Plusieurs producteurs agricoles membres de l’UPA ont manifesté leur désaccord au conseil municipal, mardi soir.

Taxe foncière: une hausse qui fait rugir les producteurs césairois

Le nouveau rôle d’évaluation foncière, qui entrera en vigueur en janvier prochain, fait beaucoup de mécontents à Saint-Césaire. Plusieurs producteurs agricoles membres de l’UPA ont manifesté leur désaccord au conseil municipal, mardi soir.

L’abcès a été crevé dès la première période de questions, en début de séance. Le nouveau rôle d’évaluation fait grimper, en moyenne, la valeur des propriétés agricoles de 84,5 %. Les propriétés résidentielles, pour leur part, ont pris environ 4,6 % de valeur alors que les propriétés industrielles et les multiplex de six logements et plus valent désormais respectivement 4 % et 37,7 % de plus.

Lors du dernier exercice budgétaire, la taxation des propriétés agricoles représentait 18 % des revenus de la municipalité ; avec le nouveau rôle, cette proportion grimpe à 27 %.

Concrètement, les propriétés agricoles étaient évaluées à environ 17 000 $ l’hectare au dernier rôle. L’an prochain, la même superficie aura une valeur de 35 000 $.

Jean-François Ridel, un producteur césairois, s’est inquiété de cette hausse marquée de la valeur des terres agricoles, qui ont un impact significatif sur le compte de taxe foncière. « Chez nous, ça représente 8000 $ de plus à payer, et on n’est pas les seuls », a fait savoir le citoyen, qui avait préalablement rencontré les élus pour aborder la problématique.

D’autres producteurs ont fait valoir qu’ils paient davantage que les autres citoyens pour des services dont ils n’ont pas besoin sur leurs terres et que, ce faisant, ils sont aussi taxés sur leur gagne-pain.

« Pourquoi ne pas hausser le taux de taxe résidentielle puisque ce sont les résidents qui profitent des services ? Les taxes sur nos terres, c’est comme si vous taxiez le fonds de commerce d’un homme d’affaires. Ou si on était en bourse, c’est comme si vous taxiez la hausse du prix de nos actions », a illustré M. Ridel.

Prêts à payer leur juste part

Il a été reconnu mardi que sur les quelque 6000 habitants que compte Saint-Césaire, on retrouve environ 200 producteurs agricoles. Après remboursement du crédit de la taxe foncière agricole par le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec, ceux-ci se départageront une hausse totale de 73 000 $ en taxes.

« Réparti également, ça représente une hausse de 3500 $ par producteur, donc c’est 3500 $ de moins en bénéfice net par ferme. C’est énorme ! » s’est exclamé un producteur dans la salle. Dans les faits, le calcul fait plutôt état d'environ 365$ par producteur.

Présent à titre de producteur laitier, Yvon Boucher, également un ancien maire de la municipalité, a plaidé pour l’équité. « Nous sommes prêts à payer notre juste part, mais nous ne voulons pas être une minorité à payer pour une majorité. On ne veut pas que vous vous serviez du monde agricole pour financer la municipalité : il faut conserver un équilibre », a-t-il affirmé.

« La manière dont nos terres sont évaluées ne tient pas compte de leur valeur réelle, a poursuivi le président des Producteurs de lait de la Montérégie-Est. Si on se rachetait à la valeur qu’on vaut, on ferait tous faillite. On vend nos terres de génération en génération, pour le quart du prix, pour continuer d’exister. »

Compromis

Le maire Guy Benjamin s’est montré ouvert aux doléances des producteurs agricoles, mais n’a pas pu leur faire de promesse.

« On travaille actuellement sur le budget [pour l’année 2019]. Depuis qu’on est en place, c’est probablement le budget le plus difficile qu’on a eu à faire en huit ans. Les décisions sont difficiles à prendre », a-t-il déclaré en séance.

Plusieurs projets devront être retardés, alors qu’on a demandé à tous les services municipaux de « couper dans le gras » afin d’équilibrer le tout.

Des producteurs agricoles ont réclamé une diminution du taux de taxation de leurs propriétés, ou bien une augmentation de la taxe sur les propriétés résidentielles. Le maire a toutefois refusé net cette deuxième option. « Il n’en est pas question », a-t-il dit.

« Le citoyen, contrairement à vous, n’a pas accès à un programme de remboursement sur une partie de son compte de taxes. Si on augmente trop les taxes foncières, les gens ne viendront pas vivre ici. Ils vont s’établir à Rougemont, à Saint-Paul ou à Ange-Gardien, mais ils vont venir ici utiliser nos services », a poursuivi le magistrat, qui se penchera toutefois sur la possibilité d’établir un taux de taxation distinct pour moins pénaliser les producteurs.

Le maire Guy Benjamin s’est montré ouvert aux doléances des producteurs agricoles, mais n’a pas pu leur faire de promesse.

Et si jamais le conseil accepte de réduire les taxes des agriculteurs, ceux-ci ne doivent pas s’attendre à ce qu’elle revienne au même niveau qu’il y a dix ans. « On ne peut pas vous baisser à 50 sous du 100 $ d’évaluation », a prévenu l’élu.

« Si on coupe dans nos revenus, il faut trouver l’argent ailleurs ou mettre des projets de côté. Tout le monde doit mettre la main à la pâte, ce sont des projets pour l’ensemble de la population », a-t-il ajouté.