Le projet de train reliant Montréal et Sherbrooke a fait l’unanimité auprès des gens réunis lundi autour de la table à l’Hôtel Château-Bromont.

Train Montréal-Sherbrooke: d’abord des marchandises

La sécurité du réseau ferroviaire entre Montréal et Sherbrooke doit être accrue pour favoriser le transport de marchandises. Les liaisons de trains de passagers suivront. C’est le constat qu’ont dressé les nombreux élus et représentants d’organisations liées au projet, réunis lundi à Bromont à l’invitation du maire Louis Villeneuve. De son côté, le ministre des Transports et responsable de l’Estrie, François Bonnardel, s’est engagé à faire cheminer rapidement le dossier. Idem pour le député fédéral de Brome-Missisquoi, Denis Paradis.

Pour le maire de Bromont, il était inconcevable que l’on baisse la cadence dans le projet de train entre Montréal et Sherbrooke, qui doit également relier le Vermont. « On a une opportunité incroyable de réhabiliter notre chemin de fer et de s’en servir pour diminuer le nombre de camions de marchandises sur les routes et d’accroître l’utilisation du transport en commun. Pour que ça se concrétise, c’était primordial d’asseoir autour d’une même table tous les intervenants municipaux, de la MRC et des deux paliers gouvernementaux pour travailler ensemble plutôt qu’en silo », a indiqué Louis Villeneuve au terme de la rencontre tenue à l’Hôtel Château-Bromont.

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Outre la municipalité hôte de la réunion, des représentants de Magog, Farnham, Cowansville, East Farnham, Lac-Brome, Bedford, Sherbrooke, Brigham, Sutton et Saint-Jean-sur-Richelieu étaient présents. La députée provinciale de Brome-Missisquoi, Isabelle Charest, le directeur de la Fondation Trains de nuit, François Rebello, qui pilote le projet, ainsi que le directeur général de la MRC Brome-Missisquoi, Robert Desmarais, ont aussi participé aux discussions.

Un large appui

Jusqu’ici, Sherbrooke n’avait pas pris position officiellement concernant le projet de train. Le maire Steve Lussier a dévoilé en partie son jeu au terme de la rencontre à Bromont. « On a de l’intérêt pour le transport de marchandises en premier lieu. Pour nous, ça a une importance capitale. Ce n’est pas normal que l’on n’ait pas encore une gare de triage adaptée pour Sherbrooke. [...] Et pour les passagers, je pense qu’on est rendus là. [...] On n’osait pas trop s’avancer si c’était pour ne pas se faire. La rencontre nous a permis de discuter avec les [représentants des] gouvernements. C’était une étape importante pour aller de l’avant. »

Selon les nombreuses personnes interviewées lundi par La Voix de l’Est au terme de l’échange, le projet fait consensus. « C’est un projet très mobilisateur. C’est rare qu’en si peu de temps on puisse réunir tous ces élus. C’est signe que les gens veulent que ça se réalise », a fait valoir François Bonnardel. Le député de Granby s’est engagé à prendre la balle au bond pour porter le projet au sein de son ministère. « Je vais discuter avec mon sous-ministre dès demain pour que l’on puisse avoir un portrait global. Déjà, on a un aspect de transport de passagers important. On va travailler aussi le volet du transport de marchandises pour voir à quel point les investissements qu’on demande à la Central Maine & Quebec Railway (CMQR) comparativement à ceux des deux paliers de gouvernements [sont proportionnels] », a-t-il mentionné.

Selon le ministre des Transports du Québec, son homologue à Ottawa, Marc Garneau, demeure « très favorable » au projet. Ce qu’a corroboré Denis Paradis, qui chapeaute l’initiative depuis plusieurs années. Ce dernier est d’avis que la création d’une régie intermunicipale permettrait de faire cheminer plus aisément le dossier. De son côté, le vétéran député veut « brasser les affaires à Ottawa » pour faire débloquer les sommes nécessaires.


«  C’est un projet très mobilisateur. C’est rare qu’en si peu de temps on puisse réunir tous ces élus. C’est signe que les gens veulent que ça se réalise.  »
François Bonnardel, député de Granby et ministre des Transports du Québec

Montage financier

Après la débâcle de la Montreal Maine & Atlantic Railway (MMA), la CMQR a pris le contrôle du réseau ferroviaire dans la région. Mis en veilleuse depuis la tragédie de Lac-Mégantic en juillet 2013, le projet de train de passagers entre Montréal, Sherbrooke et le Vermont a été remis sur les rails, dévoilait La Voix de l’Est en juin 2015.

Le budget est estimé à 90 M$. Le montage financier prévoit que l’ensemble des municipalités injectera 8 M$. Au terme de pourparlers, plusieurs localités ont fait un pas en avant. C’est notamment le cas de Farnham, qui a octroyé près d’un demi-million $ réparti sur dix ans à la Fondation trains de nuit. Bromont a fait de même en s’engageant à hauteur de 1 M$ étalés sur la même période. Sherbrooke assumerait la plus grande part de l’enveloppe en déboursant 3 M$ échelonnés sur une décennie. De son côté, Lac-Brome devrait accorder environ 115 000 $, tandis que Sutton, Brigham et Cowansville devraient consentir chacune 75 000 $. Bromont disposerait d’une des gares de la région avec Farnham.

Le scénario sur la table suppose que 38 M $ du budget global proviendraient de fonds privés, dont 25 M de la CMQR. Outre la part des municipalités, les 44 M$ manquants sont attendus des deux paliers de gouvernements, soit 18 M$ de Québec et 26 M$ d’Ottawa.

Bémol

Bien qu’il se dise ouvert au projet, le maire de Saint-Jean-sur-Richelieu, Alain Laplante, met un bémol. « Ce lien entre nos villes est important. Maintenant, reste à vérifier le coût et les opportunités, a-t-il dit, mentionnant que la contribution demandée à la Ville avoisine 1,2 M$ sur 10 ans. À Saint-Jean, un des enjeux demeure la quiétude de notre population parce que la voie ferrée passe au coeur de notre municipalité. »

Échéancier

De son côté, François Rebello estime que tous les ingrédients sont réunis pour amener le projet à un autre niveau. « Pour avoir un train, ça prend un leadership politique très fort. Jusqu’à maintenant, il y avait une collaboration des élus. Mais aujourd’hui, on peut dire qu’ils se sont approprié le projet. »

Le promoteur concède toutefois que le volet du transport de marchandises devra être réévalué en profondeur, à la demande des municipalités, pour assurer le succès de l’initiative. « On a entendu les élus et on va revoir le projet au cours des prochaines semaines », a-t-il dit.

Rebello garde le cap avec l’échéancier. « Notre objectif est d’avoir bouclé le financement avant les élections fédérales. Sinon, on passera tout droit », a-t-il imagé. Selon lui, les travaux pourraient être amorcés sur le réseau ferroviaire dès 2019 afin de lancer des liaisons de train de passagers sur une partie du tronçon remis en état pour l’été 2020.