Christian-Maurice Duval s’oppose fermement au projet de tour de télécommunication que Rogers a l’intention d’installer dans la cour arrière de son atelier.
Christian-Maurice Duval s’oppose fermement au projet de tour de télécommunication que Rogers a l’intention d’installer dans la cour arrière de son atelier.

Tour de télécommunication de Rogers à Sutton: des citoyens s’opposent

Cynthia Laflamme
Cynthia Laflamme
Initiative de journalisme local - La Voix de l'Est
Rogers veut implanter une tour de télécommunication de 30 mètres presque au cœur de Sutton, ce qui permettra «d’améliorer la qualité du réseau» de tout le cœur villageois. Un document de consultation envoyé aux adresses situées dans un rayon de 500 mètres du site projeté a provoqué une levée de boucliers chez des Suttonnais.

Le site projeté se trouve à l’est du 10, rue du Cimetière, entre un talus et une zone boisée, près d’un cours d’eau. La tour métallique, qui aura du balisage aérien blanc le jour et rouge la nuit, accueillera au départ six antennes cellulaires LTE 4G et 15 unités radios, mais Rogers sera disposé à accepter des antennes de ses concurrents jusqu’à saturation.

« Sutton est un endroit où beaucoup d’électrosensibles viennent se réfugier parce que, justement, il n’y a pas un gros déploiement d’antennes, souligne Christian-Maurice Duval, qui sonné l’alarme sur les réseaux sociaux et lancé une pétition. Ce n’est parfait, mais il y a encore des endroits à Sutton où les gens peuvent se réfugier et avoir un niveau de vie acceptable. Pour les gens électrosensibles, ce n’est pas évident ces choses-là. »

Lui-même ne se dit pas électrosensible, mais il ressent des effets du Wi-Fi et des tours de télécommunications lorsqu’il se trouve à proximité. Par exemple, à son atelier, où il travaille une douzaine d’heures par jour, il ferme le Wi-Fi puisqu’après trente minutes il n’arrive plus à réfléchir.

Le problème, c’est que son atelier est l’adresse la plus proche du site projeté par Rogers. Une soixantaine de mètres le sépare de l’endroit. « Je ne veux pas être irradié par ça et le propriétaire du bâtiment non plus. »

Il craint par ailleurs que cette tour soit un prétexte pour l’installation de la 5G à Sutton par Rogers, pionnière dans cette technologie au Québec.

Améliorer le réseau

Selon le document envoyé aux personnes concernées, le projet de Rogers sert essentiellement à offrir un service cellulaire rapide et fiable, améliorer la qualité du réseau, assurer une couverture continue et ininterrompue, augmenter la capacité du réseau et la sécurité des citoyens en permettant un repérage géographique plus précis lors d’un appel au 911.

M. Duval a consulté des concitoyens sur les réseaux sociaux et personne de la zone ciblée ne s’est plaint d’une mauvaise couverture, dit-il, même durant les fortes périodes touristiques.

« La Ville ne s’est pas prononcée sur cet emplacement, réagit Pierre Largy, directeur général de Sutton. Notre réaction est un peu de la stupéfaction. C’est dans le périmètre d’urbanisation. Nos règlements font qu’on préfère que ça ne soit pas dans le périmètre d’urbanisation ou dans le secteur villageois, près de résidences. Ce sont des éléments qu’on cherche à éviter. »

Dans le document, le promoteur affirme avoir « d’abord recherché des structures existantes sur lesquelles ses équipements pourraient être installés, peut-on lire. Rogers n’a répertorié aucune tour de télécommunication existante ni aucun bâtiment suffisamment élevé pouvant accueillir ses antennes, et ce, afin d’obtenir la couverture cellulaire souhaitée, d’où la nécessité d’installer une nouvelle structure. »

L’inspecteur municipal a guidé Rogers vers des sites potentiels, l’été dernier, mais celui de la rue du Cimetière ne se trouvait pas parmi les suggestions. « Notre inspecteur municipal a regardé certains endroits dans la municipalité qui pourraient peut-être servir pour leurs équipements de télécommunication, entre autres dans le clocher de l’Église catholique, où il y a déjà des équipements d’autres entreprises, assure M. Largy. On les a dirigés vers cette solution-là parmi d’autres. »

Infractions au règlement

L’entreprise mentionne également avoir consulté la Ville à propos de ses exigences de consultations. « Comme la Ville de Sutton n’a pas adopté un processus de consultation publique spécifique aux systèmes d’antennes de radiocommunication, le processus de consultation publique par défaut d’Innovation, Sciences et Développement économique Canada (ISDE) s’applique. »

Contrairement à ce qu’affirme l’entreprise, Sutton a adopté, en 2015, le règlement 235 relatif au protocole pour l’implantation de systèmes d’antennes.

« Rogers a de son propre chef entrepris une démarche de consultation conforme à ISDE, souligne M. Largy. Il a envoyé des avis aux personnes telles que l’agence fédérale l’exige. Ce qu’il ne savait pas, c’est que la Ville a un processus de consultation. Quand la Ville a reçu le document, on les a tout de suite avisés qu’il y avait un règlement sur la consultation et on leur demandait de respecter le règlement sur la consultation publique pour des équipements de télécommunication. On leur a envoyé copie du règlement à la fin de la semaine du 3 février. »

Le règlement dans son ensemble n’a pas été respecté. Par exemple, puisque la Ville n’est pas favorable au site choisi, Rogers devait tenir une assemblée de consultation publique 15 jours avant le 2 mars, en vertu du règlement municipal. Le promoteur devait aussi fournir un document expliquant pourquoi les sites déjà existants, comme le clocher de l’Église catholique, ne font pas le travail.

« La Ville a demandé à Rogers de respecter son règlement », évoque le directeur général. Rogers n’a pas donné suite.

L’entreprise n’a pas répondu aux questions de La Voix de l’Est, se contentant de répondre que « nous avons à cœur d’offrir une expérience sans fil fiable et uniforme à tous nos clients et nous cherchons à améliorer notre réseau pour ceux situés à Sutton, écrit par courriel la chef des affaires publiques, Caroline Phemius. Nous travaillons toujours avec les communautés locales pour nous assurer que nos services, nos équipements et notre conception répondent à leurs besoins. »