Deux réalités distinctes coexistent dans Brome-Missisquoi, alors que l’agriculture est omniprésente à l’ouest et que le tourisme et les montagnes dominent à l’est.
Deux réalités distinctes coexistent dans Brome-Missisquoi, alors que l’agriculture est omniprésente à l’ouest et que le tourisme et les montagnes dominent à l’est.

Transfert de Brome-Missisquoi en Estrie : un sujet toujours sensible

Cynthia Laflamme
Cynthia Laflamme
Initiative de journalisme local - La Voix de l'Est
Les maires de Brome-Missisquoi étaient toujours en attente, cette semaine, des réponses à leurs questions quant à un potentiel transfert de leur MRC vers la région administrative de l’Estrie. Le sujet est encore sensible autour de la table des maires, alors que deux dynamiques coexistent dans la région.

«En Montérégie, on a accès à des fonds gérés d’une certaine façon et qui nous donnent accès à beaucoup d’argent pour nos propres projets, explique le directeur général de la MRC Brome-Missisquoi, Robert Desmarais. Mais en Estrie, les fonds ne sont pas gérés de la même façon, l’argent est réservé pour de grands projets estriens.»

Une lettre a ainsi été envoyée au ministre responsable de l’Estrie François Bonnardel le 30 septembre dernier, lettre dans laquelle une série de questions sont posées concernant certains acquis que les municipalités et leurs citoyens ne veulent pas perdre. Il y est notamment question du montant additionnel que la nouvelle Estrie recevrait pour le FARR (Fonds d’aide et de relance régionale).

La MRC de Brome-Missisquoi espère ne pas être pénalisée en raison d'une gestion différente dans les deux régions, même si les premiers échos démontrent le contraire, estime le directeur général

Ensemble, les MRC de Brome-Missisquoi et de la Haute-Yamaska représenteraient le tiers de la population de la nouvelle Estrie, si jamais le transfert discuté depuis quelques années va de l'avant.

Agriculture et forêts

Pour l’instant, le projet concerne la région administrative, reliée au ministère des Affaires municipales et de l’Habitation (MAMH); les maires veulent cependant savoir ce qu’il en sera des autres ministères.

Si ceux-ci emboîtent le pas au MAMH tel que le souhaitent les élus, ils devront formuler des engagements sur les acquis en agriculture et en foresterie, deux secteurs d’activités très différents en Estrie. Les élus demandent à ce que les investissements récurrents dans ces dossiers suivent avec la transition, mais aussi que les ressources humaines impliquées dans la gestion de ceux-ci soient transférées d’une région à l’autre.

«Pour une entreprise agricole, c’est très important d’avoir une bonne relation d’affaires avec la Financière agricole, le ministère de l’Agriculture, les entreprises agricoles, les groupes-conseils, comprend M. Desmarais. Elles ont ces relations de confiance là depuis très longtemps.»

Les maires veulent de plus s’assurer que la transition se fasse plus efficacement qu’en santé, alors que des budgets ne sont toujours pas transférés pour certains organismes.

Refus de se prononcer

Les maires refusent donc de se prononcer pour l’instant sur le transfert potentiel vers l’Estrie, alors qu’une décision devait être prise le printemps dernier. Des réponses doivent d’abord être données et des garanties doivent être offertes, indique Patrick Melchior, préfet de la MRC.

«Tant qu’on n’a pas de réponse à notre satisfaction, on ne bouge pas, martèle-t-il en entrevue. Si on les a, je vais demander aux maires de passer au vote.»

M. Bonnardel lui a confirmé qu’ils auraient les réponses à leurs questions cette semaine.

M. Melchior croit par ailleurs que l’opinion des élus municipaux est écoutée par le MAMH.

Par contre, «c’est la ministre des Affaires municipales qui décide par décret si le territoire d’une MRC fait partie d’une région administrative, explique Robert Desmarais. Chaque ministre est responsable de désigner le contour de chaque région.»

En faisant connaître leur opinion par résolution, les maires estiment que le débat sera plus facile à tenir, le cas échéant, avec le MAMH.

À la demande de Martin Bellefroid, maire de Pike River, une résolution exigeant le statu quo en attendant les informations supplémentaires permettant de prendre une décision éclairée a été adoptée.

Critiques

Les villes de Farnham et de Bromont ont déjà affirmé leur volonté d’être transférées en Estrie. Une position qui a été critiquée par le maire du Canton de Bedford, Gilles Saint-Jean, qui doutait de la neutralité du préfet, aussi maire de Farnham, dans la discussion.

«Comme préfet, je ne peux pas prendre position pour l’un ou pour l’autre, nonobstant que Farnham se sente plus en Estrie, répond M. Melchior au téléphone. Le maire du Canton de Bedford s’est insurgé, ça lui appartient. Mon travail est de m’assurer que tout le monde soit bien représenté. Ça reste un sujet émotif qui démontre la richesse de Brome-Missisquoi de par ses réalités différentes.»

M. Saint-Jean n’a pas souhaité revenir sur ses propos en entrevue.