Mgr Pierre-Olivier Tremblay, évêque auxiliaire de Trois-Rivières et recteur du Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap. On le voit ici devant la cathédrale de Trois-Rivières.
Mgr Pierre-Olivier Tremblay, évêque auxiliaire de Trois-Rivières et recteur du Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap. On le voit ici devant la cathédrale de Trois-Rivières.

[AU FRONT] Pierre-Olivier Tremblay: l’Église au temps du confinement

Partout, des travailleurs et travailleuses sont au front malgré l’arrêt d’un nombre incalculable d’activités sociales, culturelles, économiques. Les médias de la Coopérative nationale de l’information indépendante (CN2i) poursuivent une série de portraits de ceux pour qui il n’y a pas d’isolement à la maison. Ces héros du quotidien qui tiennent le fort dans nos vies chamboulées.

Même si l’Église n’est pas un service essentiel au sens de l’État, le recteur du Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap et évêque auxiliaire de Trois-Rivières, Mgr Pierre-Olivier Tremblay, est au front ces jours-ci, à l’écoute de ceux et celles qui cherchent un sens, qui se sentent seuls et qui doivent apprendre à vivre loin de la communauté qu’ils aimaient fréquenter. À quelques jours de la fête de Pâques, c’est aussi l’occasion pour l’Église de se réinventer, d’être plus proche que jamais des gens, malgré la distance, croit-il.

Q  Comment l’organisation des activités quotidienne de l’Église est-elle chamboulée par la crise de la COVID-19?

R  Par précaution, partout au Québec, les évêques ont tenu un discours extrêmement cohérent avec la Santé publique. On a rapidement mis un terme à toutes les rencontres publiques, fermé les lieux de culte. On s’est dit qu’il fallait qu’on profite de l’occasion pour démontrer à notre monde comment c’est important qu’on respecte toutes les consignes. Ça a un impact sur notre manière de nous reconnaître comme Église.

Q  Ce qui veut finalement dire que l’Église ne se vit plus dans un lieu physique, mais elle doit se vivre autrement. Comment vous continuez de faire vivre cette Église?

R  J’ai vu naître des célébrations, des présentations, des messes qui sont diffusées à travers les réseaux sociaux. On se rencontre par le biais de différentes plateformes, comme Zoom et Facebook. C’est fantastique de voir ce que les nouvelles technologies nous permettent, c’est créatif. En même temps, on n’est pas sans se dire que ce n’est pas l’idéal pour construire une fraternité, une communauté. Mais il faut en prendre acte et s’adapter. On a mis en place toutes sortes de chaînes téléphoniques pour rejoindre notre monde, prendre des nouvelles. On offre aussi une chaîne d’écoute. Au Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap, n’importe qui qui a besoin de parler à un prêtre peut appeler au (819) 374-2441 en tout temps. On veut assurer une présence pour les gens qui se sentent les plus seuls.

J’ai aussi fait des capsules vidéo sur le site Internet du Sanctuaire, où je fais certaines réflexions sur le confinement. Je reçois des tonnes de messages par Facebook, Twitter, courriels. L’autre jour, j’étais seul dans la cathédrale de Trois-Rivières et j’ai fait un Facebook Live. Il y a plein de monde qui sont venus nous voir, des gens de Toronto, de Vancouver, de Québec, même de la France, tous en même temps.

On n’est peut-être pas un service essentiel au sens de l’État. Mais moi je pense qu’on est un service essentiel d’un point de vue plus humain. Ultimement, dans l’épreuve, on a tous besoin de se référer à des espaces plus grands que nous, à des réflexions qui nous font du bien. À cet effet-là, les gens cherchent et nous, les croyants, nous avons quelque chose à offrir.

Q  Les gens parlent beaucoup de la perte de sens, à travers la restriction des libertés, la perte d’un emploi, la séparation d’avec nos familles et nos amis. Est-ce qu’il existe un sens à tout ça présentement?

R  Dans les épreuves, un de nos premiers réflexes est de chercher des coupables. Des fois, ça peut déraper. On a même entendu des prédicateurs ailleurs dans le monde dire que la pandémie est une punition de Dieu pour nos fautes. Je suis en complet désaccord avec ça. Le pape François a dit récemment que ce n’est pas un jugement de Dieu sur l’humanité, mais plutôt un moment où chacun doit juger de sa conduite. N’est-ce pas, dans ce cas, une belle occasion de recentrer sa vie sur l’essentiel? Alors au lieu de se culpabiliser, on a peut-être une occasion de se responsabiliser. Au lieu de chercher des coupables, je préfère qu’on se tourne vers l’avenir, qu’on cherche qu’est-ce qu’on peut faire pour s’entraider. Il y a un paquet d’exemples positifs de ça présentement dans la société.

Q  De quelle façon croyez-vous que les gens vont vivre la fête de Pâques cette année?

R  Je pense qu’on va la vivre comme on ne l’a jamais vécue. C’est une occasion de compassion avec les autres. Il faut aussi ralentir dans nos modes de vie un peu fous. Ralentir de façon forcée est peut-être une bonne façon de choisir, de prioriser, de revenir à l’essentiel. La communauté, on veut la voir et elle nous manque. Peut-être que le fait qu’on ne se voit pas nous fait réaliser à quel point les gens autour de nous sont une richesse. Même chose pour la santé. La communauté est un bien qu’on a pris pour acquis, alors pourquoi ne pas profiter de Pâques pour redécouvrir l’importance de la famille et de la communauté, en attendant de pouvoir se retrouver.

Du côté plus symbolique, Pâques est le récit de la croyance profonde et fondamentale pour les chrétiens que Jésus, qui a donné sa vie par amour, est allé jusqu’au bout. C’est un message de cohérence, de tenir bon. La résurrection, ça nous dit que ça va bien aller, parce que la vie est plus forte que la mort. La souffrance est transitoire, et cette pandémie est également transitoire, elle ne durera pas. Pâques nous donne un message d’espoir pour le futur, que la vie est belle. Tenons bon, ça va bien aller!