Les vignerons sont sur le pied de guerre. Depuis plus d’une semaine, ils se démènent afin de protéger leurs vignes du froid polaire annoncé cette fin de semaine. L’abondante neige au sol rend cependant le travail difficile dans les champs.

Temps durs pour les vignerons

Les vignerons sont sur le pied de guerre. Depuis plus d’une semaine, ils se démènent afin de protéger leurs vignes du froid polaire annoncé cette fin de semaine. L’abondante neige au sol rend le travail difficile dans les champs. Aux différents domaines viticoles de la région contactés par La Voix de l’Est, l’huile de bras est requise et tout le monde est mis à contribution.

À L’Orpailleur, sur le chemin Bruce, à Dunham, c’est du jamais vu. « Cela fait deux ans que le mois de novembre n’est pas à notre avantage, indique Charles-Henri de Coussergues, copropriétaire du vignoble. En 37 ans, je n’ai pas le souvenir d’en avoir arraché autant que cette année. »

Au moment d’écrire ces lignes, vendredi, des bourrasques de neige étaient en vigueur dans la région, alors que plusieurs vignerons étaient encore dans les champs afin de protéger le plus de plants possible. Comme si les dizaines de centimètres de neige des derniers jours n’avaient pas suffi.

C’est la course contre la montre. Tout le monde travaille dès 6 h le matin et continue la nuit, les équipes étant éclairées par les phares des tracteurs.

« Pour travailler, avec la neige et le froid, c’est l’enfer », lâche à l’autre bout du fil M. de Coussergues, prenant une pause pour changer de bottes — « J’ai les pieds gelés ! » — avant de repartir aider son équipe.

« On est habillés comme le bonhomme Michelin, image-t-il. Avec les mitaines, on perd en dextérité, ça va beaucoup moins vite. »

Chacun s’affaire à enlever la neige, tailler la vigne pour pouvoir ensuite placer les toiles géotextiles qui permettront de protéger les bourgeons, soit les futurs raisins. À L’Orpailleur, même les souffleuses à feuilles sont réquisitionnées. « Avec 30 cm de neige entre les vignes, il faut être imaginatif », note M. de Coussergues.

«On est habillés comme le bonhomme Michelin! Avec les mitaines, on perd en dextérité, ça va beaucoup moins vite», explique Charles-Henri de Coussergues, propriétaire du vignoble de L’Orpailleur, à Dunham.

Vignes sensibles

Ce sont surtout les vignes les plus sensibles qui font stresser les vignerons. On parle ici des raisins de la famille vitis vinifera, variété qui est à la base des vins les plus reconnus, soit les chardonnay, pinot noir et autre cabernet sauvignon. Ces variétés européennes ont été adoptées ces dernières années par de plus en plus de vignerons de la région.

Selon M. de Coussergues, « la plante ne peut pas prendre -18 degrés et moins [NDLR : Vendredi, Environnement Canada annonçait -20 degrés à Frelighsburg pour samedi soir]. À cette étape, elle n’est pas en dormance, car elle contient encore de la sève, ce qui la rend fragile ».

Les plants semi-rustiques sont moins à risque. Les variétés seyval et vidal peuvent notamment résistées à des températures de -22 degrés, selon M. de Coussergues.

S’il lui restait encore 22 kilomètres de toile géotextile à poser au cours des prochains jours, le propriétaire de L’Orpailleur et son équipe espéraient avoir fini de protéger les plants les plus sensibles vendredi soir.

« On en a encore pour huit à dix jours dans les champs », prévoit-il.

Au vignoble du Ruisseau, réputé pour ses investissements importants et le chauffage géothermique de ses plants, tout le personnel a aussi dû être mis à contribution.

C’est une véritable course contre la montre dans les vignobles de la région. Chacun s’affaire à enlever la neige, tailler la vigne pour pouvoir ensuite placer les toiles géotextiles qui permettront de protéger les bourgeons, soit les futurs raisins.

« Ça a nécessité des heures de fou !, reconnaît Jonathan Gauvin, directeur de production du domaine. On a dû travailler d’arrache-pied pour arriver à temps. »

Depuis une semaine et demie, « c’est tout un branle-bas de combat », ajoute-t-il.

Après avoir protégé leurs cabernet sauvignon et merlot — « celles-ci, il faut les bichonner un peu plus » —, cela a été le tour des chardonnay, pinot, riesling et gewürztraminer.

Vendredi, le pire était passé et leurs cinq hectares de vitis vinifera étaient protégés par des toiles géotextiles. Mais tout de même. « Pour un début novembre, c’est assez extrême. »

Neige

Au domaine des Côtes d’Ardoise, le plus vieux au Québec, c’est la même rengaine. Ici, on protège les plants de deux façons : en les buttant — on protège le bas du plant de vigne avec de la terre — ou avec le géotextile.

« Le vignoble n’est pas du tout butté », constate Henry-Alain Drocourt, le nouveau directeur général du domaine.

Comme d’autres, l’arrivée précoce de la neige les a pris de court. « Avec la neige, le travail est beaucoup plus lent, et les journées ont raccourci », relève M. Drocourt.

Toutefois, ses vignes les plus fragiles sont protégées depuis mercredi par une toile.

À L’Orpailleur, ils sont 12 à travailler dans les champs. Tous les employés donnent un coup de main. « Pour bien faire, il faudrait être le double », note toutefois M. de Coussergues.

Travailleurs mexicains

Plusieurs vignobles embauchent des travailleurs mexicains, et ce, depuis plusieurs années.

Par exemple, cinq Mexicains travaillent aux Côtes d’Ardoise d’avril à décembre, neuf à l’Orpailleur de fin octobre à fin novembre, et dix Mexicains travaillent plusieurs mois au vignoble du Ruisseau.

« Quelques-uns sont avec nous depuis plusieurs années, mais pour d’autres, c’était la première fois qu’ils voyaient de la neige. Ça a été pour eux tout un baptême ! », raconte M. Gauvin.

Sur ce domaine, même les menuisiers, paysagistes et mécaniciens ont mis la main à la pâte.

Changements climatiques

Selon M. de Coussergues, l’arrivée soudaine de l’hiver depuis deux ans est un autre signe de l’évidence des changements climatiques.

« Dame nature nous remet en place, dit-il d’un ton philosophe. C’est inquiétant, mais il y a également un bon côté. Ça nous dit d’être plus prudent, et de prévoir par exemple de garder plus de monde avec nous après les vendanges. »

L’année 2019 n’a jusqu’ici pas été particulièrement clémente pour le vin. Plusieurs vignerons ont indiqué à La Voix de l’Est que le printemps pluvieux et un automne qui s’est étiré en longueur n’ont pas permis de tirer le maximum des vignes. Et c’est maintenant le froid et la neige qui leur compliquent la vie.

UNE BONNE ANNÉE MALGRÉ TOUT ?

L’année 2019 n’a jusqu’ici pas été particulièrement clémente pour le vin. Plusieurs vignerons ont indiqué à La Voix de l’Est que le printemps pluvieux et un automne qui s’est étiré en longueur n’ont pas permis de tirer le maximum des vignes.

Pour plusieurs, les vendanges ont été retardées. C’est notamment le cas du domaine Léon Courville, à Lac-Brome, où elles ont été bouclées le samedi 9 novembre, ce qui est là-bas une semaine plus tard que la normale.

«Comme des raisins étaient encore verts, on a voulu attendre», explique Anne-Marie Lemire, copropriétaire du vignoble.

Vendredi, 20 personnes s’affairaient à protéger les vignes. Mme Lemire a placé des annonces partout afin de trouver du personnel et accélérer ces opérations d’hivernage. Selon elle, c’est la dernière année que cela se passe ainsi.

«On s’est fait prendre les culottes baissées, mais on ne se fera plus prendre à l’avenir», assure-t-elle.

Au Domaine des Côtes d’Ardoise, elles ont été terminées trois semaines avant, ce qui est déjà tard. «Avec la météo de cette année, la maturité du raisin a été plus lente», explique Henry-Alain Drocourt, directeur général.

De bon augure

Dans les cuves, cependant, les premiers indicateurs semblent positifs. «La fermentation n’est pas terminée, mais cela s’annonce assez bien, indique Mme Lemire. Et nous avons beaucoup de raisins cette année.»

Du côté du vignoble biologique Côte des Limousins, à Roxton Pond, la copropriétaire Chantal Gareau note que, malgré un bon taux de sucre, l’acidité est très haute cette année. «Il faudra travailler plus fort au niveau de la vinification», prévoit-elle.

Cependant, elle s’en est bien sortie grâce à ses variétés rustiques, comme le frontenac et le sabrevois, qui sont plus résistantes au froid. «Nos vignes ont bien aoûté [NDLR : quand il n’y a plus de végétation et que la vigne se transforme en bois] cet automne, et les plants sont en dormance. Je n’anticipe aucun problème.» Elle aussi peut donc dormir tranquille.

Au vignoble biologique Les Pervenches, à Farnham, les tests des premiers jus, dans le chai, sont également encourageants. «Nous avons quand même eu beaucoup de volume», tempère cependant Véronique Hupin, coproprétaire des Pervenches. «La fermentation est bien avancée, ça se présente comme un beau millésime.»

Pour information, le vignoble Léon Courville cherche du monde pour compléter ses opérations d’hivernage à Lac-Brome. Les personnes intéressées peuvent prendre contact avec le vignoble.