La présidente de la commission scolaire des Hautes-Rivières, Andrée Bouchard, voit «un grand potentiel d’iniquité» dans la nouvelle formule.

Transformation des commissions scolaires: les présidents dénoncent une perte pour les citoyens

Le projet de loi 40 visant à revoir la gouvernance scolaire — notamment en abolissant les commissaires et leurs élections — n’aidera en rien les élèves ou leurs parents et ne permettra que peu d’économies, soutiennent les présidents des commissions scolaires des Hautes-Rivières et Val-des-Cerfs.

« Les gens mécontents devront bientôt appeler leur député », indique la présidente de la commission scolaire des Hautes-Rivières, Andrée Bouchard.

Mme Bouchard doute fort que les citoyens soient mieux représentés par les futurs conseils d’administration formés de parents, de représentants de la collectivité et de membres du personnel scolaire qui géreront les commissions scolaires appelées à devenir des centres de services.

« C’est vrai que les élections n’étaient pas populaires, mais on en réglait des affaires, dit-elle. On reçoit beaucoup d’appels, surtout en début d’année. Mais évidemment, on ne contente pas tout le monde. On n’est pas là pour accorder des passe-droits. »

Elle dénonce une perte de démocratie et voit « un grand potentiel d’iniquité » dans la nouvelle formule.

« Le principal rôle d’un conseil scolaire était de veiller à une répartition équitable des ressources. Or, c’est connu que les parents des milieux plus favorisés s’impliquent davantage. Leurs écoles seront donc mieux desservies. »

Andrée Bouchard fait également remarquer que le taux de participation aux assemblées de parents oscille autour de 2 %, ce qui est encore pire que celui des élections scolaires, à un peu moins que 5 %.

« Moi, je n’appelle pas ça de la démocratie. Et les parents qui y vont y vont pour leurs enfants. »

«Les décisions seront maintenant prises à Québec, déplore le président de la commission scolaire du Val-des-Cerfs, Paul Sarrazin. On va jeter beaucoup d’expérience.»

Économies

Ce que le gouvernement Legault entend économiser en sabrant les élections scolaires est aussi douteux à ses yeux. Hormis ce que ça coûtera pour modifier la structure, « ils auront besoin de personnel pour former les membres des c.a. », dit Mme Bouchard, qui est présidente des Hautes-Rivières depuis 2003.

Le ministère de l’Éducation s’arroge également de nouveaux pouvoirs au détriment des commissions scolaires, ce qui n’est pas l’idéal, estime le président de Val-des-Cerfs, Paul Sarrazin.

« Les décisions seront maintenant prises à Québec, a-t-il déploré en entrevue lundi. Et ça me fait mal au cœur de penser qu’on va être (NB : les commissaires) sacrifiés sans utiliser notre expertise. On va jeter beaucoup d’expérience. »

Depuis son arrivée en 2014, M. Sarrazin estime avoir « fait le ménage à l’interne » et avoir « rétabli les ponts avec les partenaires ».

« Je crois sincèrement que nous sommes en meilleure position qu’un conseil d’administration pour résoudre rapidement et efficacement un problème dans nos établissements, mais aussi pour comprendre ce qu’il y a de mieux pour notre communauté d’élèves parce que nous y vivons et connaissons ses particularités », a-t-il déclaré en assemblée publique, la semaine dernière.

Joint mercredi, Paul Sarrazin a indiqué qu'il précisera son opinion lors d'une conférence de presse vendredi.

Les deux élus s’entendent également pour dire que l’éducation a des besoins beaucoup plus pressants qu’un changement de structure. Mais ils reconnaissent que les Québécois ne tiennent pas à leurs commissaires.

« On est mal-aimés, mais on n’a jamais eu les moyens de se faire connaître », dit Andrée Bouchard.

LES MATERNELLES QUATRE ANS AUSSI DÉCRIÉES

Québec fait aussi fausse route en imposant l’ouverture de maternelles quatre ans un peu partout dans la province, estime le président de la commission scolaire du Val-des-Cerfs, Paul Sarrazin. 

En plus d’être peu populaires auprès des parents — sur les sept classes autorisées à Val-des-Cerfs cette année, seules cinq ont été ouvertes, faute d’élèves — elles sont formées en majorité d’enfants provenant des centres de la petite enfance, rappelle-t-il.

«C’est comme si deux organes se nuisaient mutuellement.» 

Les enfants issus de milieux défavorisés, pour qui les maternelles quatre ans sont destinées, y sont également peu nombreux, souligne M. Sarrazin. «On a l’impression que le gouvernement a décidé d’en mettre à tout prix, et ça coûte cher.»

Il donne en exemple les 2 604 000 $ que Val-des-Cerfs a reçu uniquement pour ajouter deux classes de maternelles quatre ans au projet de Lab-école, à Shefford, alors que la commission scolaire est en demande pour cinq écoles supplémentaires.

«Même si le gouvernement est en surplus budgétaire, a-t-on les moyens de dépenser autant pour ça? Avec 100 000 $, on peut en faire des choses dans une cour d’école.»

Il n’a pas été prouvé non plus que les maternelles quatre ans contribuent davantage que les CPE à la réussite éducative, dit Paul Sarrazin.