Le centre d’hébergement Vittie-Desjardins servira notamment de tremplin vers l’autonomie pour des gens ayant des problèmes de santé mentale. Idem pour des gens ayant des handicaps physiques.

Trois vocations pour le CHSLD Vittie-Desjardins

Plusieurs projets sont en branle au centre d’hébergement Vittie-Desjardins de Granby. Une série de changements s’opèreront au sein de l’établissement de la rue Dufferin au cours des prochains jours, puis dans la foulée de l’ouverture du nouveau CHSLD de 176 places, prévue pour 2020. L’endroit servira notamment de tremplin vers l’autonomie pour des gens ayant des problèmes de santé mentale. Idem pour des gens ayant des handicaps physiques.

On entend souvent que la santé mentale est le parent pauvre dans l’ensemble du réseau. Que les ressources ne sont pas optimisées pour bien desservir cette clientèle. Le projet d’appartements satellites supervisés qui se cristallise dans le centre d’hébergement Vittie-Desjardins a de quoi confondre les sceptiques. «Ce sera un lieu où les gens pourront venir faire des apprentissages de compétences de base pour devenir autonomes», a résumé Myriam Lussier, chef de service en santé mentale et dépendance au CIUSSS de l’Estrie.

En fait, l’initiative est née il y a plus d’un an en raison de besoins grandissants dans ce créneau dans le Réseau local de services (RLS) de la Haute-Yamaska. Or, le deuxième étage du CHSLD dispose de 10 appartements, dont sept sont inoccupés. Cinq d’entre eux seront dédiés à accueillir des gens ayant des troubles de santé mentale persistants, mais dont l’état est stable. On parle notamment de personnes ayant des problèmes de schizophrénie et de bipolarité.

Un des locaux vacants servira en quelque sorte de laboratoire. «On a besoin d’un endroit pour faire des ateliers, entre autres pour l’apprentissage de la cuisine ou pour des rencontres de groupe», a expliqué Mme Lussier. Le personnel occupera la pièce restante. Les locataires seront supervisés, du lundi au vendredi, par trois éducateurs spécialisés en hébergement en santé mentale, un travailleur social, un infirmier, une psychoéducatrice et une ergothérapeute. Aucun garde de sécurité ne sera présent sur place.

Plusieurs projets sont en branle au centre d’hébergement Vittie-Desjardins de Granby.

Déstigmatisation

On pourrait croire que la cohabitation d’usagers en CHSLD, notamment des gens en perte d’autonomie, et une clientèle en santé mentale pourrait poser problème. Or, c’est tout le contraire. «On veut éviter la stigmatisation. Ce sont des gens qui vivront avec des différences marquées, mais qui pourront très bien se mêler», a fait valoir Myriam Lussier.

D’ailleurs, une présentation du projet d’appartements supervisés en santé mentale a été faite aux actuels résidents du centre d’hébergement. Selon Mme Lussier, la réception a été bonne. Ce qu’a corroboré la représentante des usagers de l’endroit, Line Cadorette. «Ce n’est pas parce que tu as un problème en santé mentale que tu n’as pas le droit d’avoir une autre chance dans la vie, a-t-elle indiqué à La Voix de l’Est. Je ne vois pas pourquoi ça ne fonctionnerait pas ici. Les gens pourront venir nous voir s’ils veulent jaser. Sinon, ils peuvent s’occuper de leur côté.»

Les cinq locataires intégreront graduellement les appartements durant l’hiver. Le CIUSSS s’attend à des séjours pouvant aller jusqu’à un an. Les gens pourront ensuite voler de leurs propres ailes grâce à ce tremplin.

Masse critique

La Voix de l’Est dévoilait la semaine dernière que les huit résidents de l’aile prothétique de Vittie-Desjardins, présentant principalement des problèmes de démence et d’errance, seront transférés dans le nouveau CHSLD de Granby. Ce dernier doit être érigé sur le site de l’ancienne église Saint-Joseph à quelques pas de l’hôpital, à l’angle du boulevard Leclerc et de la rue Déragon. Il s’agit d’un ajout au projet initial. «C’est une opportunité de regrouper cette clientèle qui a des similarités au niveau clinique», a indiqué Maryse Trudeau, directrice adjointe au programme de soutien à l’autonomie des personnes âgées au CIUSSS de l’Estrie.

La masse critique d’usagers nécessitant des soins par du personnel spécialisé, comparativement aux autres établissements de Granby ayant une telle aile, a pesé dans la balance, a-t-elle précisé. À titre d’exemple, le centre d’hébergement Marie-Berthe-Couture dispose d’une vingtaine de places en unité prothétique.

Le futur CHSLD disposera d’une unité prothétique de 32 lits. On parle donc d’un ajout de 24 places pour ce type de ressource.

Second projet

Les huit places de Vittie-Desjardins ne resteront pas vacantes. Elles seront occupées par une tout autre clientèle: les gens présentant une déficience physique, notamment la sclérose en plaques ou la paralysie cérébrale. «On a une opportunité en or pour offrir des services 24/7 à ces gens. Alors, on l’a saisie», a mentionné Alain Gagnon, directeur adjoint des programmes en déficience intellectuelle, trouble du spectre de l’autisme et déficience physique au CIUSSS de l’Estrie.

Il s’agit en fait de gens qui ont un niveau d’autonomie diminuée, et qui se déplacent pour la plupart en fauteuil roulant, mais qui ne cadrent pas bien avec la clientèle typique en CHSLD.

La situation géographique de Vittie-Desjardins a joué un rôle prépondérant dans le choix de l’établissement pour lancer ce projet. «En étant près du centre-ville, ça permet une meilleure intégration sociale pour cette clientèle, notamment en terme d’accessibilité au transport, aux services et aux commerces», a expliqué M. Gagnon.

Les gens pourront intégrer les lieux dès le transfert complet des résidents vers le futur CHSLD. Selon M. Gagnon, aucun investissement majeur ne sera nécessaire à Vittie-Desjardins pour assurer cette transition au premier étage de l’immeuble de la rue Dufferin.