Impact de rue Haute-Yamaska est un nouvel organisme dédié au travail de rue. Il a été fondé officiellement jeudi soir, avec notamment l’élection de son premier conseil d’administration.

Travail de rue: un impact dans la vie des gens

Un nouvel organisme dédié au travail de rue voit le jour à Granby. Impact de rue Haute-Yamaska réunira les ressources existantes afin de mieux organiser l’offre de service sur son territoire.

Incorporé en août dernier, Impact de rue Haute-Yamaska a officiellement été fondé jeudi soir, avec l’élection de ses premiers officiers au conseil d’administration et l’adoption de ses règlements généraux. Des représentants de plusieurs organismes de la région, de la Ville de Granby et de la Direction de la santé publique de l’Estrie étaient présents pour marquer le coup.

La naissance d’un organisme dédié au travail de rue ne signifie pas ce service n’existait pas déjà dans la région. En fait, voilà 25 ans qu’il a cours sur le territoire de la Haute-Yamaska, d’abord implanté à Granby en 1993 pour un projet-pilote de deux ans, puis à Waterloo en 1996, sous l’égide de la Maison des jeunes L’Exit.

Le travail de rue est ensuite revenu à Granby trois ans plus tard, soutenu d’abord par le CLSC. Depuis 2001, la Maison des jeunes La Barak chapeaute une travailleuse de rue, avant d’être rejointe en 2012 par l’organisme Partage Notre-Dame.

« On est trois organismes encadrant les travailleuses de rue pour soutenir la clientèle, alors que ce n’est pas dans notre mission première », souligne Marie-Ève Houle, directrice de La Barak.

Approche humaine
« Dans ce contexte, il était plus difficile de faire évoluer la pratique, ajoute Nicolas Luppens, coordonnateur du Groupe Actions Solutions Pauvreté (GASP) de la Haute-Yamaska. On s’est donc coalisés, on a uni nos forces avec la vision de créer un organisme dont la mission serait dédiée au travail de rue, avec une structure permanente qui lui permettrait d’être autonome. Avec un financement stable et récurrent, le travail de rue pourrait avoir un plus grand impact en raison d’une présence plus soutenue des ressources dans le milieu. »

Le coordonnateur du GASP indique que le service a un effet réel dans la prévention des méfaits, du décrochage scolaire et de la propagation d’infections transmises sexuellement et par le sang, en plus de diminuer les coûts sociaux et de limiter l’aggravation des dépendances à l’alcool et aux drogues chez certaines personnes.

Ce ne sont là que certains des bienfaits de l’approche personnalisée et humaine du travail de rue, relève la directrice de la santé publique au CIUSSS de l’Estrie, Dr Mélissa Généreux. « C’est bénéfique pour la qualité de vie des gens, tant sur leur santé que sur leur bien-être, explique-t-elle. Il s’agit d’une approche de proximité souple, qui s’adapte à la réalité de chaque personne, ce qui leur permet d’améliorer leur situation en dépit des difficultés qu’elles connaissent. »

« Les travailleuses de rue accompagnent les gens, elles font en quelque sorte le pont avec les ressources d’aide du territoire, que ce soit en santé mentale, en soutien juridique, pour leurs problèmes financiers, de consommation, leurs difficultés familiales, énumère Marie-Ève Houle. Parfois, la relation d’aide se limite à aller prendre un café, à prendre des nouvelles et garder contact. C’est très humain. »

Solidifier les acquis
L’idée de regrouper les ressources sous la juridiction d’un organisme dédié au travail de rue germait depuis longtemps dans le milieu communautaire, mais encore fallait-il avoir les moyens d’y parvenir.

En septembre 2015, la mise en place de la Coalition Impact de rue a permis aux organismes-hôtes de s’allier au GASP et au Centre intégré de santé et des services sociaux de l’Estrie à titre de partenaires, entre autres.

Bâilleur de fonds au même titre que la Direction de la santé publique et la Table jeunesse de la Haute-Yamaska, la Ville de Granby joue également un rôle de premier plan dans la pérennité du travail de rue en Haute-Yamaska, insiste Mme Houle. La bonification de l’aide financière de la Ville — qui a pratiquement quintuplé en 2017, précise la responsable de la maison des jeunes — envers les organismes a permis l’embauche d’une autre travailleuse. Une enveloppe issue du partage des fruits de la criminalité du ministère de la Sécurité publique a également permis d’ajouter une ressource supplémentaire, portant à cinq le nombre de travailleuses de rue dans la région.

Préparer l’avenir
La crédibilité du travail de rue et la preuve de sa nécessité ne sont plus à établir, soutient la directrice. Cependant, le financement demeure un défi crucial. « Malheureusement, les sous ne suivent pas les besoins, ajoute-t-elle. Dans notre MRC, ça nous prendrait huit ressources. »

« Même que neuf ne serait pas de trop si on voulait étendre le service à un plus grand territoire », renchérit M. Luppens.

La création d’Impact de rue facilitera la quête de subsides et harmonisera les pratiques sur le terrain tout en facilitant la transmission d’informations. À terme, les responsables de l’organisme espèrent pouvoir desservir davantage de municipalités, augmenter le nombre de travailleurs de rue et leur offrir des conditions de travail plus stables.

En 2017-2018, les travailleuses de rue ont effectué 4337 prises de contact auprès de 1269 individus, révèle le rapport annuel de la Coalition ; 71 % de ces interventions ont eu lieu à Granby, et 17 % à Waterloo.