Les antennes pour les technologies 4G et 5G peuvent être installées sur les toits.
Les antennes pour les technologies 4G et 5G peuvent être installées sur les toits.

Téléphonie cellulaire 5G: Sutton, première ville au Canada à demander un moratoire

Cynthia Laflamme
Cynthia Laflamme
Initiative de journalisme local - La Voix de l'Est
Les élus de Sutton demandent au gouvernement fédéral de déclarer un moratoire sur l’implantation de la technologie cellulaire 5G jusqu’à ce qu’un consensus scientifique prouve qu’elle n’est pas nuisible ni à la santé ni à l’environnement. La Ville est la première à adopter une telle résolution au Canada, selon le regroupement citoyen Stop 5G Sutton.

Cette résolution est une étape de plus dans le combat que mènent des Suttonnais.

Marie Lucie Vachon milite depuis 2013 contre les technologies qui utilisent les rayonnements électromagnétiques.

À l’époque, Hydro-Québec commençait à remplacer les compteurs résidentiels par des compteurs intelligents. Certaines personnes, comme Mme Vachon, ont ressenti des effets sur leur santé. Dans son cas, il était question d’insomnie, d’agitation, de perte de concentration et d’étourdissements.

Selon elle, environ 3 % de la population canadienne vit avec des symptômes graves reliés à l’hyperélectrosensibilité, tandis que 35 % des Canadiens ont des symptômes modérés. Ces statistiques ont été compilées avant l’arrivée de la technologie 4G.

Les symptômes de Mme Vachon sont aujourd’hui limités grâce aux changements qu’elle a faits chez elle — notamment en revenant à un compteur électrique d’ancienne génération.

Son combat s’est poursuivi quand d’autres citoyens et elle ont constaté la construction des bases de bétons pour une tour de 60 mètres, que Bell Mobilité voulait implanter dans Sutton Junction pour la technologie 3G.

« On s’est opposés, se souvient Mme Vachon. Après presque deux ans d’opposition, l’entreprise a renoncé à ce projet de tour. Cette opposition citoyenne a permis, à travers des conférences, d’informer les gens et de montrer de quoi il est question quand on parle d’électromagnétisme. »

Les événements publics ont poussé la population intéressée de lever son bouclier devant l’arrivée de la technologie 4G. Une pétition a d’ailleurs été signée par 344 Suttonnais et déposée au conseil municipal en 2018. Il n’était pas encore question de la cinquième génération du réseau de téléphonie mobile.

Sur les toits

« Les antennes de 4G, on peut les fixer sur des tours, mais aussi sur des édifices. À Sutton, Bell Mobilité a approché il y a quelques mois un propriétaire d’un bâtiment au centre-ville, loué et occupé sur deux étages, rapporte Mme Vachon. La tractation s’est faite avec le propriétaire de l’immeuble puisqu’il était d’accord d’avoir une antenne 4G sur le toit. Dès que les locataires ont vu que les camions étaient là, que ça grimpait sur le toit, que ça montait des câbles, ils se sont adressés à leur propriétaire. Ils lui ont dit qu’ils voulaient rompre leur bail parce que, quand le bail a été signé, le bâtiment était sain et leur santé n’était pas menacée et que, maintenant que la 4G est en train de s’installer, ça ne sera plus la même chose. »

Marie Lucie Vachon, porte-parole du regroupement citoyen Stop 5G Sutton

Les locataires étaient informés des risques que pouvait avoir cette technologie sur la santé, ce qui n’était pas encore le cas du propriétaire. Ce dernier a annulé le contrat puisque l’entreprise ne l’avait pas averti des effets sur la santé.

Puis, le groupe a eu vent du mouvement international contre la 5G. Le regroupement Stop 5G Sutton, dont Mme Vachon est la porte-parole, rejoint les mouvements créés dans 24 pays à travers le monde.

Plus puissant

Les inquiétudes sont alimentées, entre autres, par 170 scientifiques, issus de 37 pays, qui ont adressé une lettre à l’ONU en 2017 demandant un moratoire sur la technologie 5G jusqu’à ce que des études d’impacts sanitaire et environnemental sérieuses et indépendantes soient réalisées.

« Beaucoup de scientifiques étudient le rayonnement électromagnétique sur les insectes et les animaux. La 5G est beaucoup plus puissante que la 4G. L’industrie veut l’implanter dès que possible, sans aucune évaluation préalable quant à ses effets sur la santé. Ces moratoires sont demandés à travers la planète entière. »

Les antennes nécessaires au déploiement de la technologie 5G envoient des ondes plus puissantes, mais à plus courte portée. Il faut ainsi davantage d’antennes que pour le réseau 4G.

Marie Lucie Vachon est fière que les élus aient adopté une résolution pour demander un tel moratoire au gouvernement Trudeau. Avant de prendre position, le conseil avait demandé au regroupement où trouver les informations sur le sujet et, une fois informés, ils sont passés à l’action, selon elle. « On les trouve formidables. »

Nous n’avons pas été en mesure de nous entretenir avec Daniel Martin, le conseiller municipal ayant proposé la résolution.

Détracteurs

Sur le groupe Facebook de Stop 5G Sutton, quelques personnes ridiculisent les articles partagés par les administrateurs et critiquent leurs démarches.

« Je trouve ça très bien, avoue avec candeur Mme Vachon. Bien sûr que tout le monde n’est pas informé de tout ! Ces personnes-là sont précieuses pour nous, alors il faut que je prenne le temps de leur répondre et de les inviter à aller compléter leurs recherches. »

Dans ses communications sur les réseaux sociaux, elle leur propose des liens internet pour qu’elles puissent mieux s’informer.

« C’est évident que les gens qui ne sont pas d’accord avec nous ne veulent pas perdre la possibilité d’avoir une vitesse accélérée sur Internet. Mais nous, ce qu’on dit c’est : à quel prix ? »