Tamara Bégin revient de sa quatrième mission avec la Croix-Rouge. Elle a travaillé pendant un mois comme logisticienne médicale dans un hôpital de campagne qui prend soin des réfugiés du Myanmar, au Bangladesh.

Tamara Bégin de retour de sa mission au Bangladesh

L’envie de faire sa part dans des zones de désastre naturel et de crise humanitaire, Tamara Bégin l’avait en elle depuis une vingtaine d’années lorsqu’elle est partie pour sa première mission à l’étranger en tant que pharmacienne. Il y a quelques jours, la Bromontoise est revenue du Bangladesh, sa quatrième mission humanitaire avec la Croix-Rouge.

Pharmacienne remplaçante dans la région, elle a profité de son horaire flexible pour aller aider le personnel médical d’un hôpital de campagne chargé d’un important camp de réfugiés. La Bromontoise y était la logisticienne médicale pendant un mois. Elle s’occupait de l’approvisionnement en médicaments et des fournitures médicales en plus de travailler avec le personnel médical.

Cette mission de la Fédération internationale de la Croix-Rouge a débuté à la fin du mois d’août 2017 alors que plus de 706 000 personnes sont arrivées au Bangladesh pour fuir les violences dans l’État de Rakhine au Myanmar, pays anciennement connu sous le nom de Birmanie. Ces migrants ont rejoint 200 000 autres Rohingyas de Rakhine, une minorité musulmane persécutée par des Birmans bouddhistes, déjà présents au Bangladesh.

« Une réponse aux urgences, d’habitude, c’est quatre mois. Les délégués font des rotations de quatre à six semaines. [Dans cette région située à l’ouest du Bangladesh], la Croix-Rouge a réalisé rapidement que ce n’était pas une mission de courte durée. Après quatre mois, ils ont décidé de convertir ça en une mission d’un an. »

Tamara Bégin a alors donné ses disponibilités pour s’y rendre en 2018. « C’est un gros hôpital de campagne qui vient en aide à un camp de réfugiés de plus de 700 000 personnes. Notre hôpital a été un hôpital de référence, c’est-à-dire que si les autres organismes avaient un cas très grave qui avait besoin de chirurgie ou un accouchement compliqué et à risque, on nous l’envoyait. On avait beaucoup de chirurgies par jour, beaucoup d’accouchements complexes. On avait une équipe de sages-femmes, un obstétricien, deux chirurgiens, deux anesthésistes. »

Dans de telles situations, la débrouillardise est de mise. L’équipe médicale a par exemple dû fabriquer un incubateur maison pour un bébé prématuré.

Tamara Bégin revient de sa quatrième mission avec la Croix-Rouge. Elle a travaillé pendant un mois comme logisticienne médicale dans un hôpital de campagne qui prend soin des réfugiés du Myanmar, au Bangladesh.

Les défis

L’approvisionnement a été un réel défi pour la pharmacienne. 

« D’habitude, pour une mission de courte durée, on arrive avec tout ce dont on a besoin pour quatre mois, raconte-t-elle en entrevue. On a des médicaments pour fonctionner pendant quatre mois. Mais après un an, ça commence à être difficile parce qu’on a utilisé tous nos médicaments et nos fournitures, donc en ce moment le défi est de réapprovisionner localement l’hôpital. [...] »

Un pharmacien local travaille à l’hôpital de campagne depuis des mois et a un réseau de fournisseurs. Les commandes ne se font pas en un clic comme dans les pays industrialisés et Mme Bégin s’assurait de la qualité des produits et des installations avant de choisir un fournisseur. 

« C’était une grosse partie de ma job. L’autre affaire, c’est le côté clinique parce qu’on travaillait avec des médecins de plusieurs pays en plus de ceux du Bangladesh. Ils avaient différentes façons de faire. Comme pharmacienne, je travaillais avec eux pour organiser leur façon de prescrire. »

Elle a réuni tout le monde pour s’assurer que le protocole soit bien suivi et pour leur faire savoir quels médicaments étaient disponibles pour traiter les maladies les plus communes. Elle en a profité pour parler de l’importance des explications au patient et du suivi dans la prise de médicaments.

« Je travaillais beaucoup avec le pharmacien local. C’est bon d’arriver et de donner un coup de main, mais je trouve que la meilleure chose à faire est de créer quelque chose de durable, de travailler avec les professionnels locaux pour les aider à continuer à donner un bon service même après qu’on soit parti. »

Durant son séjour au Bangladesh, la décision a été prise de retirer l’équipe internationale et de laisser l’hôpital entre les mains du Croissant rouge. L’équipe locale, comme le pharmacien qui travaillait avec les délégués de la Croix-Rouge, œuvrera dans la pharmacie sous tente.

Les installations resteront donc sur place. On parle de plusieurs tentes qui logent les différentes salles de l’hôpital et d’une salle de conférence en plein air. 

Souffrance et insalubrité

Le camp de réfugiés où Mme Bégin a travaillé s’étend à perte de vue. L’insalubrité fait partie du quotidien des Rohingyas qui sont installés là, faute de mieux. « Plus tu fais des missions, plus tu t’habitues à voir la souffrance de l’humanité, mais ce n’est pas facile de voir les familles qui habitent là avec une bâche en guise de toit, confie-t-elle. Surtout les femmes qui accouchent par césarienne. Quelques jours après l’accouchement, elles retournent dans leur camp. Elles vivent dans des conditions très difficiles. Le taux d’infection est très élevé à cause de ça. »

Elle remarque toutefois que, malgré cette souffrance, la joie finit par transpercer, principalement chez les enfants qui font preuve de résilience. La vie s’est organisée dans le camp. On y trouve des écoles où les enfants se trouvent pendant que les adultes travaillent. Des points d’eau sont maintenant identifiés et des jardins prennent forme. 

« Mes collègues me disaient qu’au départ les enfants étaient traumatisés, ils n’avaient aucune expression. Mais là, ils recommencent à vivre. »

La date et l’endroit de sa prochaine mission sont inconnus. Son travail de pharmacienne remplaçante lui permet de partir en zone de catastrophe naturelle pendant plusieurs semaines et elle bénéficie de beaucoup de soutien de la part de son conjoint et de ses enfants aujourd’hui âgés de 18 et 19 ans.

+ DES PHILIPPINES À HAÏTI

Tamara Bégin, originaire de Nouvelle-Écosse, a eu la piqûre pour le travail humanitaire dans les années 90 alors qu’elle commençait sa carrière de pharmacienne avec les Forces canadiennes. Elle était membre de l’équipe d’intervention en cas de catastrophe, mais n’a pas pu partir en mission avant de quitter les Forces. Elle était cependant formée pour intervenir en zone de crise humanitaire.

Ce n’est qu’une vingtaine d’années plus tard qu’elle a pu participer à sa première mission humanitaire.

Entre-temps, elle est devenue propriétaire d’une pharmacie en Ontario et, dix ans plus tard, elle est partie avec sa famille faire le tour du monde pendant un an. « J’ai vu beaucoup de besoins dans des pays en développement et je voulais faire quelque chose, se souvient-elle. Quand on est revenu, on est déménagé au Québec et, quelques années plus tard, une de mes ex-collègues des Forces canadiennes m’a envoyé un email me disant que la Croix-Rouge cherchait des pharmaciens pour être membres de leur équipe de réponse aux urgences. »

Elle a envoyé sa candidature et a été acceptée pour faire partie de l’équipe. Sa première mission a eu lieu en 2013 après le typhon Haiyan, aux Philippines. Plus tard, en 2015, elle s’est envolée pour les montagnes du Népal afin d’établir un hôpital de campagne à la suite d’un tremblement de terre.

« Ce que j’ai aimé de ces deux missions-là, c’est qu’on n’a pas juste laissé un hôpital, on a aussi laissé une équipe pour former les professionnels du pays. Ils ont reconstruit leur hôpital et nos tentes ont été données à la Croix-Rouge du pays. Puis, aux Philipines, ils ont maintenant 10 ou 11 hôpitaux de campagne avec des équipes pour être capables de répondre aux désastres eux-mêmes. »

C’est vers Haïti qu’elle s’est ensuite dirigée, en 2016, pour aider à tenir une clinique mobile après l’ouragan Matthew. L’équipe de la Croix-Rouge voyageait à travers les régions touchées pour trouver les postes de santé et les remettre sur pied. « À chaque fois que je fais une mission, c’est différent, mais les buts sont semblables: aider et faire une différence durable. »