Sani-Éco a modernisé son centre de tri, à Granby, pour faire face à la crise du recyclage.
Sani-Éco a modernisé son centre de tri, à Granby, pour faire face à la crise du recyclage.

Taux de rejet en hausse: Brome-Missisquoi et Sani-Éco s’entendent

Cynthia Laflamme
Cynthia Laflamme
Initiative de journalisme local - La Voix de l'Est
Les municipalités de Brome-Missisquoi ainsi que Bolton-Est et Saint-Étienne-de-Bolton se sont entendues avec Sani-Éco, qui assure leur collecte de matières recyclables, après quelques mois de négociation. Au cœur du litige : un taux de rejet important provoqué par la crise dans le milieu du recyclage et l’empaquetage des matières les unes dans les autres par des citoyens.

Alors que le taux de rejet était autour de 10 % auparavant, il est soudainement monté à 37 %, en décembre 2019. Par conséquent, la facture pour les 21 municipalités de Brome-Missisquoi a été corrigée à la hausse. Les maires se sont concertés et s’y sont d’abord opposés.

Durant les négociations entre la MRC et Sani-Éco, qui ont débuté en janvier, «on a compris que les rejets, c’était beaucoup de choses, explique Robert Desmarais, directeur général de la MRC Brome-Missisquoi. De un, il y a encore des gens qui mettent leurs déchets dans le recyclage. Deuxièmement, il y a aussi des matières où il n’y a plus de marché à cause de la crise du recyclage.»

«Et la troisième catégorie, ce sont les lecteurs optiques qui rejettent tous les contenants qui sont empaquetés. Par exemple, une boite de céréales remplie avec du papier et une boite de conserve, ou un Publisac avec les circulaires à l’intérieur. Le lecteur rejette la boite ou le publisac, même si tout est recyclable, parce qu’il est incapable de lire ce qu’il y a à l’intérieur.»

Quelque 1600 tonnes sont envoyées annuellement chez Sani-Éco par les villes et villages de la Brome-Missisquoi.

«Quand ils nous ont dit ça, que l’empaquetage n’était pas accepté sur la ligne de tri de Sani-Éco, tout le monde est tombé en bas de sa chaise parce que tout le monde fait ça pour sauver de l’espace dans son bac.»

«Ça fait 30 ans que Sani-Éco existe, ça fait 30 ans qu’on demande aux gens de mettre leurs produits en vrac dans leur bac, fait savoir Sylvain Gagné, directeur général du centre de tri. Si le monde ne vide pas leur Publisac, il s’en va maintenant dans le rejet à cause des lecteurs optiques, à cause des nouveaux robots. Il y a une éducation à faire auprès des citoyens que les villes vont devoir faire.»

Hauts standards de qualité

Sani-Éco a modernisé ses équipements, en 2018, afin de faire face à la crise du recyclage. Avant la crise, la Chine puis l’Inde acceptaient les ballots de recyclage de moindre qualité avec des matières autres qui se retrouvaient parfois dans les ballots.

Leurs normes ont changé et le marché s’est fermé. Maintenant, les seuls acheteurs de fibre, le papier, sont Kruger et Cascades, qui ont des standards de qualité nettement plus élevés, indique M Gagné. «Le nerf de la guerre dans la dernière année, c’était la fibre.»

«Au début de la crise, on a décidé d’investir et on a bien fait parce qu’on est un des seuls centres de tri qui réussit à vendre toute sa fibre, mentionne M. Gagné. Ça a pris 10 à 11 mois à faire le rodage de ces nouveaux équipements-là, au lieu de deux. Depuis janvier, on est capable de voir où sont les manques. Si on n’avait pas mis d’autres équipements, on n’aurait peut-être pas été capable de vendre notre papier.»

Les centres de tri qui n’ont pas effectué ces changements se retrouvent pour la plupart au bord de la faillite. C’est le cas de Récupération 2000, à Cowansville, qui a fermé ses portes en 2018, laissant derrière des milliers de tonnes métriques de matières recyclables qui ont finalement été envoyées à l’enfouissement.

Récupération 2000 n’a jamais été capable de s’ajuster aux nouvelles normes imposées par les entreprises chinoises acheteuses de papier et de plastique. Les ballots produits par la compagnie contenaient trop de matières diverses.

«Maintenant que les équipements sont rodés, on va regarder l’intrant et voir avec les MRC et les municipalités ce qu’il faut faire», ajoute le directeur général de Sani-Éco. Des suivis peuvent être faits auprès des villes où les citoyens sont les plus délinquants — récemment, un sac contenant 30 poissons a été mis au recyclage par exemple — pour que des mesures de sensibilisations soient prises.

Il est confiant que le taux de rejet ait déjà diminué depuis le début de l’année. À la fin juin, M. Gagné fera un nouveau bilan de la situation.

Trouver des débouchés

Les directeurs généraux des municipalités et de la MRC ont convenu qu’il faudrait changer les habitudes des citoyens pour que le recyclage ne se retrouve plus à l’enfouissement.

Dans l’accord de principe, approuvé par les maires mardi soir, la MRC Brome-Missisquoi s’est engagée à faire une étude de caractérisation dans les bacs bleus afin de déterminer les matières que les gens y déposent. Il ne faudra pas s’étonner de voir des employés fouiller dans le bac en bordure de route. Ces données permettront de faire une importante campagne d’information et faire diminuer le pourcentage de rejets. Cette campagne permettra de marteler le message qu’il faut disposer des matières recyclables en vrac dans son bac.

«On veut aussi aller voir les rejets, sur place, pour trouver des débouchés pour certaines de ces matières-là, poursuit Robert Desmarais. On s’engage avec Sani-Éco pour améliorer la performance du recyclage.»

Certaines de ces matières sont considérées comme recyclables. Cependant, la crise dans le milieu fait en sorte que les débouchés n’existent plus pour celles-ci. Avec la Symbiose industrielle, la MRC souhaite voir si une entreprise de la région peut y voir une opportunité pour sa production.

En contrepartie, «Sani-Éco est d’accord pour ne pas facturer les 37 % de rejets et de réduire le montant chargé à 85 $ la tonne, qui est un prix forfaitaire. On est loin du 70 $ au contrat, mais à l’époque le marché n’était pas là où il est actuellement.»

Si les citoyens ne se sont pas améliorés, un avis écrit sera envoyé à la municipalité où habitent ces citoyens et à la MRC pour que la municipalité fautive fasse des modifications et des suivis. Après trois avis écrits de non-conformité, Sani-Éco se réserve le droit de charger une pénalité et, si la situation persiste au bout de six mois, l’entente pourrait prendre fin.

Les négociations ont été menées sans l’aide d’un avocat, ce qui a limité les frais pour les municipalités.