La CPTAQ doit rendre sa décision finale concernant le projet de terminal ferroviaire d’ici le 23 novembre.

Terminal ferroviaire à Brigham: la CPTAQ fait volte-face

Le projet du terminal Brigham, qui doit voir le jour sur un site de 23 hectares en bordure de la route 139, vient de franchir une étape cruciale. Après s’être montrée a priori défavorable à l’initiative, la Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ) s’est finalement rangée derrière les arguments de la MRC Brome-Missisquoi.

À l’origine, la demande prévoyait l’exclusion du vaste site de la zone verte. Ce que la Commission a refusé. La CPTAQ a décidé de jouer de prudence en trouvant une nouvelle avenue pour permettre au projet de cheminer.

«Après avoir pris en considération l’ensemble des éléments au dossier [...], la Commission prévoit toujours refuser la demande d’exclusion, mais autoriser la demande d’usage autre qu’agricole et l’aliénation du site visé», peut-on lire dans «l’avis de modification de l’orientation préliminaire» de la CPTAQ. 

C’est avec soulagement que le directeur général adjoint et directeur du service de la gestion du territoire à la MRC, Francis Dorion, a accueilli ce changement de cap.

«Après deux ans de travail, c’est une excellente nouvelle. Ça va nous permettre d’enclencher les prochaines étapes. Les entreprises concernées attendent aussi avec grand intérêt le dénouement dans le dossier, qui aura d’énormes retombées dans la région.»

En fait, le projet, dont le budget global devrait osciller entre 15 à 20 millions $, a plusieurs ramifications au plan économique. À terme, l’initiative devrait permettre de créer près de
200 emplois et générer des revenus de taxation de l’ordre de
120 000$ à Brigham. 

Le potentiel attractif de la municipalité pourrait également s’accroître.

«On a une zone blanche prête à développer. Mais, comme le propane est juste en face, on ne permet pas à un promoteur de le faire. Le projet de terminal dégagerait le secteur pour nous permettre de construire plusieurs unités», a mentionné le maire de Brigham, Steven Neil.

Transbordement

De son côté, le maître d’œuvre de l’initiative, Bourque Métal, veut notamment aménager sur le site le seul centre de transbordement ferroviaire dans la MRC Brome-Missisquoi, qui nécessiterait à lui seul un investissement avoisinant deux millions $.

«On est très contents de cette réponse. Ça nous permet de faire un grand pas en avant. Il y a un travail colossal fait par les intervenants auprès de la CPTAQ et on veut continuer de bien faire les choses», a indiqué le directeur des projets spéciaux pour l’entreprise œuvrant dans le recyclage de produits métalliques, Guy Breton.

Si tout se passe comme prévu, la nouvelle entité Bourque Transit devrait amorcer des activités de transbordement à petite échelle sur les terrains de la compagnie dès le printemps. 

On voit ici un plan préliminaire du projet.

Sécurité

L’aspect sécuritaire est la pierre angulaire du projet. À ce chapitre, un des points majeurs tient au fait que les propriétaires de Gaz Propane Rainville, dont l’entreprise est établie au centre-ville de Granby, envisagent d’y regrouper leurs activités. De plus, on prévoit éloigner à plus de 500 mètres des résidences et de la route 139 les infrastructures liées au propane (Terminal Brigham, Propane Rainville et Rapid Gaz). 

La direction de Gaz Propane Rainville s’est toutefois faite avare de commentaires mardi. Le déménagement de l’entreprise à Brigham a bien été évoqué, a opiné le directeur général de la PME, Jean-Pierre Gaudreau. Mais il s’agit là d’un projet qui pourrait se concrétiser à long terme et qui entraînera des coûts importants. Il pourrait donc être tributaire de subventions, a-t-il laissé entendre.

Une enquête exhaustive a déjà été réalisée pour s’assurer qu’il s’agit du site le plus propice à un tel projet. « Sur les 350 lots examinés, six ressortent dans différentes municipalités de la MRC (Lac-Brome, chemin Scott, Bolton, etc.) [...] toutefois, ils ne répondent pas aux critères capricieux (500 mètres des résidences, voie ferrée, voie publique, etc.), mais raisonnables et défendables. Le site optimal est le site visé », ont plaidé devant la CPTAQ les représentants de la MRC.

Le dossier a également d’importants liens sur le plan de la sécurité publique à Bromont. Rappelons que des dizaines de wagons contenant des produits hautement explosifs, entre autres du propane, stationnés tantôt derrière l’école de la Chantignole à Bromont, tantôt au cœur d’un quartier domiciliaire, font craindre le pire aux résidants du secteur depuis des années. Le regroupement de ces wagons sur le site de Brigham permettrait de dénouer l’impasse.

« Les instances municipales ne veulent et ne peuvent plus attendre pour régler le problème et le statu quo n’est pas acceptable. Les conséquences sont lourdes », peut-on lire dans le récent avis de la Commission. 

Francis Dorion, directeur général adjoint et directeur du service de la gestion du territoire à la MRC Brome-Missisquoi

Le maire de Bromont, Louis Villeneuve, qui préside également l’Alliance du corridor ferroviaire Estrie Montérégie, abonde dans le même sens.

« Sécurité. On ne le répètera jamais assez. Le récent déraillement de train [à Bolton-Ouest] en est la preuve. Ça aurait pu tourner à la tragédie. On doit remettre les rails en état et le projet de terminal doit se réaliser. C’est incontournable », a indiqué M. Villeneuve.

La CPTAQ doit rendre sa décision finale dans le dossier d’ici le 23 novembre. Toute personne ou organisation qui souhaite soumettre des observations à la Commission peut le faire avant la date butoir.


— Avec la collaboration de Marie-France Létourneau