La biologiste Louise Gratton (au centre) a permis aux visiteurs de mieux comprendre l’environnement unique de la tourbière Saint-Charles.

Tourbière Saint-Charles: un écosystème unique et méconnu

Une trentaine de personnes ont pu découvrir l’écosystème unique de la tourbière Saint-Charles, qui est situé à moins de quatre kilomètres à vol d’oiseau du centre-ville de Granby. La Fondation SÉTHY a organisé trois visites samedi, et ce, pour une deuxième année consécutive.

C’était tout un privilège pour les participants qui ont parcouru cet environnement fascinant et d’une beauté exceptionnelle. D’une part parce que la tourbière est située à cheval sur une quinzaine de terrains privés, et donc accessible avec l’accord explicite des propriétaires, mais surtout parce que les visiteurs étaient accompagnés de spécialistes chevronnés et passionnés pour détailler les richesses qui se retrouvent dans ce milieu surprenant.

Il y a quelques décennies, le site de la tourbière était bien connu dans la région. De nombreux citoyens venaient allégrement y déverser leurs gros rebus et leurs matériaux de construction. Encore aujourd’hui subsistent quelques traces de cette utilisation révolue de la tourbière, comme une plaque d’asphalte.

À quelques pas de la rue Saint-Charles — qui traverse la tourbière —, le visiteur est rapidement transporté dans un autre univers. L’endroit est habité par des espèces que l’on croise uniquement dans ce type d’environnement et qu’on manquerait assurément sans les remarques éclairées de la biologiste Louise Gratton.

Au sol, une petite fleur rouge vin attire l’œil. La sarracénie pourpre est en fait une plante carnivore qui se nourrit de mouches et de fourmis. « Le sol est très pauvre en nutriments, c’est pour ça qu’on voit des espèces comme ça dans ce type d’environnement », explique Mme Gratton, qui prend manifestement un réel plaisir à être sur le terrain.

L’écosystème accueille également des espèces végétales plus sympathiques telles que le thé du Labrador, le bleuetier ou la canneberge commune. « Il serait possible de faire une exploitation durable du thé du Labrador par exemple. Il faut en laisser suffisamment pour qu’il puisse se régénérer, mais au prix qu’il se vend, ça pourrait être très profitable ! », lance la biologiste expérimentée.

La tourbière Saint-Charles est située à proximité de zones résidentielles densément peuplées.

Filitration de l’eau
La décomposition fonctionne au ralenti dans cette terre pauvre et acide. Ainsi, la sphaigne s’accumule sur plusieurs mètres. Cette mousse des tourbières constitue en se décomposant une part importante de la tourbe. Le chargé de projet Jean-Daniel Boisvert en fait la démonstration à l’aide d’un outil de métal long d’un bon mètre qu’il peut aisément enfoncer dans le sol.

« Cette profondeur, ça représente environ mille ans de vie de la tourbière », explique-t-il.

Difficile de chiffrer l’impact d’un tel environnement sur l’écosystème régional. Comme l’explique Louise Gratton, la qualité première d’une tourbière est sa capacité de filtration de l’eau. La disparition d’une tourbière peut avoir ainsi de graves répercussions sur la qualité de l’eau ou encore sur l’abaissement du niveau de la nappe phréatique.

L’équipe de la Fondation SÉTHY fait des pieds et des mains pour protéger ce bijou environnemental. Il est impossible d’imposer des mesures restrictives similaires à celles existant dans un parc national puisque la tourbière appartient à des particuliers. Les règlements municipaux empêchent toutefois la construction en milieux humides, mais d’autres activités humaines licites peuvent menacer cet environnement fragile. Des programmes permettant de céder un terrain à la fondation existent, mais pour l’instant, un seul propriétaire de la région a fait un tel don.

Le directeur général de la Fondation SÉTHY, François Leduc, souhaite surtout que la tourbière Saint-Charles puisse éventuellement être ouverte au public, avec la construction de trottoir de bois sur pilotis qui permettraient aux visiteurs d’être sensibilisés à ce milieu naturel.