François Viens, Guy Beaudin, Danielle Joannette et Alain L’Espérance faisaient jusqu’à tout récemment partie du comité consultatif d’urbanisme de Stukely-Sud.

Table rase au comité d’urbanisme de Stukely-Sud

Le conseil municipal de Stukely-Sud a fait table rase en renommant tout d’un coup la totalité des membres de son comité consultatif d’urbanisme (CCU). Les citoyens remerciés déplorent la manière « cavalière » dont le tout s’est déroulé.

Les citoyens Danielle Joannette, André L’Espérance, Guy Beaudin et François Viens siégeaient sur le CCU depuis plusieurs années lorsqu’ils ont été remerciés de leurs fonctions, il y a quelques semaines.

Les bénévoles indiquent avoir tous été convoqués pour une entrevue individuelle au cours de laquelle chacun a fait valoir son grand intérêt à demeurer en poste. « J’étais sûre que j’allais rester. Pour moi, c’était quelque chose de tellement valorisant, que de m’impliquer sur le comité », souligne Mme Joannette.

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Elle, comme ses concitoyens, a finalement appris par un très bref appel que ses services n’étaient plus requis par la municipalité. « J’ai l’impression, avec le recul, que [l’entrevue] était pour la forme. C’était comme un balayage et, à la rigueur, blessant », note-t-elle.

Guy Beaudin, président d’office du comité, qualifie même ces entretiens de rencontres « bidon » et de « mascarade ». « On n’a même pas eu un merci pour toutes ces années. Rien », lâche-t-il.

Les précédents mandats des membres du CCU étaient reconduits sans ce genre « d’interrogatoire », souligne-t-on.

Lors de la dernière séance du conseil municipal, le quatuor a demandé des explications aux élus quant à ce brusque changement de garde. Ils affirment ne pas avoir eu de réponse.

Aucun d’eux ne souhaite être réintégré à ses fonctions.

Déception

Pour les quatre Diligents, la décision de la municipalité a été une dure déception. « On s’est sentis non respectés et brimés, soutient Mme Joannette. Pour moi, c’était du bon travail d’équipe. On n’était pas toujours d’accord, mais on pensait d’abord aux intérêts de la municipalité et à la satisfaction du citoyen. »

« On avait parfois des dossiers difficiles, mais des réunions toujours intéressantes, renchérit M. Viens. Les échanges et les réflexions nous permettaient d’en sortir quelque chose de très positif. »

Les anciens membres du CCU ne croient pas qu’une recommandation en particulier soit à l’origine de leur éjection du comité. Ils déplorent cependant qu’à plusieurs reprises, le conseil municipal a rejeté du revers de la main des recommandations qu’ils avaient mis plusieurs heures à formuler.

« Mais très rarement, on nous expliquait les raisons de ces refus, déplore M. Viens. [...] Ne pas avoir la décence d’expliquer pourquoi notre suggestion était rejetée, c’est un manque de civisme et de reconnaissance. Ça a touché un nerf. »

Citoyens écartés

Les ex-membres du comité déplorent que les citoyens soient de plus en plus écartés des décisions de la municipalité. Ils évoquent à ce titre la disparition, en avril 2018, des comités municipaux sur l’environnement, sur les chemins et sur la sécurité civile auxquels prenaient part des citoyens. Le tout avait d’ailleurs mené à la démission d’un conseiller municipal.

Aucun de ces comités, dont le mandat devait être revu pour leur permettre de reprendre leurs activités avait promis le maire, n’a été reformé par la suite, soutiennent-ils.

Le CCU est désormais composé de deux conseillers municipaux et de trois citoyens. Ce recalibrage des représentants au sein du groupe inquiète les anciens représentants, notamment parce que la présence des deux élus et d’un seul citoyen suffira pour avoir le quorum nécessaire pour la tenue de rencontres du CCU.

« Un ou deux membres auraient été remplacés sur le comité pour se renouveler, on aurait compris. Ça fait partie de la vie, relève M. Viens. Mais tout le monde, d’un seul coup? La loi [sur l’aménagement et l’urbanisme] prévoit de remplacer des membres chaque année pour assurer une transition. Dans notre cas, il n’y en aura pas. On ne sait même pas comment les nouveaux membres vont faire pour approuver le procès verbal puisqu’aucun d’eux n’était présent à la dernière rencontre. »

M. L’Espérance estime que « de gros dossiers » sont à venir à Stukely-Sud, notamment au niveau du zonage et de plans d’implantation et d’intégration architecturaux. « Peut-être que le maire voulait des gens qui penseraient comme lui sur le CCU », dit-il, précisant qu’il ne s’agit là que d’une hypothèse.

La ministre interpellée

Les quatre citoyens ont interpellé la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Andrée Laforest, dans une lettre qu’ils lui ont acheminée le 15 avril dernier.

Dans le document, dont La Voix de l’Est a obtenu copie, les signataires indiquent ne pas remettre en question le choix et la compétence de leurs remplaçants. « En fait, nous leur souhaitons le meilleur des succès. Ce que nous remettons en question, c’est l’absence de règles claires qui permet de telles manœuvres de la part d’un conseil municipal et qui nous semble être contraire à l’esprit de la loi. »

« Il semble évident que la décision de nous remplacer était déjà prise. Ce manque de respect laisse un goût amer », peut-on également lire dans la missive qui fait état d’un virage « autocratique » par l’administration municipale.

Le maire de Stukely-Sud, Patrick Leblond, n’a pas retourné les appels de La Voix de l’Est, mercredi et jeudi.