Carol-Ann Bélanger, chauffeuse d’autobus pour le RTC
Carol-Ann Bélanger, chauffeuse d’autobus pour le RTC

[AU FRONT] Carol-Ann Bélanger, chauffeuse d'autobus: «Je réalise que mon travail est important»

Partout, des travailleurs et travailleuses sont au front malgré l’arrêt d’un nombre incalculable d’activités sociales, culturelles, économiques. Les journaux de la Coopérative nationale de l’information indépendante publient une série de portraits de ceux pour qui il n’y a ni isolement à la maison ni télétravail. Ces héros du quotidien qui montent la garde dans nos vies chamboulées.

Carol-Ann Bélanger conduit les autobus du Réseau de transport de la Capitale (RTC) depuis près de quatre ans, tout comme son conjoint, et son père. C’est une histoire de famille. La pandémie a permis au trio et à leurs collègues de réaliser l’importance de leur travail, soit d’assurer un déplacement essentiel à ceux qui n’ont pas les moyens de se payer un taxi, ceux qui n’ont pas d’auto par choix ou encore ceux qui n’ont pas une assez bonne condition physique pour marcher de longues distances.

Q Le RTC a dû s’adapter rapidement pour continuer d’assurer ses services. Comment l’adaptation s’est déroulée pour vous?

R C’est très stressant, on se fait dire beaucoup d’informations et on fait le tri là dedans. Il ne faut juste pas se décourager. Au début, on ne savait pas si on allait même continuer de travailler sans danger. Ça a été difficile, tout le monde était dans l’inconnu, pas juste les chauffeurs, mais aussi tous les employés du RTC. On y va au jour le jour, j’apprécie vraiment cette belle fraternité au sein des chauffeurs de l’équipe. Tout le monde se veut rassurant, on s’est tous calmés, on se parle. 

Les mesures ont été prises rapidement, c’était rassurant. Les autobus sont nettoyés souvent, on a tous les outils pour désinfecter. Aujourd’hui, je me dis contente de travailler et chanceuse de continuer. Étant donné qu’on est en contact avec la population, on se met des restrictions supplémentaires pour être certains de ne contaminer personne. C’est dur, il faut tenir le coup.

Q Vous êtes justement exposée au virus tous les jours, est-ce que ça vous rend inquiète? Est-ce que vous redoutez certains comportements des clients?

R C’est sûr que oui, je vais être honnête. Plus les jours avancent, plus la situation est critique. La crainte de contamination était là surtout au début de la crise, avec un achalandage plus normal. On ne se cachera pas qu’il y a une grosse baisse d’achalandage, mais beaucoup de gens continuent de prendre le transport en commun, que ce soit pour le travail ou pour l’épicerie.

C’est sûr que j’ai tendance à regarder plus ce que font les clients à l’intérieur du bus, par précaution. Ça ne m’est jamais arrivé d’appeler du renfort, les gens respectent la distanciation sociale et les règles du RTC. On ne remarque pas plus de comportements inappropriés que d’habitude. J’ai beaucoup plus de «merci» et de «bonjour» depuis la crise, les gens sont sensibilisés. Je trouvais qu’on en parlait pas beaucoup des chauffeurs d’autobus, on parle des travailleurs de la santé et c’est normal, c’est eux qui sont au front. Il y a d’autres personnes qui continuent de travailler et qui sont exposées.

Je le vois dans les médias, des histoires de cracher par terre ou tousser pour niaiser... Je trouve ça dommage de rire de cette situation-là. Nous, on le voit tous les jours que c’est sérieux. J’en suis témoin et j’espère que les gens vont se rendre compte de l’ampleur que ça prend! 

Carol-Ann Bélanger, chauffeuse d’autobus pour le RTC

À part les mesures de sécurité telles que la distance ou la porte avant condamnée, comment la pandémie change votre travail?

R En général, on a peur d’être trop en retard, et là on a peur d’être trop en avance. Ça change la dynamique! Tous les jours, on change d’horaire. Je me promène dans toute la ville et j’ai plusieurs parcours, comme tous les autres chauffeurs. Ma routine est chamboulée, mais je me suis habituée. Ça me fait voir une autre partie du réseau et ça me permet d’acquérir de l’expérience.

Quand j’ai su qu’on allait être un service essentiel, je me suis dit qu’il n’y aurait personne dans les autobus. Je réalise que mon travail est important, et j’ai un sentiment de devoir accompli. Je fais ma part. Je vois des gens qui n’ont pas le choix de se déplacer, qui doivent travailler tard le soir. On a besoin d’eux et ils ont seulement l’autobus pour se déplacer! C’est lors des moments de crise qu’on se rend compte de l’importance des gens... Je trouve ça décevant quand je vois des commentaires de gens qui croient que les autobus roulent vides. Embarquez avec moi pendant une journée, vous allez voir que ce n’est pas vrai!  

Quand on se promène dans la ville complètement vide, il y a une partie de moi qui trouve ça épouvantable. Ça fait bizarre de rouler sans trafic sur l’autoroute de la Capitale un vendredi à 17 h, ça n’arrive jamais. Mais d’un autre côté, ça me rassure parce que les gens ont pris ça au sérieux, ils écoutent les consignes. C’est saisissant, mais c’est beau de voir la société qui se tient.