Pierre Boisseau, directeur principal aux communications chez Enerkem, a reçu le directeur de la Fondation Train de nuit, François Rebello, pour une visite des installations de Westbury.

Train Montréal-Sherbrooke : Enerkem développera un biodiésel

Nouveau partenariat pour le directeur de la Fondation Train de nuit François Rebello, qui vise à établir une liaison ferroviaire entre Montréal et Sherbrooke. M. Rebello s’allie à Enerkem, entreprise connue pour sa production de biocarburants. À son centre de recherche de Westbury, Enerkem tentera de développer un biodiésel qui pourrait propulser le train de passagers.

M. Rebello était de passage à Westbury mardi pour visiter les installations d’Enerkem. « Nous voulons avoir le train le plus vert possible. Pour un projet évalué à 90 M$ pour le moment, il faudrait ajoute 150 M$ pour une électrification, ce qui n’est pas possible. Le carburant, lui, représente 10 % des dépenses d’un train. Le biodiésel est actuellement issu d’une huile animale, donc il y a une certaine rareté. Nous avons donc cherché d’autres possibilités pour en produire.

Enerkem a plusieurs projets à l’étape de recherche et de développement pour créer du biodiésel à même des produits forestiers et des déchets domestiques. Nous nous sommes demandé si nous pouvions travailler avec eux pour développer un biodiésel synthétique. »

À peine au stade du protocole d’entente, le projet visera aussi à déterminer les autres applications pour ce biodiésel. « Il faudra définir ce qu’on cherche et ensuite regarder les possibilités de financement », résume François Rebello.

Il cite entre autres la règlementation qui oblige l’ajout d’éthanol dans l’essence des voitures, alors qu’aucune règlementation semblable n’existe pour les trains. « Mais avant de réglementer, il faudrait un produit à un coût acceptable. »

Acceptabilité sociale

M. Rebello y voit une occasion d’augmenter l’acceptabilité sociale de son projet en plus d’avoir un « impact local » lors de l’achat de carburant. « Si une partie du biodiésel est produite ici, il y aurait une création d’emplois. Le train contribuerait déjà à réduire de 10 000 tonnes les émissions de gaz à effet de serre. Ça justifie déjà une partie du financement public. Si on ajoute un biocarburant, ça peut justifier encore plus de financement public et les gens seront encore plus fiers d’un train qui aura un carburant vert. »

L’homme d’affaires compte se servir de l’appui des maires des municipalités situées le long du trajet comme levier pour soutenir les recherches de financement d’Enerkem.


«  Notre objectif est de créer de la valeur en valorisant les déchets et en évitant leur enfouissement.  »
Pierre Boisseau, directeur principal aux communications chez Enerkem

Pierre Boisseau, directeur principal aux communications chez Enerkem, affirme que l’entreprise s’engage à travailler sur la faisabilité technique du projet et à tenter de développer un produit dérivé du méthanol. « Nous nous intéresserons aux détails techniques, par exemple comment fonctionnent les moteurs actuels et s’ils devront être modifiés. Nous souhaitons regarder les débouchés supplémentaires tout en nous assurant d’avoir une bonne matière première et d’arriver à produire des volumes suffisants pour alimenter une usine à long terme. »

La recherche sera effectuée à Westbury. Il est possible que la production, si l’entreprise en venait là, soit localisée à l’usine de Varennes. « Notre objectif est de créer de la valeur en valorisant les déchets et en évitant leur enfouissement. »

François Rebello n’était pas en mesure de chiffrer les sommes nécessaires pour développer le biodiésel.

Toujours en attente des villes

Parallèlement, François Rebello attend toujours que certaines villes s’engagent financièrement dans le projet de train de passagers. Sherbrooke, dont la participation attendue est évaluée à 3 M$, étudie encore le dossier et ne prévoit pas en débattre au conseil municipal à court terme. La Ville attend aussi des échos de Montréal, qui aurait commencé à se pencher sur un financement potentiel après une discussion entre le maire Steve Lussier et la mairesse Valérie Plante. La Ville de Montréal n’a pas rappelé La Tribune.

« Le problème, c’est d’avoir des réponses rapides pour que le gouvernement prenne des engagements en prévision des élections d’octobre. Il ne faudrait pas compromettre le projet en attendant Montréal. C’est 18 M$ que nous espérons du provincial », dit M. Rebello.

« J’ai parlé au maire Lussier lundi et il m’a demandé de lui envoyer une note pour lui décrire les nouveautés dans le projet. C’est clair que c’est Sherbrooke qui est la clé. Si on ne se rend pas jusqu’à Sherbrooke, ça peut changer les paramètres du projet. L’engagement de Sherbrooke n’est pas essentiel, mais il est important pour convaincre le gouvernement du Québec de conclure. »

Rappelons que le projet de train de passagers pourrait, selon M. Rebello, permettre de déplacer 2050 passagers par jour. La contribution espérée du gouvernement fédéral est de 26 M$ alors que celle des propriétaires du chemin de fer est de 25 M$. Les villes de Farnham et Bromont se sont déjà engagées à participer financièrement au projet de train. Selon les échéanciers préliminaires, le train pourrait accueillir ses premiers passagers à l’automne 2019.