«C’est beaucoup de poids sur nos épaules, mais il y a une grande solidarité dans le personnel», assure Émilie Jacques, préposée aux bénéficiaires en chirurgie à l’hôpital BMP.
«C’est beaucoup de poids sur nos épaules, mais il y a une grande solidarité dans le personnel», assure Émilie Jacques, préposée aux bénéficiaires en chirurgie à l’hôpital BMP.

[AU FRONT] Émilie Jacques, préposée aux bénéficiaires en chirurgie: «On a un rôle important à jouer»

Partout, des travailleurs et travailleuses sont au front malgré l'arrêt d'un nombre incalculable d'activités sociales, culturelles, économiques. Les journaux de la Coopérative nationale de l’information indépendante publient une série de portraits de ceux pour qui il n’y a ni isolement à la maison ni télétravail. Ces héros du quotidien qui montent la garde dans nos vies chamboulées.

Les effectifs du réseau de la santé mènent un combat de tous les instants pour éviter la propagation du coronavirus, cet ennemi invisible et sournois qui sévit à travers le globe. La préposée aux bénéficiaires Émilie Jacques fait partie de ces professionnels de la santé qui se dévouent depuis des semaines pour le bien de la communauté. En 15 ans dans le département de chirurgie à l’Hôpital Brome-Missisquoi-Perkins (BMP), jamais elle n’a affronté pareille crise sanitaire.

Q Comment vivez-vous cette crise dans le réseau de la santé?

R Au départ, c’était un peu ambigu. On ne savait pas trop où donner de la tête, quoi faire et comment le faire. Ça a été très déstabilisant. On a appris un peu sur le tas comme on dit. D’un autre côté, on est formés pour s’adapter à toutes sortes de situations d’urgence, à garder la tête froide. On sait qu’on a un rôle important à jouer dans la crise actuelle. C’est beaucoup de poids sur nos épaules, mais il y a une grande solidarité dans le personnel. On va réussir à passer à travers cette épreuve.

Q Comment percevez-vous l’attitude de la population concernant cette pandémie?

R Dans l’hôpital, on a une belle collaboration des proches des patients. Ils comprennent qu’ils ne peuvent pas venir les visiter. Pour ce qui est de l’extérieur, on sent qu’une bonne partie de la population a peur. Les gens font face à l’inconnu. D’un autre côté, c’est frustrant de voir que des gens minimisent l’importance du respect des consignes de santé publique. C’est dommage que certaines personnes ne prennent pas en compte les répercussions du non-respect du confinement.

Q Vous sentez-vous épaulés par les dirigeants du réseau de la santé, par le gouvernement Legault depuis que le coronavirus a commencé à se propager au Québec?

R Dans toute cette crise, on n’est vraiment pas laissés à nous-mêmes. On est vraiment épaulés. Ça va relativement bien dans l’ensemble. On reçoit de nouvelles consignes pour s’ajuster au jour le jour. C’est exigeant, mais c’est essentiel que ça se passe comme ça. En chirurgie, on a modifié notre pratique. Notre étage servira aussi au dépistage de la COVID-19. Si des gens sont positifs, une partie de notre unité servira à accueillir ces patients. La dynamique de travail est bien différente.

Q Voyez-vous des similitudes entre la situation actuelle et des crises antérieures?

R On espérait que la crise ne prenne pas autant d’ampleur qu’en Chine et en Italie. Et jusqu’ici, ce n’est pas le cas. Mais c’est tout de même une situation que l’on ne doit pas prendre à la légère. On constate que c’est une véritable pandémie, ici aussi. La réalité nous rattrape. La crise que l’on vit est beaucoup plus grosse que celles du SRAS et du H1N1. Les mesures qu’on doit prendre pour éviter la propagation, c’est du jamais-vu. C’est la première fois que je vis quelque chose du genre. On doit y aller un jour à la fois, sinon, à plus long terme, ça peut faire peur. C’est évident qu’on sera très fiers quand on pourra dire que c’est derrière nous.