Caroline Gauthier est intervenante à la DPJ.
Caroline Gauthier est intervenante à la DPJ.

[AU FRONT] Caroline Gauthier, intervenante à la DPJ: réinventer le travail sur le terrain 

Partout, des travailleurs et des travailleuses sont au front malgré l’arrêt d’un nombre incalculable d’activités sociales, culturelles et économiques. Les journaux de la Coopérative nationale de l’information indépendante publient une série de portraits de ceux et celles pour qui il n’y a ni isolement à la maison ni télétravail. Ces héros du quotidien qui montent la garde dans nos vies chamboulées.

Pour les intervenants et intervenantes de la DPJ sur le terrain, la période de confinement a débuté dans l’anxiété, le stress et l’inconnu. Il aura quand même fallu une période d’adaptation pour tous ces professionnels qui, sur le terrain, doivent interagir avec des jeunes en crise et des familles en détresse. Caroline Gauthier est une intervenante de la DPJ qui a œuvré en Montérégie, dans les Laurentides et en Outaouais. Elle s’est confiée au Droit.

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Comment la pandémie de la COVID-19 affecte-t-elle votre travail au quotidien?

R Il a fallu revoir notre façon d’intervenir auprès de notre clientèle. On ne peut plus se présenter chez une famille sans au préalable planifier l’intervention. Par exemple, on doit se demander comment allons-nous transporter l’enfant et si c’est le cas, dans quel véhicule? Doit-on se rendre au bureau ou directement à la famille d’accueil? Toutes des questions qu’on ne se posait pas avant la pandémie. Aussi, nous devons prendre des mesures de sécurité sanitaire pour nous et pour les familles avec qui nous entrons en contact. 

On doit se rendre dans les milieux de vie pour faire une évaluation juste des risques. Alors, même si l’on respecte à la lettre les consignes de distanciation, il y a des moments où c’est tout simplement impossible. Je ne dis pas qu’on se met à risque, mais ça devient parfois stressant. Même si on est bien préparé, il y a une part d’inconnu dans chacune de nos interventions et le virus ajoute un facteur de risque.

Dans l’urgence ou non, il faut comprendre que le cœur de nos interventions demeure le même. On doit bien évaluer la situation afin de prendre les bonnes décisions pour l’enfant et la famille.

Q Comment votre clientèle réagit-elle aux mesures de confinement et de distanciation lors de vos interventions?

La grande majorité des gens comprend très bien la situation. Évidemment, on ressent parfois une certaine réticence à nous laisser entrer dans la maison, mais on prend le temps de bien leur expliquer nos mesures de sécurité, et s’il le faut, on peut aussi porter des gants et un masque. Chaque intervenant a son propre équipement. Et quand on doit rencontrer les gens à nos bureaux, on s’assure également de la sécurité des lieux. On a des salles adaptées et spécialement aménagées pour cette période de crise. 

Par contre, les contacts de personne à personne sont réduits au minimum. On utilise les moyens technologiques à notre disposition pour mettre en relation les enfants et leurs parents. Aussi, certains contacts sont permis, mais le tout est évalué au cas par cas.


« Même si on est bien préparé, il y a une part d’inconnu dans chacune de nos interventions et le virus ajoute un facteur de risque. »
Caroline Gauthier

Q La crise augmente-t-elle les risques de violence et d’abus chez les enfants?

R Je peux difficilement répondre à cette question maintenant, puisque nous n’avons pas fait de bilan. Après la crise, nous serons plus en mesure d’évaluer tout ça. Par contre, il est clair que le confinement est un facteur anxiogène et augmente le stress dans des milieux où les risques sont présents. Ce facteur fait maintenant partie de notre évaluation. À ce jour, il est aussi difficile de dire s’il y a une hausse ou non de la violence faite aux enfants. Évidemment, ils ne sont plus sous le radar collectif puisque les écoles sont fermées et les rassemblements publics sont interdits. Alors oui, les signalements sont en baisse en raison de ces facteurs. Mais la détresse, elle, est toujours bien présente.

Q Croyez-vous que certaines mesures prises pendant la crise deviendront permanentes?

R Ça, c’est certain et ça touche principalement les moyens de communication et la technologie. Depuis le début de la crise, on a eu accès à de nouveaux outils de travail comme des tablettes, des ordinateurs portables et des cellulaires de dernière génération. Ces équipements nous facilitent la tâche. On peut ainsi mieux préparer nos interventions, ce qui est devenu le nerf de la guerre pour nous, pendant cette crise. J’ose espérer que nous aurons toujours accès à ces équipements après la crise. C’est facilitant, mais il y a aussi d’autres enjeux.

On doit comprendre que les contacts interpersonnels régissent notre travail. On doit rencontrer les gens en personne pour bien faire notre boulot. On ne pourra pas bien évaluer une situation seulement sur Skype ou par téléphone. On doit se rendre sur place. Notre travail d’intervention est transporté par le non verbal. Il faut être là, physiquement, pour ressentir ces émotions. En temps normal, nos visites ne sont pas annoncées. On arrive à l’improviste pour avoir un tableau de la situation le plus près possible de la réalité. Depuis quelques semaines, cette façon de faire a été un peu bousculée. 

Mais bientôt, il y aura une rentrée progressive dans les écoles primaires et les garderies. On devra alors réadapter nos interventions puisqu’il sera difficile de savoir quel enfant est à l’école ou quel autre n’y est pas. On devra se présenter à la maison pour constater en personne la nouvelle situation.