Luc Raymond est directeur général à la résidence ÉKLA, du Groupe Maurice.
Luc Raymond est directeur général à la résidence ÉKLA, du Groupe Maurice.

[AU FRONT] Luc Raymond, dg résidence pour aînés: «Pour le moment leur famille, c’est nous»

Partout, des travailleurs et travailleuses sont au front malgré l’arrêt d’un nombre incalculable d’activités sociales, culturelles et économiques. Les journaux de la Coopérative nationale de l’information indépendante publient une série de portraits de ceux pour qui il n’y a ni isolement à la maison ni télétravail. Ces héros du quotidien qui tiennent le fort dans nos vies chamboulées.

Luc Raymond est à la tête d’ÉKLA, l’une des résidences pour aînés du Groupe Maurice. Devant la crise du coronavirus, nombre de nouvelles mesures ont été mises en place pour protéger ces personnes parmi les plus vulnérables de la société. Avec passion en compagnie de son équipe d’une soixantaine d’employés, il veille sur les quelque 568 résidents qui ont vu leur quotidien se transformer au cours des dernières semaines. Une «nouvelle famille» pour ces gens qui, confinement oblige, se retrouvent à l’abri du virus… et des liens sociaux.

Q Depuis le début de la crise, à quoi ressemble votre quotidien à la résidence et en quoi l’épidémie a-t-elle accentué les protocoles de travail?

R Plusieurs mesures ont été prises pour protéger les résidents. En conformité avec les consignes du gouvernement, on n’a épargné aucun effort pour assurer leur sécurité, en désinfectant davantage les surfaces comme les rampes ou les boutons d’ascenseurs. Ce sont des protocoles déjà en place qui ont été renforcés pour éviter les éclosions comme celle de la COVID-19 et éliminer tous les risques de propagation.

Les visites ont été retirées et on essaie de limiter au maximum les sorties des résidents. Graduellement, les activités ont été annulées et la salle à manger fermée. Les repas sont maintenant servis aux appartements. Des stations de désinfectants sont aussi disponibles à l’entrée et un préposé explique aux gens qui sortent l’importance de ne pas fréquenter les lieux publics. Il y a un travail d’éducation à faire auprès des résidents pour qu’ils comprennent les mesures renforcées chaque jour, mais aussi auprès des employés pour qu’ils comprennent qu’on a besoin d’eux pour prendre soin des résidents.

Q Quel sentiment éprouvez-vous face au fait d’être au front pour aider les gens?

R Il faut aimer ce qu’on fait et c’est mon cas. Les résidents et les employés, je les ai à cœur et je viens travailler pour assurer leur sécurité. On fait un travail valorisant et qui nous rend parfois émotif. On change complètement leur façon de vivre avec ces nouvelles mesures. On remarque que certains vivent de l’isolement social. Ça nous bouleverse, parce que l’une des valeurs du Groupe Maurice est d’enrayer l’isolement social. En ce moment, ils n’ont plus le droit aux rassemblements, alors il faut leur dire qu’on est là pour eux et adopter les mesures graduellement pour ne pas qu’ils vivent un choc. Ils se sentent comme en prison, mais l’équipe va les aider à passer au travers.

Q Quelle image décrit le mieux ce que vous vivez actuellement?

R J’ai en tête l’image d’une chaîne de gens qui se tiennent par la main : ensemble on peut aller loin. C’est en plein ça. On sait qu’on se supporte et il faut être sur le terrain. Notre but c’est de s’assurer qu’ils ne paniquent pas, mais qu’ils prennent la crise comme quelque chose de sérieux. On continue d’innover pour prendre soin d’eux. Dans les derniers jours, on a distribué des cornets à l’érable sur leurs portes, des trousses avec des mots croisés et des sudokus et des documents d’exercices physiques pour qu’ils s’occupent. Il n’y a pas de rassemblement, mais ça les réconforte de savoir qu’on est là sans l’être physiquement.

Q Êtes-vous inquiets pour vos résidents face à l’augmentation du nombre de cas confirmés dans la région, sachant que 70 ans et plus sont davantage vulnérables face au virus?

R On vit une situation extraordinairement inhabituelle, alors c’est certain qu’on est inquiets, mais on est plus vigilants. Devant plus de consignes et de protocoles, les gens sont rassurés. Ils le voient que les mesures qu’on adopte sont pour leur sécurité.

Q Comment votre clientèle vit-elle avec cette nouvelle réalité?

R Ils collaborent et respectent les consignes. Même s’ils sont contraints, ils savent que c’est pour le mieux. Ce n’est pas de gaieté de cœur qu’on le fait et c’est à l’encontre de nos valeurs. J’ai un micro et une caméra qui me permettent de parler dans les appartements pour les rassurer et leur rappeler les mesures; c’est en dehors l’habitude, mais on a besoin d’être créatifs pour qu’ils sachent qu’ils ne sont pas seuls même s’ils sont renfermés.

Q Prodiguant des services aux résidents au quotidien malgré la crise, est-ce que vous considérez que votre travail est plus essentiel que jamais?

R Certainement. Depuis le début de la crise, j’ai été là tous les jours. Ne pas être ici, ce serait désastreux pour eux. Il faut assurer une présence rassurante, parce qu’ils ne peuvent pas avoir leur famille près d’eux en ce moment, alors c’est nous leur famille.