Guillaume Gilbert et Tyler Harrison-Tremblay ont créé ensemble leur marque de vêtements THT Legacy, comprenant des collections et du sur-mesure.
Guillaume Gilbert et Tyler Harrison-Tremblay ont créé ensemble leur marque de vêtements THT Legacy, comprenant des collections et du sur-mesure.

THT Legacy: « Travailler la mode d’un angle positif » 

Billie-Anne Leduc
Billie-Anne Leduc
La Voix de l'Est
Amoureux de la mode et de l’un et l’autre, Tyler Harrison-Tremblay et Guillaume Gilbert ont lancé vendredi leur mini-collection de vêtements haute couture pour femmes sous l’étiquette THT Legacy — un héritage vestimentaire inspiré des cultures à travers le monde et des années 50, où tous les créateurs s’impliquent dans le processus.

Les deux Granbyens, fiancés depuis 2015, rêvent depuis cinq ans de lancer leur propre ligne de vêtements, qui comprendrait un service de sur-mesure et des collections saisonnières. Ainsi, quoique le nom THT Legacy existe déjà depuis quelques années en tant que service privé pour du sur-mesure, Tyler et Guillaume, qui résident aujourd’hui à Montréal, lancent officiellement leur compagnie, auréolée d’une « POP UP » collection de trois looks, disponibles sur le nouveau site Web thtlegacy.com.

Tyler, c’est les mains, le doigté, le dessinateur, l’esprit frivole, le rêveur. Guillaume, lui, le ramène sur terre, mais touche aussi à d’autres formes de création : stratégies visuelles, direction photo, design graphique, marketing, gestion.

« On nous a déjà dit : “Continuez de vous chicaner, ça fonctionne”. On forme une bonne équipe. Nos expériences sont complémentaires », dit Tyler, âgé de 28 ans.

Dans les coulisses

Malgré l’expérience significative acquise dans l’industrie de la mode, une ombre planait au-dessus du travail de Tyler et de Guillaume.

Un esprit de compétition négatif les a fait questionner, chacun de leur propre côté, sur leur désir de rester dans l’industrie. Sans vouloir nommer de personnes ou d’environnement précis, ils déplorent la fermeture d’esprit de certains designers et d’artistes québécois.

« Ce n’est pas un milieu doux, gentil. Les plus vieux ont une façon de voir les choses qui fait en sorte que pour rester au top, ils doivent étouffer ceux en dessous », se désole Tyler.

« Si l’environnement de travail n’est pas sain, ça ne vaut pas la peine, poursuit Guillaume. On s’est dit que, si on est pour faire une marque de mode, on veut faire en sorte que les gens qui travaillent avec nous vont se sentir bien tous les jours. »

« On veut créer notre propre place où travailler la mode d’un angle positif, ajoute Tyler. Dans la façon qu’on crée, qu’on échange avec les mannequins, les photographes. »

Des valeurs de base fondées sur le respect, sur l’écoute de l’autre, et surtout, sur l’écoute du corps de la femme.

« C’est un travail d’équipe. On ne veut pas que personne soit brimé dans son élan créatif. Ça enrichit le projet final. » Ainsi, coiffeuses, photographes, mannequins ont tous leur mot à dire.

Inspiration voyages

Parce qu’il en avait un peu ras le bol du milieu, et pour gagner sa vie, Tyler est devenu agent de bord pour Air Canada en 2017.

« Le voyage est ma plus grande source d’inspiration. J’adore voir d’autres cultures, j’aime voir du nouveau, tout le temps. Voir, goûter de nouvelles choses, ça fait partie de mon processus de création. »

Lorsqu’on lui demande un top trois des pays qui l’ont inspiré, Tyler a du mal à choisir.

Le Japon, et « sa culture dépaysante », la mer de Tel-Aviv en Israël et Hawaï ont ainsi tous une petite part à jouer dans les vêtements créés par Tyler.

Comme cet emploi lui permet de ne travailler que 12 jours par mois, il a du temps pour ses propres créations.

Parce que, malgré sa sortie de l’industrie, Tyler n’a jamais arrêté.

« La première année que j’étais agent de bord, j’en ai moins fait. Je devais respirer. Mais j’ai réalisé que ça fait partie intégrante de moi depuis que j’ai trois ans. Je ne peux pas arrêter. »

Ainsi, tout en voyageant à travers le monde, Tyler a eu quelques clientes privées pour du sur-mesure. Petit à petit, le nom s’est transmis, et les deux hommes ont décidé qu’il était temps de lancer leur propre marque.

L’héritage

« Guillaume a eu l’idée qu’on allait créer un univers dans lequel notre marque a toujours existé », avance Tyler.

À l’époque, un vêtement pouvait traverser les générations. Une tradition qui s’est perdue aujourd’hui, où la surconsommation prime sur la qualité, et où il est rare de léguer à ses enfants une robe, un jeans, un vêtement de fabrication minutieuse, fait remarquer Tyler.

« C’est un bagage, une histoire que tu amènes avec toi, que tu donnes à la génération suivante. Pourquoi ne pas créer quelque chose avec l’histoire, le passé, et le propulser dans l’avenir? C’est comme une recette de famille. Elle se transmet et se transforme avec les générations, mais ça reste quand même les meilleurs muffins au monde! », image Tyler.

Le sur-mesure, ajoute Guillaume, est un travail immense et nécessite de la minutie.

Le service sera toujours disponible, en personne ou par visioconférence, auprès de THT Legacy.

En plus de la « POP UP » collection, une collection saisonnière printemps-été 2021 sera lancée l’an prochain, et une à l’automne-hiver 2021-2022.

Une sensibilisation doit être faite, croient les deux hommes, en ce qui concerne l’industrie des vêtements.

« On valorise beaucoup l’achat local, ces temps-ci, et bien, c’est un autre exemple. Oui, le vêtement de qualité, fabriqué par un créateur d’ici, va coûter plus cher que chez H & M ou une autre production massive, mais imaginez tout le travail, la créativité derrière. Si on prend soin d’un vêtement, s’il est de bonne qualité, il peut traverser le temps. C’est un univers qui a mille richesses à faire découvrir. »

Une collection « POP UP » de trois looks est maintenant disponible, et bientôt une collection printemps-été 2021 et une automne-hiver 2021-2022.

Pour l’instant, seule la mode féminine est dans la mire des deux Granbyens. Ils comptent également collaborer avec d’autres créateurs québécois, par exemple pour les accessoires.

« Au lieu de rabaisser ce que les autres font, on veut le célébrer. Créer la communauté positive de la mode qu’on n’a pas pu avoir. »

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LE CORPS DE LA FEMME DANS SES FORMES RÉELLES

Malgré le lancement de collections, THT Legacy désire rester dans le domaine du sur-mesure.

Lorsqu’une cliente rencontre Tyler parce qu’elle a un bal, un mariage, un événement caritatif, ou simplement envie d’un morceau unique, ce dernier lui demande : « quelle partie de ton corps tu préfères? »

Puis, il travaille à partir de cette partie du corps qui met la femme en confiance, comme son cou ou ses mains, car lorsque celle-ci se sent biein,  cela paraît dans sa manière de se comporter, dit le designer.

« Il n’y a pas deux corps au monde pareils. L’idée que dans la vie, il n’y a que du S, M, L, XL, c’est faux. Un vêtement qui te fait à toi, ça influence comment tu le portes, comment tu te comportes. Ce qu’on m’a déjà dit, et qui m’a touché, c’est que je comprends le corps de la femme dans ses formes réelles. »

Ainsi, la forme, le flow, les lignes, la féminité et les patrons des années 1950 l’ont toujours fasciné.

« Parfois, Tyler prend un vieux patron d’archives et va le moderniser. C’est un héritage qu’on actualise », dit Guillaume.

Diversité des mannequins

Les mannequins sont choisies en fonction de leur unicité, de leur personnalité et de leur beauté singulière — non pas pour répondre à un standard. 

Plusieurs ont écrit aux deux hommes des messages de remerciement, leur disant qu’elles se sont senties bien dans leur corps, et non pas rabaissées.

Tyler a même bricolé deux cerceaux faisant office de salle d’essayage portative, puisque plusieurs mannequins doivent habituellement se débrouiller pour se changer dans la rue et les endroits publics. 

« Beaucoup de créateurs dessinent l’imaginaire, mais qui ne se traduit pas dans le vrai corps humain, dit Tyler. Je me vois comme un architecte. Je dessine le rêve, oui, mais ma fondation c’est le corps de la femme. Je dessine comment un vêtement peut être flatteur. »

Bref, la diversité de l’âge et de la taille est valorisée.

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UN PARCOURS HIGH-CLASS

Tyler Harrison-Tremblay n’en est pas à ses balbutiements dans le milieu de la mode. Diplômé du Cégep Marie-Victorin en 2013, il a ensuite été recruté par la designer québécoise Marie Saint Pierre, avec qui il a goûté au haut de gamme et aux étapes de la production.

Puis, en 2014, il est parti pour Londres, où il devait étudier au London College of Fashion, mais en raison d’un problème de visa, le designer granbyen a plutôt travaillé en évènementiel. 

Défilé de Victoria’s Secret et de Ralph Lauren, soirées de charité à plus de 1 million $, soirées pour la famille royale, travail au Bulgari London Hotel, les occasions n’ont pas manqué à Tyler de côtoyer la haute société, et d’en observer les rouages.

À son retour, il a continué de travailler avec de grands noms, notamment pour Les Ateliers à Façon (qui n’existent plus), fondés par Chantal Malboeuf.

« C’est moi qui développais les prototypes pour des designers québécois. Par exemple, Melissa Nepton, Unttld, Philippe Dubuc et Annie Horth, l’ancienne styliste de Céline Dion. »

Par ailleurs, de sa propre initiative, en 2014, il a dessiné, cousu et fabriqué une robe en faux cuir de serpent couleur cerise spécialement pour Lady Gaga, et lui aurait envoyée par l’entremise d’un contact.

Il n’a jamais eu de nouvelles...

Puis, en 2015, il a travaillé sur une robe portée par Anne Dorval au Festival de Cannes où l’actrice accompagnait Xavier Dolan.

« Elle l’a su trois jours d’avance. On a fait une robe en trois jours. Je n’ai pas dormi. »

Guillaume Gilbert, né à Cowansville en 1995, a orienté ses études vers la commercialisation de la mode. 

Préférant l’aspect tangible et tout ce qui suit la fabrication du vêtement, il a fait des stages notamment pour SSense et Dress to Kill, en plus d’avoir été mannequin amateur. Il travaille aujourd’hui pour le groupe Aldo international, pour lequel il est  touche-à-tout.