcair a soutenu que le premier ministre avait « menti aux Canadiens ».
« Mensonge » et « trahison »
Le porte-parole néo-démocrate en matière de réforme démocratique, Nathan Cullen, a qualifié le premier ministre Trudeau de « menteur », lors d'un point de presse dans le foyer de la Chambre des communes. « Nous assistons à l'une des plus cyniques démonstrations de politique partisane déployée jusqu'ici par ce gouvernement », a-t-il soutenu. Selon M. Cullen, qui était l'un des deux vice-présidents du comité multipartite, les libéraux « tentent de trouver n'importe quelle excuse, aussi faible soit-elle, pour justifier ce mensonge face aux Canadiens ».
Son collègue Alexandre Boulerice, qui a également participé aux travaux du comité spécial, était tout aussi remonté, mercredi. « M. Trudeau est aujourd'hui le fossoyeur des espoirs d'un renouveau démocratique. M. Trudeau, aujourd'hui, nous démontre qu'il a trompé sciemment les citoyens et les citoyennes québécoises et canadiennes, en faisant une promesse qu'il n'avait probablement aucune volonté réelle d'accomplir », a soutenu le député montréalais à l'extérieur de la Chambre.
« M. Trudeau, aujourd'hui, vient de cracher au visage des centaines de milliers de personnes qui, de bonne foi, ont participé à ce processus dans l'espoir d'améliorer notre vie démocratique et notre mode de scrutin. »
Le leader parlementaire du Bloc québécois, Luc Thériault, qui faisait lui aussi partie du comité spécial, a déploré la volte-face du gouvernement. « On est en train de faire la preuve qu'il ne faut jamais laisser ce débat-là entre les mains des politiciens », a-t-il soutenu mercredi. « Allez demander à un député libéral du caucus libéral s'il veut un changement » maintenant qu'il est au pouvoir. Le Bloc était partisan de la proportionnelle mixte compensatoire et d'un référendum.
La chef du Parti vert, Elizabeth May, elle aussi membre du comité spécial, s'est dite trahie par le gouvernement. Elle a noté que plusieurs verts, dans leur vote stratégique pour chasser les conservateurs, avaient voté libéral en 2015, sur la promesse d'une réforme du mode de scrutin.
 Les activités de financement devraient se dérouler dans des endroits ouverts au public, être annoncées préalablement et faire l'objet de rapports en temps utile une fois l'activité terminée », écrit M. Trudeau. « D'autres mesures pourraient être prises après discussion avec les autres partis politiques. »