Marie-Claude Pilotte est de retour dans sa classe de deuxième année à l’école Trefflé-Gauthier de Jonquière.
Marie-Claude Pilotte est de retour dans sa classe de deuxième année à l’école Trefflé-Gauthier de Jonquière.

[AU FRONT] Un retour en classe réussi pour l'enseignante Marie-Claude Pilotte

Marie-Claude Pilotte est enseignante à la Commission scolaire De La Jonquière depuis 24 ans. Elle a enseigné à tous les niveaux, mais c’est au premier cycle qu’elle se sent le mieux. Pourquoi ? Car elle peut voir les enfants apprendre à lire et découvrir leurs forces. Elle est depuis peu de retour dans sa classe de deuxième année à l’école Trefflé-Gauthier. Le déconfinement progressif ramène au boulot des travailleuses et travailleurs de plusieurs secteurs. Mais la COVID-19 a changé leur travail. Les médias de la Coopérative nationale de l’information indépendante publient une série de portraits de ceux dont le métier ne sera plus jamais vraiment pareil.

(Question) Combien d’élèves avez-vous présentement, comparativement à avant la crise ?

(Réponse) J’ai débuté l’année avec 19 élèves. Au retour en mai, avec les règles de la santé publique et celles de ma commission scolaire, je ne pouvais accueillir que 11 élèves maximum. J’ai donc 11 amis dans ma classe et trois autres qui doivent être dans une classe supplémentaire formée d’élèves de première et de deuxième années. J’ai cinq élèves qui sont demeurés à la maison à cause de conditions médicales ou par choix.

(Q) Pendant l’arrêt des classes, avez-vous gardé contact avec vos élèves ?

(R) Oui. À la base, je ne suis pas vraiment une enseignante hi-tech. Je préfère les contacts humains. Cependant, lors du confinement, notre commission scolaire nous a offert des formations sur la plateforme Teams et j’ai alors décidé de plonger dans le 2.0. Je me souviens de ma première rencontre…ouf ! Tout le monde était content de se voir. Ils avaient tellement de choses à dire que c’était un peu cacophonique. Ensuite, j’ai fait des rencontres en équipe de trois ou quatre, ce qui permettait à chacun de s’exprimer. L’objectif de ces rencontres était à mes yeux beaucoup plus de garder le contact avec les enfants que pédagogique. Je tiens à dire merci à tous les parents de s’être impliqués dans ce nouveau processus. Garder ce lien avec nos élèves par le biais de la technologie était très important, voire rassurant !

(Q) Quel est votre plus grand défi depuis le retour des élèves ?

Marie-Claude Pilotte est de retour dans sa classe de deuxième année à l’école Trefflé-Gauthier de Jonquière.

(R) Pour mes collègues et moi, notre plus grand défi est le contact humain. Dans ma classe, par exemple, tous les matins commençaient soit par un « colleux » ou un high-five, histoire de voir comment ils allaient. Ce que nous trouvons le plus difficile, c’est d’être loin de nos élèves en difficulté. Nous ne pouvons plus vraiment nous approcher d’un élève pour lui mettre une main dans le dos en signe d’encouragement ou bien lui dire doucement à l’oreille que « ça va bien aller ». Il est difficile de différencier notre enseignement comme nous étions en mesure de le faire avant. Cette situation de crise nous force à user de créativité.

(Q) Comment se passe une journée dans la classe de Madame Marie-Claude ?

(R) Ça se passe bien, mais les journées sont plus longues pour les enfants. Les enfants arrivent tôt et plusieurs doivent dîner, partir vers 16 h 45, tout cela en restant assis à leur place. Beaucoup de lavage de mains, beaucoup d’écoute, beaucoup de jasette, ce qui m’a permis de revenir à un enseignement qui tient compte des besoins des enfants. Par exemple, l’enseignante de musique du secondaire jouait la chanson de Titanic à la flûte à bec dans la classe d’à côté, ce qui nous a amenés à parler du naufrage, de se documenter, pour finalement écrire une belle histoire. Finalement, j’ai pu revenir à mes premiers amours, soit l’enseignement par projet.

(Q) Comment la situation actuelle influence-t-elle votre travail, votre façon d’enseigner ?

(R) Ma réalité avec les petits est positive, dans la mesure où ils étaient contents de revenir et avaient bien hâte de travailler. Dans ma classe, on continue les routines établies – yoga, méditation, pause-santé, histoire-collation – et nous travaillons plus les matières de base. Ce qui est positif pour tous les niveaux et pour les jeunes, c’est le fait que nous n’avons pas la pression des évaluations, ce qui laisse aux enseignants une plus grande latitude et créativité.

(Q) Parlez-moi de vos élèves. Comment réagissent-ils ?

(R) Beau climat ! Ils sont vraiment disciplinés, suivent bien les consignes et sont vraiment calmes. Je ne suis pas surprise de la discipline des élèves de notre école. Je dois vous dire qu’une classe de 11 élèves, c’est le rêve. Nous pouvons vraiment aller au fond des choses et avoir de belles discussions. Bravo à tous les élèves qui respectent les règles sévères de nos écoles pour assurer la sécurité de tout le monde.

(Q) Que diriez-vous pour rassurer les parents ?

(R) J’aimerais bien m’occuper de tous mes élèves à la maison. Je tente de garder le contact avec eux le vendredi par Teams. Nous avons à l’école une personne qui s’occupe de travailler avec eux et qui reste disponible pour soutenir les parents. Pour ceux qui sont à l’école, ne vous en faites pas, ils sont bien et entre de bonnes mains. Outre la pédagogie, le plus important pour moi, ainsi que pour plusieurs de mes collègues, est le bien-être de nos élèves. Nous faisons tout ce qui est possible pour rendre les journées agréables et ensoleillées, malgré toutes les contraintes que nous avons. Des miracles se sont produits dans les établissements scolaires depuis la réouverture des écoles, et c’est beau à voir.