Le parc de maisons mobiles situé à côté de NRC Industries, à Saint-Paul-d’Abbotsford, a été vendu à l’entreprise cette semaine.

Terrain vendu à NRC Industries: des résidents sont inquiets

Les citoyens d’un parc de maisons mobiles sont inquiets du sort qui les attend. Après des années sans eau potable, voilà que la propriétaire Solange Loiselle a vendu son terrain à l’entreprise voisine, NRC Industries, ce qui place les propriétaires de maisons mobiles qui y louent un terrain dans l’incertitude.

La vente a été conclue en début de semaine. Puis, l’annonce a été faite par courrier aux propriétaires des 29 maisons. Mme Loiselle les informait que, pour toute demande ou question, ils devaient contacter Stéphane ou Sylvain Pigeon, copropriétaires de NRC Industries.

« J’ai eu un appel de quelqu’un qui était intéressé à acheter, confie Mme Loiselle. Ce n’était pas à vendre. Il y a des occasions qui arrivent dans la vie où c’est mieux pour tout le monde. »

Elle n’avait aucune idée des plans des nouveaux propriétaires, mais pour elle, il s’agit d’un soulagement. « Avec tous les problèmes qu’il y avait, j’avais l’impression de gérer un organisme à but non lucratif. »

Les problèmes d’eau potable, qui est jugée impropre à la consommation depuis 2012 en raison d’un taux anormal d’arsenic et de plomb, n’étaient pas sur le point d’être réglés, ajoute Mme Loiselle.

Stationnements

Si La Voix de l’Est n’a pas été en mesure de s’entretenir avec MM Pigeon ou toute autre personne chez NRC Industries, une citoyenne a réussi à parler à Stéphane Pigeon.

Elle est loin d’être rassurée au terme de cette conversation. La dame, qui n’a pas souhaité être identifiée, avait l’impression que l’achat était un coup de tête et que l’avenir était tout aussi incertain pour les nouveaux propriétaires.

M. Pigeon a toutefois signifié le désir de l’entreprise de faire un stationnement sur les premiers lots, du côté de l’usine, et que des décisions seraient prises durant la semaine.

La propriétaire d’une maison mobile croit que les plaintes successives de certains citoyens de la rue contre le bruit de l’usine pourraient avoir mené à cette transaction.

Elle craint par ailleurs que le côté de la rue qui longe l’usine et la cour de l’entreprise puisse être évincé pour cette raison.

« Mon chum est tellement à l’envers parce qu’il n’y a pas de place. On est allé voir plusieurs terrains en 2015, personne ne veut avoir un parc de maisons mobiles. La Ville n’a pas de terrain de secours pour nous. »

Pas de place où déménager

Martin Francoeur a acheté sa maison mobile il y a deux ans. Il vit aussi de l’inquiétude face à l’avenir. « On a tous peur d’être expulsés, confie-t-il. Je suis inquiet, c’est sûr et certain. Je viens d’acheter la maison et j’aime le coin. J’ai fait des recherches et il n’y a pas de terrains ailleurs pour nos maisons mobiles. »

Il a vérifié l’an dernier, quand de premières rumeurs de vente à un promoteur étaient venues à ses oreilles, du côté de Brigham, Shefford et du camping Bon-jour, à Granby, et aucun parc n’avait d’espace pour de nouvelles maisons.

Une dame qui n’habite pas très loin de chez lui s’apprêtait à acheter la maison qu’elle loue. « Si la banque sait que le terrain a été vendu, ça va peut-être bloquer les démarches », croit-elle. Et chose certaine, elle ne la déménagera pas puisque la structure est vieillissante.

« On se retrouve tous le bec à l’eau... Comme ça se peut qu’il ne se passe rien », glisse-t-elle avec un brin d’optimiste.

« C’est très dur »

Plusieurs citoyens habitent cette rue privée depuis plus de 30 ans. « S’ils nous expulsent, où on va mettre nos maisons ? , se questionne l’un d’eux. Il y a de la place nulle part. À mon âge, ce n’est pas évident ! »

« Je suis un peu pas mal nerveux, ajoute un autre résident de longue date, Rémi Desjardins. Peut-être que ça va bien aller, peut-être que non. Ils sont censés nous envoyer une lettre pour nous parler de notre avenir. Quand ça fait des années qu’on est ici, ça fesse. C’est très dur. À l’âge que je suis rendu, je ne peux pas juste attacher ma maison et partir de même. »

Une des pionnières du quartier, Rosanne Michel, ne veut pas s’emporter trop rapidement, même si elle s’avoue inquiète. Elle ne sait pas où elle pourrait déménager si elle avait à quitter les lieux.

Restriction au droit d’éviction

Le bail d’un terrain pour une maison mobile est soumis aux mêmes lois et règlements que pour un bail de logement, indique Denis Miron, responsable des relations avec les médias à la Régie du logement.

Le propriétaire du terrain peut évincer les locataires s’il veut en changer l’affectation. Les locataires peuvent contester l’éviction et le locateur doit démontrer qu’il changera réellement l’affectation du terrain.

Si NRC Industries a bel et bien l’intention d’évincer ses locataires, il doit les aviser au moins six mois avant la date de reprise ou de l’éviction puisque les baux sont à durée indéterminée.

« Cependant, il existe une restriction au droit à l’éviction, précise M. Miron. Ainsi, le locateur ne peut évincer un locataire lorsque ce dernier ou son conjoint, au moment de l’éviction, est âgé de 70 ans ou plus, occupe le logement depuis au moins 10 ans et dont le revenu est égal ou inférieur au revenu maximal lui permettant d’être admissible à un logement à loyer modique selon le Règlement sur l’attribution des logements à loyer modique. »